Perdre son temps, c'est l'employer à ce qui ne produit rien d'utile ni de durable. Le sujet évalue donc l'art à l'aune de la rentabilité, mesure qui lui est peut-être étrangère.
Faut-il juger la fréquentation des œuvres selon le critère de l'utilité, ou celle-ci rend-elle un temps que le travail nous prend ?
Le plan en trois parties
Il semble que l'art ne serve à rien
- L'imitation ne produit aucun savoir : le peintre ne sait ni faire ni user de ce qu'il représente.Platon, République X
- Les arts et les lettres ont plus souvent poli les mœurs qu'ils ne les ont rendues meilleures.Rousseau, Discours sur les sciences et les arts
- La culture de masse occupe le temps libre sans rien transmettre : c'est là une perte réelle.Adorno et Horkheimer, La Dialectique de la Raison
Mais ce temps est celui d'une formation
- Devant l'œuvre, la perception se rééduque : on apprend à voir ce que l'habitude masquait.Bergson, Le Rire
- L'expérience esthétique donne à l'expérience ordinaire une unité et une densité qu'elle n'a pas d'elle-même.Dewey, L'Art comme expérience
- La tragédie purge les passions : le temps du spectacle est celui d'un travail sur soi.Aristote, Poétique
Le temps de l'œuvre n'est pas le temps de l'utile
- Le jugement de goût est sans intérêt : c'est pourquoi il échappe par principe au calcul du rendement.Kant, Critique de la faculté de juger, § 5
- Les œuvres sont ce qui demeure quand les usages ont passé : elles constituent la durée d'un monde commun.Arendt, Condition de l'homme moderne
- Ce temps arraché à l'urgence est celui du jeu, où l'homme est pleinement lui-même.Schiller, Lettres sur l'éducation esthétique
Une vie entièrement employée à ne rien perdre serait-elle encore une vie humaine ?