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Lycée · Terminale · Philosophie

L'art et la beauté

Esthétique, création et jugement de goût — thème « L'existence humaine et la culture » (programme de Terminale)

À propos de cette page
Ce lexique sur « L'art et la beauté » en terminale donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Ce que « art » veut dire : de la technè aux beaux-arts, L'art imite-t-il ? Platon contre Aristote, Le beau est-il dans l'objet ou dans celui qui regarde ?, L'agréable, le beau, le sublime : les frontières du jugement. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue des philosophes, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de dissertation. Les repères du programme (légal/légitime, en fait/en droit…) sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.

Art

Ensemble des procédés réglés permettant de produire un effet voulu ; au sens moderne, activité de production d'œuvres destinées à être perçues et jugées pour elles-mêmes.

Synonymes

  • Technique — vaut pour le sens ancien seulement : la technique vise l'efficacité, l'art moderne ne vise pas l'utilité
  • Savoir-faire — désigne la compétence de l'agent, non l'œuvre produite ni son statut

Antonymes

  • Nature — la nature produit sans intention ; l'art suppose un dessein et une liberté
  • Hasard — s'oppose à l'art comme l'absence de règle à la règle, non comme l'inutile à l'utile

À ne pas confondre

  • Science — la science est un savoir, l'art un pouvoir faire : on peut tout savoir de l'harmonie sans composer
  • Artisanat — l'artisan suit un modèle donné d'avance, l'artiste trouve sa règle en produisant (Kant)

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : technè, tout savoir-faire réglé, du pilote au sculpteur · Moyen Âge : arts libéraux (grammaire, logique, astronomie…) opposés aux arts mécaniques · XVIIIe siècle : constitution des « beaux-arts » et naissance de l'esthétique · aujourd'hui : l'usage courant appelle art ce qui est exposé et institué comme tel.

Ce que le mot permet d'écrire — Ouvrir toute copie par ce double sens : selon qu'on entend l'art comme technè ou comme beaux-arts, un sujet comme « l'art est-il un travail ? » n'a pas la même réponse.

Beau

Ce qui provoque un plaisir désintéressé et appelle l'assentiment d'autrui, sans qu'on puisse le démontrer par un concept.

Synonymes

  • Admirable — implique un jugement de valeur morale ou de rareté, absent du beau kantien
  • Harmonieux — renvoie à la proportion des parties, ce que Plotin refuse de faire du beau son critère

Antonymes

  • Laid — n'est pas l'absence de beauté mais un contre-jugement, qui peut devenir matériau d'art
  • Insignifiant — s'oppose au beau comme ce qui ne retient pas le regard, non comme ce qui déplaît

À ne pas confondre

  • Agréable — l'agréable plaît aux sens et engage un intérêt ; le beau, non (Kant, §3-5)
  • Sublime — le beau repose sur la forme et l'accord des facultés, le sublime sur leur conflit

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : le beau (kalon) est une réalité en soi, liée au bien et à la mesure · Plotin : présence d'une forme intelligible dans le sensible · XVIIIe siècle : la question se déplace de l'objet vers le sujet qui juge (Hume, Kant) · XIXe : Stendhal et Baudelaire l'attachent au désir et à l'époque · usage courant : simple synonyme de « qui plaît ».

Ce que le mot permet d'écrire — C'est le terme qui permet la distinction décisive : le beau est-il une propriété de l'objet ou une qualité de notre rapport à lui ? Toute dissertation sur le goût s'articule là.

Esthétique

Discipline philosophique qui prend pour objet la sensibilité, le jugement de goût et les œuvres d'art ; adjectivement, ce qui relève de ce jugement.

Synonymes

  • Philosophie de l'art — plus étroit : l'esthétique traite aussi du beau naturel et de la perception
  • Théorie du goût — accentue le jugement du spectateur, et laisse de côté la création

Antonymes

  • Logique — l'une porte sur la validité du raisonnement, l'autre sur un plaisir qui ne se démontre pas
  • Éthique — juge la valeur d'une action, non celle d'une apparence — les deux se croisent sans se confondre

À ne pas confondre

  • Critique d'art — la critique évalue des œuvres particulières, l'esthétique interroge les conditions du jugement
  • Esthétisme — l'esthétisme est une attitude qui subordonne tout au beau ; l'esthétique est une analyse

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : aisthèsis signifie la sensation, pas le goût · XVIIIe siècle : le mot est fixé en Allemagne pour désigner une science du sensible, et Kant lui donne son statut critique · XXe siècle : l'esthétique devient sociale (Bourdieu) et institutionnelle (Danto) · usage courant : « esthétique » veut dire décoratif, ce qui appauvrit le terme.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet d'annoncer clairement l'objet d'un devoir : on ne demande pas si telle œuvre est belle, mais à quelles conditions un tel jugement a un sens.

