Ressources · 6ᵉ · Histoire
Le monde des cités grecques : un univers culturel commun
Un monde de cités indépendantes et de colonies autour de la Méditerranée ; ce qui unit les Grecs : la langue, l’alphabet, les dieux de l’Olympe, les mythes et les poèmes d’Homère ; Troie entre mythe et archéologie ; les sanctuaires de Delphes et d’Olympie et les Jeux olympiques ; Athènes et Sparte, deux modèles de cité
À propos de cette page
La cité grecque, un monde fragmenté
Une cité est un petit État indépendant : une ville et le territoire agricole qui l’entoure, avec ses propres lois, son armée, ses dieux protecteurs et souvent sa monnaie. Les cités sont rivales et se font souvent la guerre.
Les colonies : le monde grec s’étend autour de la Méditerranée
À partir du VIIIe siècle av. J.-C., des Grecs quittent leur cité pour fonder des colonies au bord de la mer : en Italie du Sud, en Sicile, au bord de la mer Noire, en Afrique du Nord, jusqu’en Gaule et en Espagne. Ils partent pour trouver des terres à cultiver, fuir les conflits de leur cité ou faire du commerce.
Une colonie est une nouvelle cité, indépendante. Elle garde des liens avec sa métropole (sa « cité-mère ») : la même langue, les mêmes dieux, les mêmes fêtes. Ainsi, Syracuse, en Sicile, est fondée en 734 av. J.-C. par des colons de Corinthe ; Tarente, en Italie du Sud, par des Spartiates en 706 av. J.-C.
Vers 600 av. J.-C., des Grecs venus de Phocée, une cité d’Asie Mineure (l’actuelle Turquie), fondent Massalia, l’actuelle Marseille. Massalia fonde à son tour d’autres cités sur la côte : Agde, Antibes, Nice.
Selon un récit transmis par l’historien latin Justin, le chef grec Protis aurait épousé Gyptis, fille de Nannos, roi d’un peuple de la région, les Ségobriges ; le roi lui aurait alors offert le lieu pour fonder la ville. Ce récit ne peut pas être vérifié ; en revanche, les fouilles du Jardin des Vestiges ont mis au jour les remparts grecs de la ville, dont le plus ancien date de la fin du Ve siècle av. J.-C.
Réflexe — pour décrire le monde grec, je dis trois choses : des centaines de cités indépendantes et rivales ; des colonies tout autour de la Méditerranée ; aucune capitale, aucun roi commun.
Attention — une colonie grecque n’est pas une province gouvernée de loin : c’est une cité indépendante, qui se gouverne elle-même tout en restant liée à sa métropole.
🎯 S’entraîner : Cités et colonies grecques2 niveaux · méthode + exercices corrigés
1 / 5
Ce qui unit les Grecs : la langue, les dieux et les mythes
• une même langue, le grec : ceux qui ne le parlent pas sont appelés des barbares (« étrangers ») ;
• un même alphabet, emprunté aux Phéniciens au VIIIe siècle av. J.-C., auquel les Grecs ajoutent les voyelles (24 lettres, de l’alpha à l’oméga) ;
• une même religion polythéiste (plusieurs dieux) : les grands dieux vivent, selon les mythes, sur le mont Olympe, la plus haute montagne de Grèce (2 918 m). Ils ont une apparence humaine, sont immortels et ont chacun leur domaine ;
• les mêmes mythes, des récits sur les dieux et les héros, et les poèmes d’Homère.
| Dieu ou déesse | Domaine |
|---|---|
| Zeus | roi des dieux, dieu du ciel et de la foudre |
| Héra | épouse de Zeus, reine des dieux, déesse du mariage |
| Poséidon | dieu de la mer, des tremblements de terre et des chevaux |
| Athéna | déesse de la sagesse, de la guerre et de l’artisanat, protectrice des cités |
| Apollon | dieu des arts, de la lumière et de la divination |
| Artémis | déesse de la chasse et de la nature sauvage |
| Arès | dieu de la guerre et de la violence |
| Aphrodite | déesse de l’amour |
| Héphaïstos | dieu du feu, de la forge et des métaux |
| Hermès | messager des dieux, dieu des voyageurs et des commerçants |
| Déméter | déesse de l’agriculture et des moissons |
| Dionysos | dieu de la vigne, du vin et de la fête |
On les présente souvent comme « les douze dieux de l’Olympe », mais la liste des douze variait selon les cités et les époques. Pour obtenir leur protection, les Grecs leur offrent des sacrifices d’animaux et des offrandes, dans des temples où se trouve la statue du dieu, et célèbrent des fêtes.
