L'adverbe « principalement » est le cœur du sujet : il n'interdit pas que d'autres instances luttent contre l'injustice, il demande si l'État en est l'agent premier. Or « injustice » désigne aussi bien la violation d'un droit, que l'État peut sanctionner, que l'inégalité des conditions, qu'il produit parfois lui-même.
L'État est-il l'instance première de la lutte contre l'injustice, ou faut-il chercher hors de lui le recours contre les injustices qu'il commet ou laisse commettre ?
Le plan en trois parties
Oui : sans État, l'injustice n'a ni juge ni remède
- Là où manque un pouvoir commun, la force seule tranche les différends : nul ne peut être dit lésé parce que nul droit n'est encore établi.Hobbes, Léviathan, XIII
- Une justice sans force reste un vœu : l'État est ce qui donne au juste la puissance d'être exécuté.Pascal, Pensées
- Sortir de l'état de nature, c'est entrer dans un état juridique où les litiges sont tranchés par une loi publique et non par la vengeance.Kant, Doctrine du droit
Mais l'État est trop souvent juge et partie
- Si l'appareil d'État sert les intérêts d'une classe, ses lois consacrent l'injustice au lieu de la combattre.Marx, Le Manifeste du Parti communiste
- La règle de la majorité peut opprimer légalement : l'injustice prend alors la forme même de la loi.Tocqueville, De la démocratie en Amérique
- L'expérience totalitaire montre un État capable de faire de l'injustice son principe d'organisation.Arendt, Les Origines du totalitarisme
La lutte contre l'injustice revient à l'État de droit, mais sous la vigilance permanente des citoyens
- Les institutions sont le premier objet de la justice : c'est leur structure, et non la bonne volonté privée, qui distribue droits et avantages.Rawls, Théorie de la justice
- Le citoyen n'a pas à se reposer sur l'État : sa vertu propre est de contrôler ceux qui gouvernent.Alain, Propos sur les pouvoirs
- L'espace public de discussion oblige le pouvoir à justifier ses décisions et rend visibles les injustices qu'il ignorait.Habermas, L'Espace public
Les injustices les plus massives étant aujourd'hui transnationales, un État peut-il encore, seul, prétendre lutter contre elles ?