Mimèsis (imitation)

Production d'une représentation qui renvoie à autre chose qu'elle-même ; chez Aristote, représentation du vraisemblable, non copie du réel.

Synonymes

  • Représentation — plus neutre : elle n'implique pas de ressemblance, une carte représente sans imiter
  • Figuration — terme de peinture, opposé à l'abstraction, sans portée métaphysique

Antonymes

  • Création — produire du nouveau, non reproduire du donné ; le couple structure tout le débat moderne
  • Abstraction — refus de la figure, non refus de toute référence au monde

À ne pas confondre

  • Copie — la copie vise l'identité, la mimèsis vise le vraisemblable et l'universel (Poétique, 9)
  • Illusion — l'illusion trompe, l'imitation suppose que nous sachions que c'est une image

Selon l'époque et le point de vue — Platon : imitation d'imitation, éloignée du vrai de trois degrés · Aristote : propre de l'homme et source de connaissance · XVIIe-XVIIIe : « imitation de la belle nature » comme principe des beaux-arts · XXe siècle : l'abstraction et le ready-made rompent avec le critère mimétique.

Ce que le mot permet d'écrire — Sur « faut-il opposer l'art et la nature ? » ou « l'art nous permet-il d'échapper à la nature ? », c'est le terme qui permet de refuser l'alternative copie / invention.

Technique

Ensemble de procédés réglés, transmissibles et évaluables par leur efficacité, permettant d'obtenir un résultat déterminé à l'avance.

Synonymes

  • Métier — ajoute l'apprentissage long et le corps ; la technique peut être purement formalisée
  • Procédé — désigne un moyen isolé, non le système de savoir-faire

Antonymes

  • Inspiration — opposition classique mais trompeuse : aucune œuvre ne se fait sans maîtrise
  • Improvisation — s'oppose à la technique comme l'imprévu à la règle, non comme l'art au métier

À ne pas confondre

  • Art — la technique a sa fin hors d'elle (l'objet utile), l'œuvre est sa propre fin
  • Science — la science explique, la technique transforme ; l'une vise le vrai, l'autre l'efficace

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : technè recouvre art et technique sans les distinguer · XVIIe siècle : la technique devient maîtrise de la nature · XXe siècle : Benjamin montre que la technique de reproduction transforme l'œuvre elle-même · usage courant : « technique » signifie l'habileté d'exécution d'un interprète.

Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable sur « les artistes peuvent-ils se passer de maîtrise technique ? » : distinguer la technique comme condition et la technique comme fin.

Œuvre

Produit d'une activité humaine intentionnelle qui subsiste comme chose et demande à être reçue ; en art, objet institué comme digne d'être perçu pour lui-même.

Synonymes

  • Ouvrage — insiste sur le travail accompli, non sur la réception ni le statut
  • Création — accentue la nouveauté et l'auteur, là où l'œuvre désigne l'objet subsistant

Antonymes

  • Produit — le produit est interchangeable et consommable ; l'œuvre est unique et demande une attention
  • Ustensile — l'outil disparaît dans son usage, l'œuvre se donne à voir (Heidegger)

À ne pas confondre

  • Chef-d'œuvre — au sens compagnonnique, la pièce qui prouve la maîtrise ; au sens courant, un jugement de valeur
  • Objet — Heidegger refuse de réduire l'œuvre à un objet : elle ouvre un monde plutôt qu'elle ne se tient devant nous

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : l'ergon, ce qui est mis en œuvre · Moyen Âge : l'œuvre appartient d'abord au culte · XVIIIe-XIXe : elle devient l'expression d'un auteur singulier · XXe : Duchamp et Danto montrent qu'elle dépend d'un contexte institutionnel.

Ce que le mot permet d'écrire — Le terme permet de retourner presque tout sujet sur l'artiste : et si ce n'était pas l'auteur, mais l'œuvre et son public, qui faisaient l'art ?

Génie

Chez Kant, disposition naturelle par laquelle un artiste produit des œuvres exemplaires sans pouvoir expliquer ni transmettre la règle qu'il suit.

