« Complète » signifie que rien du sujet n'échapperait à son propre regard ; « parvenir » suppose un processus dont on pourrait atteindre le terme. Le sujet interroge donc à la fois la possibilité d'une transparence intégrale et le sens d'un tel achèvement.
Le sujet peut-il être intégralement présent à lui-même, ou la conscience de soi est-elle par structure inachevable ?
Le plan en trois parties
La conscience paraît pouvoir se saisir tout entière
- La pensée se réfléchit elle-même : rien n'est dans l'âme qui puisse lui rester caché.Descartes, Méditations métaphysiques
- L'unité de l'aperception rassemble toutes mes représentations sous un même Je.Kant, Critique de la raison pure
- Le précepte delphique fait de la connaissance de soi une tâche accessible à qui s'examine sans relâche.Socrate, dans l'Apologie de Socrate de Platon
Mais le sujet ne peut se prendre pour objet sans se manquer
- Observer sa propre pensée la modifie : l'introspection change ce qu'elle prétend décrire.Comte, Cours de philosophie positive
- La conscience est un être qui n'est pas ce qu'il est : elle glisse toujours en avant d'elle-même.Sartre, L'Être et le Néant
- Le moi n'est pas maître chez lui : une part de la vie psychique reste hors d'atteinte du regard intérieur.Freud, Introduction à la psychanalyse
L'inachèvement de la conscience de soi est sa fécondité
- Je ne peins pas l'être, je peins le passage : se saisir en mouvement vaut mieux que se figer en portrait.Montaigne, Essais
- La durée de la conscience est création continue : un moi achevé serait un moi mort.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- Le sujet se comprend dans un récit toujours révisable : l'identité est une tâche, non un état.Ricœur, Soi-même comme un autre
Si le moi ne peut se connaître complètement, la sagesse consiste-t-elle à renoncer à se connaître ou à apprendre à vivre avec ce qui, en nous, demeure obscur ?