La question porte sur la nécessité d'une activité qui, par définition, ne sert à rien. Le « nous » engage aussi bien l'individu que la communauté, et l'on peut répondre différemment pour l'un et pour l'autre.
L'art relève-t-il du superflu, ou touche-t-il à quelque chose sans quoi une existence humaine se défait ?
Le plan en trois parties
L'art n'est pas une nécessité vitale
- Aucun besoin naturel n'exige la beauté : le jugement de goût est sans intérêt pour l'existence de l'objet.Kant, Critique de la faculté de juger, § 5
- L'art apparaît quand la nécessité est écartée : il suppose un temps libéré et des moyens.Arendt, Condition de l'homme moderne
- Ce qu'on nomme besoin d'art est souvent un besoin fabriqué par l'industrie culturelle.Adorno et Horkheimer, La Dialectique de la Raison
Mais aucune société humaine connue n'a vécu sans art
- Le plaisir de la représentation est universel et précoce : l'homme apprend et jouit par les images.Aristote, Poétique
- Toute culture se donne une image d'elle-même dans ses œuvres.Hegel, Esthétique
- L'expérience esthétique n'est pas séparée de la vie : elle en est l'intensification.Dewey, L'Art comme expérience
L'art répond au besoin de supporter le réel
- Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité : il est une condition de la vie, non un luxe.Nietzsche, Fragments posthumes
- La tragédie donne une forme à la terreur : elle en purge le spectateur.Aristote, Poétique
- Les œuvres opposent au destin une réponse durable : elles nous permettent de tenir devant la mort.Malraux, Les Voix du silence
Si l'art est un besoin, faut-il qu'un État le garantisse comme il garantit les autres ?