Les héros
Un héros est un personnage aux exploits extraordinaires, souvent né d’un dieu et d’un être humain. Héraclès, fils de Zeus et d’Alcmène, accomplit les Douze Travaux : tuer le lion de Némée, l’hydre de Lerne… Achille, fils de la nymphe Thétis et d’un roi, est le meilleur guerrier grec de la guerre de Troie ; selon le mythe, sa mère l’a plongé dans le Styx pour le rendre invulnérable, sauf au talon par lequel elle le tenait.
Avant de prendre la mer, un marin offre un sacrifice à Poséidon pour avoir une traversée sans tempête.
Un paysan honore Déméter au moment de la moisson, et un forgeron, Héphaïstos : chacun s’adresse au dieu du domaine qui le concerne.
Réflexe — pour reconnaître un dieu, je cherche son domaine : la mer → Poséidon ; la foudre → Zeus ; la chasse → Artémis ; la forge → Héphaïstos.
Attention — un héros n’est pas un dieu : Achille est mortel, il meurt pendant la guerre de Troie. Et une culture commune n’est pas une unité politique : les cités restent indépendantes.
🎯 S’entraîner : Dieux et héros grecs1 niveau · méthode + exercices corrigés
2 / 5
Homère et Troie : confronter le mythe et l’archéologie
• L’Iliade (15 693 vers) raconte quelques semaines de la guerre de Troie : la colère d’Achille, qui finit par tuer le Troyen Hector. Elle s’achève sur les funérailles d’Hector.
• L’Odyssée raconte le retour d’Ulysse, roi d’Ithaque, qui met dix ans à rentrer chez lui après la guerre ; il affronte le Cyclope, la magicienne Circé, la colère de Poséidon, puis retrouve sa femme Pénélope et son fils Télémaque.
Ces poèmes deviennent la base de l’éducation des Grecs, dans toutes les cités : le philosophe Platon appelle Homère « l’éducateur de toute la Grèce ».
Troie a-t-elle existé ? Ce que dit l’archéologie
Selon le mythe, la guerre commence quand le prince troyen Pâris enlève Hélène, épouse du roi de Sparte ; les Grecs assiègent Troie pendant dix ans et la prennent grâce à la ruse du cheval de Troie, imaginée par Ulysse. Pour savoir ce qui est vrai, l’historien confronte ce récit aux découvertes archéologiques.
De 1870 à 1873, l’Allemand Heinrich Schliemann, convaincu qu’Homère dit vrai, fouille la colline d’Hisarlik, en Turquie actuelle. Il découvre neuf villes superposées, reconstruites les unes sur les autres (Troie I à Troie IX). Dans la deuxième, il trouve des bijoux en or qu’il appelle le « trésor de Priam »… mais ce niveau est bien plus ancien que l’époque de la guerre racontée par Homère : Schliemann s’était trompé. Les archéologues rapprochent plutôt la Troie d’Homère de Troie VIIa, une ville détruite vers 1180 av. J.-C., probablement lors d’un conflit violent.
« Des dieux comme Athéna, Poséidon ou Apollon se mêlent aux combats » : c’est le récit (le mythe) ; aucune fouille ne peut le confirmer.
« Une ville fortifiée a été détruite vers 1180 av. J.-C. sur la colline d’Hisarlik » : c’est une découverte archéologique. La ville a bien existé, mais les fouilles ne prouvent pas que la guerre s’est passée comme Homère la raconte.
Réflexe — devant une information sur Troie, je me demande : vient-elle du poème (dieux, héros, exploits) ou des fouilles (murs, couches, objets, dates) ?
Attention — l’Iliade ne raconte ni le cheval de Troie ni la prise de la ville : elle s’arrête avant. Le cheval est évoqué dans l’Odyssée.
🎯 S’entraîner : Homère et Troie : récit ou vestiges ?1 niveau · méthode + exercices corrigés
3 / 5
Les sanctuaires panhelléniques : Delphes et Olympie
• Delphes, au pied du mont Parnasse, est le sanctuaire d’Apollon. Dans son temple, une prêtresse, la Pythie, répond au nom du dieu aux questions qu’on lui pose : c’est l’oracle. Les cités viennent la consulter avant une décision importante, une guerre ou la fondation d’une colonie.