Synonymes

  • Talent — le talent s'exerce dans des règles données ; le génie, selon Kant, les institue
  • Don — insiste sur le caractère reçu, sans la production de modèles exemplaires

Antonymes

  • Métier — opposition de surface : Kant exige aussi le métier, sans lequel le génie ne produit rien
  • Imitation — le génie ne copie pas, mais son œuvre devient à son tour un modèle à suivre

À ne pas confondre

  • Originalité — l'originalité seule peut produire, dit Kant, des absurdités originales : il y faut l'exemplarité
  • Inspiration — l'inspiration est une expérience vécue, le génie une capacité productrice

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : l'enthousiasme du poète possédé par le dieu · XVIIIe siècle : le génie devient une catégorie esthétique centrale (Kant, §46-50) · XIXe : le romantisme en fait une figure sociale · XXe : Freud le ramène à une histoire psychique, Bourdieu à une croyance collective.

Ce que le mot permet d'écrire — Clé des sujets « l'artiste sait-il ce qu'il fait ? » ou « tout le monde peut-il être artiste ? » : le génie est ce qui rend l'art à la fois inexplicable et normatif.

Goût

Faculté de juger de la beauté d'un objet par un sentiment de plaisir ou de déplaisir, sans recourir à un concept ni à une démonstration.

Synonymes

  • Discernement — suppose une compétence acquise, là où le goût se donne comme immédiat
  • Sensibilité — désigne la capacité d'être affecté, non celle de juger

Antonymes

  • Indifférence — l'absence de jugement, non un jugement négatif
  • Préjugé — Hume en fait l'obstacle principal du vrai juge : juger d'avance, c'est ne pas goûter

À ne pas confondre

  • Préférence — la préférence est privée et n'exige rien d'autrui ; le jugement de goût réclame son accord
  • Compétence — Bourdieu montre qu'un goût qui se croit naturel est souvent une compétence héritée

Selon l'époque et le point de vue — XVIIe siècle : le goût est l'affaire de l'honnête homme et du monde · Hume : il existe une norme, incarnée par les juges qualifiés · Kant : universalité subjective, sans concept · XXe siècle : Bourdieu en fait un marqueur de position sociale · usage courant : « les goûts et les couleurs ».

Ce que le mot permet d'écrire — Le mot ouvre à lui seul la tension de presque tous les sujets sur la beauté : plaisir privé d'un côté, exigence d'accord de l'autre.

Sublime

Sentiment né d'un objet qui excède les pouvoirs de l'imagination et révèle en nous une faculté supérieure : plaisir mêlé de déplaisir.

Synonymes

  • Grandiose — décrit l'objet ; le sublime, chez Kant, est dans la disposition du sujet
  • Saisissant — note l'effet, sans le renversement où la raison se découvre supérieure au sensible

Antonymes

  • Joli — le joli est une beauté de petite forme, exactement ce que le sublime abolit
  • Mesuré — s'oppose au sublime comme la proportion à la démesure

À ne pas confondre

  • Beau — le beau plaît par la forme et l'accord des facultés, le sublime par leur conflit
  • Terrifiant — le sublime dynamique suppose que nous soyons en sécurité : l'effroi réel ne rend pas sublime

Selon l'époque et le point de vue — Antiquité : le sublime est d'abord une qualité du style oratoire · XVIIIe siècle : il devient une catégorie esthétique majeure, et Kant le refonde comme sentiment du suprasensible · XIXe : le romantisme en fait l'expérience centrale devant la nature · usage courant : simple superlatif de « beau ».

Ce que le mot permet d'écrire — Sur « une œuvre d'art doit-elle toujours plaire ? », le sublime fournit la contre-preuve : une œuvre peut bouleverser sans plaire et valoir davantage.

Agréable

Ce qui plaît immédiatement aux sens et engage un intérêt pour l'existence de l'objet ; plaisir privé qui n'exige l'accord de personne.

Synonymes

  • Plaisant — plus faible et plus social : ce qui ne heurte pas, plutôt que ce qui satisfait les sens
  • Délectable — réservé aux plaisirs du goût et de l'odorat, les plus manifestement privés

Antonymes

  • Pénible — contraire sensible, sans portée esthétique : une œuvre pénible peut être belle
  • Désintéressé — n'est pas le contraire du plaisir, mais d'un plaisir lié au désir de posséder

À ne pas confondre

  • Beau — on discute du beau, jamais de l'agréable : nul ne conteste que le vin de Canaries me plaise (Kant, §7)
  • Bon — le bon suppose un concept de la fin de la chose ; l'agréable n'en suppose aucun

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : l'hèdu, le plaisant, est distingué du bien dès Platon · Kant : l'agréable devient l'un des trois modes de satisfaction, à côté du bon et du beau · Adorno : l'industrie culturelle fabrique de l'agréable calibré · usage courant : on dit « agréable » pour « beau », ce que la copie doit précisément éviter.

