Analyse des termes
Être meilleur s'entend moralement : plus juste, plus sensible à autrui. Le sujet suppose donc à l'art un effet éthique, que l'histoire du XXe siècle a rendu douteux.
Problématique
L'expérience esthétique a-t-elle une portée morale, ou la beauté est-elle indifférente au bien ?
Le plan en trois parties
I
L'art éduque les mœurs
- La tragédie purge les passions : elle exerce le spectateur à éprouver justement.Aristote, Poétique
- L'éducation esthétique conduit l'homme de la sensibilité à la liberté morale.Schiller, Lettres sur l'éducation esthétique
- L'œuvre appelle la liberté d'autrui : lire, c'est reconnaître un autre comme libre.Sartre, Qu'est-ce que la littérature ?
TransitionCette vertu supposée se heurte à des contre-exemples massifs, où le goût le plus raffiné s'est allié à la barbarie. Il faut examiner ces objections.
II
Mais rien ne prouve cet effet
- Le progrès des arts a accompagné la corruption des mœurs, non leur amendement.Rousseau, Discours sur les sciences et les arts
- Les images peuvent flatter la part déraisonnable de l'âme et affaiblir le jugement.Platon, République X
- La culture peut se mettre au service de la domination : l'industrie culturelle en est la preuve.Adorno et Horkheimer, La Dialectique de la Raison
TransitionNier tout effet serait pourtant excessif. Reste à déplacer la question : de la moralité vers la lucidité.
III
L'art ne rend pas meilleur, il rend plus lucide
- Le jugement de goût est désintéressé : il exerce à sortir de son point de vue, sans prescrire.Kant, Critique de la faculté de juger, § 5
- L'œuvre affine la perception d'autrui et du monde : c'est une condition, non une garantie, de la moralité.Bergson, Le Rire
- Elle fait apparaître ce qu'une époque refusait de voir : sa portée est critique avant d'être édifiante.Heidegger, L'Origine de l'œuvre d'art
Ouverture
Une sensibilité plus fine engage-t-elle par elle-même à mieux agir ?