• Olympie, dans le Péloponnèse, est le sanctuaire de Zeus. Tous les quatre ans, on y célèbre en son honneur les Jeux olympiques, créés selon la tradition en 776 av. J.-C.
Delphes, le « nombril du monde »
Selon un mythe, Zeus aurait lâché deux aigles aux deux bouts de la Terre : ils se seraient rejoints à Delphes, au centre du monde. Une pierre sacrée, l’omphalos (le « nombril »), le rappelle dans le temple. Les cités y construisent des trésors, petits bâtiments où elles exposent leurs offrandes au dieu : il existe un Trésor des Athéniens, et même un Trésor des Marseillais, élevé par Massalia pour célébrer une victoire. Tous les quatre ans, Delphes accueille aussi des concours, les Jeux pythiques.
Olympie et les Jeux olympiques
Le temple de Zeus, construit entre 470 et 456 av. J.-C., abrite une immense statue du dieu en or et en ivoire, œuvre du sculpteur Phidias, comptée parmi les Sept Merveilles du monde. Pendant les jeux, plus de 40 000 personnes se pressent à Olympie. Seuls les hommes grecs libres concourent ; les femmes mariées n’ont pas le droit d’y assister. Les épreuves : la course du stade, la lutte, le pugilat (une boxe), le pancrace, le pentathlon (disque, javelot, saut en longueur, course et lutte) et les courses de chars. Le vainqueur ne reçoit pas d’argent mais une couronne d’olivier sauvage, et sa gloire rejaillit sur sa cité.
Avant les jeux, une trêve sacrée est annoncée dans les cités : on ne doit pas attaquer le territoire d’Olympie, ni les athlètes et les spectateurs qui s’y rendent. Elle n’arrête pas toutes les guerres entre cités, mais elle permet à tous les Grecs de venir.
Selon une légende, un certain Battos aurait reçu de la Pythie le conseil de fonder une cité en Libye : ce serait l’origine de la colonie de Cyrène. Delphes est mêlée à l’expansion du monde grec.
Selon les mythes, les Jeux olympiques auraient été fondés par un héros, Pélops ou Héraclès. Les archéologues montrent autre chose : on honorait d’abord Zeus à Olympie, et c’est parce que le sanctuaire était célèbre qu’on y a ensuite organisé des concours et construit un stade.
Réflexe — Delphes → Apollon, la Pythie, l’oracle ; Olympie → Zeus, les Jeux olympiques, la couronne d’olivier.
Attention — les Jeux olympiques antiques sont d’abord une fête religieuse en l’honneur de Zeus, et la trêve sacrée n’est pas une paix générale : elle protège seulement Olympie et ceux qui s’y rendent.
🎯 S’entraîner : Les lieux communs des Grecs (Olympie, Delphes)2 niveaux · méthode + exercices corrigés
4 / 5
Athènes et Sparte : deux cités, deux modèles
• Deux rois, qui règnent à vie de père en fils, commandent l’armée.
• La Gérousie, le conseil des Anciens : 28 citoyens d’au moins 60 ans, élus à vie, avec les deux rois.
• Les éphores (« surveillants ») : cinq magistrats élus pour un an, qui surveillent toute la vie de la cité.
• L’assemblée des citoyens de plus de 30 ans, qui vote en criant (par acclamation).
Les citoyens spartiates, qui se disent les Égaux, sont peu nombreux (environ 8 000 en 480 av. J.-C.). Ils ne travaillent pas : ce sont des soldats à plein temps. La terre est cultivée par les hilotes, des habitants soumis qui appartiennent à la cité ; les périèques, libres mais non citoyens, sont surtout agriculteurs, mais aussi artisans et commerçants ; ils fournissent des soldats à Sparte. Dès 7 ans, les garçons sont retirés à leurs parents pour une éducation collective et militaire organisée par la cité, l’agôgè, jusqu’à 20 ans. Les filles reçoivent, elles aussi, un entraînement sportif.
| Athènes | Sparte | |
|---|---|---|
| Régime | démocratie : l’assemblée de tous les citoyens vote les lois | oligarchie : deux rois, la Gérousie et les éphores dominent |
| Qui travaille ? | citoyens paysans, artisans, commerçants ; aussi métèques et esclaves | hilotes et périèques ; les citoyens sont soldats |
| Les filles | restent à la maison, sans droits politiques | reçoivent un entraînement sportif, sans droits politiques |
| Puissance | sa flotte, la plus puissante du monde grec | son armée de terre, longtemps la plus réputée |
Alliées puis rivales
Face à l’Empire perse, pendant les guerres médiques, de nombreuses cités grecques s’allient sous la conduite d’Athènes et de Sparte : en 480 av. J.-C., aux Thermopyles, 300 Spartiates menés par le roi Léonidas combattent jusqu’à la mort. Mais au Ve siècle av. J.-C., leur rivalité éclate : la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.) oppose les deux cités et leurs alliés, et se termine par la victoire de Sparte.