Ce que le mot permet d'écrire — C'est la distinction qui sauve une copie sur le plaisir : on peut montrer qu'une œuvre déplaisante reste une œuvre, parce que le beau n'est pas l'agréable.

Création

Production d'une forme nouvelle qui n'était contenue dans aucun modèle préalable ; en art, acte par lequel l'œuvre et sa règle apparaissent ensemble.

Synonymes

  • Invention — l'invention technique résout un problème posé ; la création pose sa propre fin
  • Production — terme neutre, qui vaut aussi pour la série industrielle

Antonymes

  • Reproduction — refaire l'identique ; Benjamin montre pourtant qu'elle transforme le statut de l'œuvre
  • Exécution — réaliser un plan donné d'avance, ce qui définit l'artisan plutôt que l'artiste

À ne pas confondre

  • Création ex nihilo — l'artiste ne crée pas à partir de rien : il transforme une matière et hérite d'une histoire
  • Expression — exprimer suppose un contenu intérieur préexistant, que la création justement n'a pas

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : la poièsis est fabrication à partir d'une matière, jamais création absolue · Théologie chrétienne : le créateur produit à partir de rien, et l'artiste en devient l'image · XIXe siècle : le romantisme sacralise l'artiste créateur · XXe : Freud, Duchamp et Bourdieu déplacent la création vers l'inconscient, le choix ou l'institution.

Ce que le mot permet d'écrire — Sur « la création artistique s'explique-t-elle ? » ou « la création artistique est-elle totalement libre ? », distinguer création et exécution évite l'éloge creux de la liberté.

Catharsis

Effet que la tragédie produit, selon Aristote, en suscitant la pitié et la crainte : une purgation ou clarification des émotions de ce genre.

Synonymes

  • Purgation — traduction médicale, qui suggère une évacuation ; d'autres lisent une purification morale
  • Clarification — lecture cognitive : le spectateur comprend ses émotions au lieu de les décharger

Antonymes

  • Excitation — c'est le reproche de Platon : la tragédie nourrirait les passions au lieu de les régler
  • Indifférence — la catharsis suppose d'être affecté : elle n'est pas une mise à distance froide

À ne pas confondre

  • Défoulement — le terme moderne psychologise ; Aristote parle d'un effet propre à la forme tragique
  • Sublimation — la catharsis concerne le spectateur, la sublimation freudienne d'abord le créateur

Selon l'époque et le point de vue — Aristote : notion définie en une ligne de la Poétique, et discutée depuis vingt-quatre siècles · XVIe-XVIIe : lecture morale, l'art corrige les mœurs · XIXe : lecture médicale · XXe : Freud y retrouve la décharge affective, d'autres la clarification intellectuelle.

Ce que le mot permet d'écrire — Sur « les œuvres d'art permettent-elles de rendre les hommes meilleurs ? », la catharsis fournit la thèse forte — et son ambiguïté fournit la nuance.

Style

Manière reconnaissable et constante par laquelle une œuvre est faite, qui identifie un artiste, une école ou une époque indépendamment du sujet représenté.

Synonymes

  • Manière — peut être péjoratif : la manière est un style figé en tic
  • Facture — terme technique, qui désigne le traitement matériel et non la signature d'ensemble

Antonymes

  • Académisme — application d'un style hérité, sans le risque d'en inventer un
  • Neutralité — l'idée d'une représentation sans style est précisément ce que la photographie a mis en question

À ne pas confondre

  • Sujet — deux tableaux du même motif diffèrent par le style ; c'est là que se loge l'art
  • Originalité — le style peut être partagé par toute une époque sans que chacun soit original

Selon l'époque et le point de vue — Antiquité : le style est d'abord une catégorie de la rhétorique · Classicisme : les styles sont normés par genres · XIXe siècle : le style devient la marque de l'individu créateur · XXe : Merleau-Ponty en fait la manière propre dont un corps habite le visible.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet de répondre à « l'art n'est-il qu'un loisir ? » par la forme : un style est un travail de pensée, pas un agrément.

Aura

Chez Benjamin, l'unique apparition d'un lointain : le caractère unique de l'œuvre, lié à sa présence ici et maintenant et à sa tradition rituelle.

