Le vrai qualifie ordinairement un jugement conforme à son objet ; une œuvre, elle, n'affirme rien. Le sujet demande si le prédicat « vrai » peut changer de sens pour s'appliquer à une chose sensible.
Le mot « vrai » garde-t-il un sens lorsqu'on l'applique à une œuvre, ou ne fait-on que louer sa réussite ?
Le plan en trois parties
Non : une œuvre n'est ni vraie ni fausse
- Elle imite des apparences : elle ne peut donc prétendre à la vérité du savoir.Platon, République X
- Le jugement de goût est esthétique, non cognitif : il ne porte pas sur un concept.Kant, Critique de la faculté de juger, § 6
- L'œuvre relève de l'imaginaire, c'est-à-dire d'une position d'irréalité.Sartre, L'Imaginaire
Pourtant on parle de vérité d'un portrait ou d'un roman
- L'œuvre met la vérité en œuvre : elle est le lieu d'un dévoilement, non d'une adéquation.Heidegger, L'Origine de l'œuvre d'art
- Le beau est la présentation sensible de l'Idée : l'œuvre donne accès à un contenu vrai.Hegel, Esthétique
- La poésie dit l'universel là où l'histoire dit le particulier : elle est plus philosophique.Aristote, Poétique
Une vérité sans énoncé : celle de la perception
- Le peintre rend visible ce que nous ne savions pas voir : sa vérité est une justesse du regard.Merleau-Ponty, L'Œil et l'Esprit
- L'art écarte le voile des habitudes : sa vérité est un dévoilement, non une proposition.Bergson, Le Rire
- Elle passe par l'apparence : le mensonge de la forme sert la vérité de l'existence.Nietzsche, La Naissance de la tragédie
Si l'œuvre peut être vraie, une œuvre peut-elle être fausse — ou seulement manquée ?