Un jeune Spartiate de 7 ans quitte sa famille pour vivre en groupe avec d’autres garçons : il commence l’agôgè.
Un paysan qui cultive la terre d’un Spartiate et doit lui remettre une partie de la récolte, sans être libre de partir : c’est un hilote.
Réflexe — pour comparer deux cités, je compare toujours les mêmes points : qui gouverne, qui travaille, comment on éduque les enfants, sur quoi repose leur puissance.
Attention — Sparte a aussi une assemblée de citoyens, mais elle n’est pas une démocratie : les rois, les Anciens et les éphores ont l’essentiel du pouvoir. Ne généralise jamais le modèle d’Athènes à toute la Grèce.
🎯 S’entraîner : Athènes et Sparte2 niveaux · méthode + exercices corrigés
5 / 5
Pour aller plus loin
La démocratie athénienne : qui est citoyen à Athènes, Solon, Clisthène et Périclès, l’Ecclésia, la Boulè et l’Héliée, l’Agora, la Pnyx, l’Acropole et les Panathénées sont étudiés dans le chapitre Le monde des cités grecques : Athènes et la naissance de la démocratie.
Troie et Rome : selon le mythe romain, le Troyen Énée, fuyant sa ville détruite, est l’ancêtre des fondateurs de Rome : voir le chapitre Rome : du mythe à l’histoire.
Se repérer dans le temps : les dates av. J.-C. et les siècles en chiffres romains sont expliqués dans le chapitre Introduction : qu’est-ce que l’histoire ?
- La Grèce antique est un monde fragmenté : au moins 750 cités indépendantes et rivales, et des colonies fondées dès le VIIIe siècle av. J.-C. autour de la Méditerranée, comme Massalia (Marseille), fondée vers 600 av. J.-C. par des Phocéens.
- Les Grecs (les Hellènes) partagent une langue, un alphabet, des dieux de l’Olympe (Zeus, Poséidon, Athéna, Apollon…) et des mythes sur les dieux et les héros.
- Les poèmes d’Homère, l’Iliade et l’Odyssée, composés vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C., sont connus de tous ; les fouilles de Troie montrent une ville réelle, mais ne prouvent pas le récit.
- À Delphes, la Pythie rend l’oracle d’Apollon ; à Olympie, les Jeux olympiques honorent Zeus tous les quatre ans : ce sont des sanctuaires panhelléniques.
- Sparte, oligarchie militaire (deux rois, Gérousie, éphores), s’oppose au modèle démocratique d’Athènes : alliées contre les Perses, les deux cités s’affrontent dans la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.).
Questions fréquentes
Pourquoi la Grèce antique est-elle divisée en cités ?
Le relief de montagnes, de petites plaines et d’îles isole les communautés : chacune devient une cité indépendante (polis), avec ses lois, son armée et ses dieux protecteurs. On en compte au moins 750, souvent rivales.
Qu’est-ce qui unit les Grecs malgré leurs divisions ?
Une même langue et un même alphabet, les mêmes dieux de l’Olympe et les mêmes mythes, les poèmes d’Homère, et des sanctuaires communs comme Delphes et Olympie.
Que racontent l’Iliade et l’Odyssée ?
L’Iliade raconte quelques semaines de la guerre de Troie et la colère d’Achille ; l’Odyssée, le retour d’Ulysse à Ithaque, qui dure dix ans. Ces poèmes sont attribués à Homère et composés vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C.
Qu’est-ce qu’un sanctuaire panhellénique ?
Un sanctuaire fréquenté par les Grecs de toutes les cités : Delphes, où la Pythie rend l’oracle d’Apollon, et Olympie, où l’on célèbre tous les quatre ans les Jeux olympiques en l’honneur de Zeus.
Quelle différence entre Athènes et Sparte ?
Athènes est une démocratie dont la puissance repose sur sa flotte ; Sparte est une oligarchie militaire dirigée par deux rois, la Gérousie et les éphores, où les citoyens sont soldats et où les hilotes cultivent la terre.
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.
Prof d'histoire-géo à Marseille · Cours particuliers au collège · Aide aux devoirs