Plaire, c'est procurer un agrément, donc satisfaire une attente déjà présente chez celui qui regarde. Le mot « toujours » interroge : une exigence constante, ou une exception qui déferait l'art lui-même ?
L'œuvre d'art a-t-elle pour fin de satisfaire le goût du public, ou peut-elle lui devoir mieux que du plaisir ?
Le plan en trois parties
Plaire semble la vocation même de l'œuvre
- Est beau ce qui plaît universellement sans concept : le plaisir n'est pas accessoire, il est le signe même du beau.Kant, Critique de la faculté de juger, § 6
- Nous prenons plaisir à la représentation de ce qui, réel, nous répugnerait : le plaisir tient à l'imitation elle-même.Aristote, Poétique
- Les chefs-d'œuvre qui ont traversé les siècles sont ceux qui n'ont cessé de plaire : la durée est le critère du goût.Hume, De la règle du goût
Mais une œuvre qui ne veut que plaire se renie
- Flatter le goût établi conduit à la production standardisée, où le plaisir est calculé à l'avance.Adorno et Horkheimer, La Dialectique de la Raison
- Le beau n'est pas le joli : il comporte toujours une part d'étrangeté qui déconcerte.Baudelaire, Exposition universelle de 1855
- L'œuvre a une tâche de vérité : elle peut, à ce titre, heurter au lieu de charmer.Heidegger, L'Origine de l'œuvre d'art
L'œuvre ne doit pas plaire, elle doit faire voir — et c'est un autre plaisir
- L'art écarte les symboles utiles et nous remet devant la réalité même : le plaisir esthétique est celui d'un dévoilement.Bergson, Le Rire
- La tragédie tire du terrible même un plaisir réfléchi : le déplaisir surmonté devient jouissance.Aristote, Poétique
- Il faut distinguer l'agréable, qui flatte les sens, et le beau, qui engage un jugement libre.Kant, Critique de la faculté de juger, § 5
Un plaisir qui exige d'être appris est-il encore un plaisir, ou déjà une forme de connaissance ?