Synonymes

  • Authenticité — note l'origine attestée ; l'aura désigne en outre une expérience de distance
  • Prestige — effet social, alors que l'aura tient d'abord à l'unicité du hic et nunc

Antonymes

  • Reproductibilité — ce n'est pas la copie qui détruit l'aura, mais la reproduction en série et sans original
  • Banalité — opposé courant, mais Danto montre que le banal peut être transfiguré en œuvre

À ne pas confondre

  • Valeur d'exposition — Benjamin oppose la valeur cultuelle, liée à l'aura, et la valeur d'exposition, qui la remplace
  • Rareté marchande — l'aura n'est pas le prix : une œuvre peut perdre son aura et gagner en valeur

Selon l'époque et le point de vue — Avant la photographie : l'œuvre est liée à un lieu de culte ou de pouvoir · 1935 : Benjamin théorise le dépérissement de l'aura · après-guerre : Adorno conteste l'optimisme politique de cette analyse · aujourd'hui : reproduction numérique illimitée, et retour paradoxal du culte de l'original au musée.

Ce que le mot permet d'écrire — Sur « la fréquentation des œuvres d'art est-elle une perte de temps ? » ou « l'art échappe-t-il au temps ? », l'aura permet d'analyser ce qu'on cherche réellement devant un original.

Les repères du programme

Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.

Objectif / subjectif

Est objectif ce qui appartient à l'objet et vaut indépendamment de celui qui juge ; est subjectif ce qui dépend du sujet, de son état ou de sa position.

Ce qu'il débloque — Il débloque tous les sujets sur le goût et sur la valeur d'une œuvre.

Exemple — Sur « une œuvre d'art doit-elle toujours plaire ? », il permet de montrer que le plaisir est subjectif, mais que le jugement qui le formule prétend, selon Kant, à une validité objective.

Universel / général / particulier / singulier

L'universel vaut pour tous les cas sans exception ; le général pour la plupart, constaté en fait ; le particulier pour certains ; le singulier pour un seul.

Ce qu'il débloque — Il sert à trancher l'équivoque de « l'art est universel ».

Exemple — Sur « l'art est-il accessible à tout le monde ? », il permet de distinguer une prétention universelle de droit (Kant) et une accessibilité générale de fait, que Bourdieu montre inégale.

Idéal / réel

Le réel est ce qui existe effectivement ; l'idéal est ce qui vaut comme modèle ou comme perfection, sans nécessairement exister.

Ce qu'il débloque — Il ouvre la question de ce que l'art ajoute au monde plutôt qu'il n'en retire.

Exemple — Sur « faut-il opposer l'art et la nature ? », il permet d'expliquer l'idée classique d'« imitation de la belle nature » : l'artiste ne copie pas le réel, il vise un idéal qu'aucun individu ne réalise.

Ressemblance / analogie

Deux choses se ressemblent quand elles partagent des propriétés sensibles ; elles sont analogues quand un même rapport se retrouve entre des termes différents.

Ce qu'il débloque — Il sauve toute copie sur l'imitation et sur l'art non figuratif.

Exemple — Sur « peut-on dire d'une œuvre d'art qu'elle est vraie ? », il permet de dire qu'une symphonie ou une toile abstraite ne ressemble à rien tout en restituant, par analogie, une structure du réel ou de l'expérience.

Essentiel / accidentel

Est essentiel ce sans quoi une chose cesse d'être ce qu'elle est ; accidentel ce qui peut varier sans qu'elle change de nature.

Ce qu'il débloque — Il permet de chercher une définition de l'art au lieu d'aligner des exemples.

Exemple — Sur « suffit-il de s'exprimer pour être artiste ? », il oblige à demander si l'expression est essentielle à l'art ou accidentelle : la Fontaine de Duchamp n'exprime rien et fait pourtant œuvre.

Formel / matériel

Le formel concerne l'organisation, la structure, la disposition ; le matériel, la matière et le contenu sur lesquels cette forme s'exerce.

Ce qu'il débloque — Il permet d'analyser le regard esthétique lui-même.

Exemple — Sur « l'art peut-il nous apprendre à voir le monde autrement ? », il éclaire la disposition esthétique décrite par Bourdieu : regarder une photographie pour sa composition plutôt que pour son sujet, c'est privilégier le formel sur le matériel.

En théorie / en pratique

En théorie, une proposition vaut par sa cohérence ; en pratique, elle s'éprouve dans l'action et ses conditions concrètes.

Ce qu'il débloque — Il sert dès qu'un sujet oppose la maîtrise conçue et le travail réel de l'artiste.

Exemple — Sur « l'artiste est-il maître de son travail ? », il permet d'opposer la liberté que l'artiste possède en théorie et les contraintes — commande, matériau, marché, inconscient — qui pèsent en pratique.

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