Devenir soi suppose que l'on ne soit pas d'emblée ce que l'on est, donc un écart entre un moi donné et un moi à réaliser. Le « devoir » transforme cette possibilité en obligation, ce qui pose la question de savoir devant qui l'on s'y engage.
L'accomplissement de soi relève-t-il d'un projet personnel facultatif, ou constitue-t-il une obligation morale au même titre que nos devoirs envers autrui ?
Le plan en trois parties
Devenir soi paraît une simple aspiration individuelle
- Le moi étant un passage, se réaliser consiste à s'observer changer plus qu'à obéir à une règle.Montaigne, Essais
- Le sentiment de l'existence peut suffire à lui-même, sans exigence d'accomplissement.Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire
- Le moi n'étant qu'un faisceau de perceptions, il n'y a pas de soi à réaliser.Hume, Traité de la nature humaine
Mais l'existence humaine est structurellement un projet
- L'existence précède l'essence : l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
- Deviens ce que tu es : l'individu a à conquérir sa propre forme contre les valeurs reçues.Nietzsche, Le Gai Savoir
- Se donner sa loi, c'est se constituer comme sujet autonome : l'autonomie est une tâche, pas un état.Kant, Critique de la raison pratique
Devenir soi est un devoir parce que nul ne devient soi seul
- L'accomplissement de soi passe par la reconnaissance réciproque : je ne suis quelqu'un que pour quelqu'un.Hegel, Phénoménologie de l'esprit
- L'obligation envers autrui précède le souci de soi et lui donne son sérieux.Levinas, Totalité et infini
- Viser la vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes : le soi s'accomplit dans ce triple rapport.Ricœur, Soi-même comme un autre
Si l'on ne devient soi qu'avec les autres, l'authenticité est-elle une fidélité à soi ou une fidélité à ce que l'on doit aux autres ?