Comment crée-t-on des richesses et comment les mesure-t-on ?
Production marchande et non marchande, facteurs de production, valeur ajoutée, PIB et ses limites, croissance, externalités (SES de 2nde)
À propos de cette page
Ce cours de SES (2nde) en seconde sur « Comment crée-t-on des richesses et comment les mesure-t-on ? » suit le programme officiel de SES (2nde) de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qui crée des richesses ? Une grande diversité d'organisations, Production marchande et production non marchande, Produire, c'est combiner des facteurs de production, Mesurer la richesse créée : valeur ajoutée et PIB. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en SES (2nde).
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Du blé au pain : la valeur ajoutée d'une filière
Facile
Tableau statistique (données fictives construites pour l'exercice) · Tableau construit pour l'exercice à partir de la définition de la valeur ajoutée retenue par l'INSEE ; données fictives, 2026.
Le tableau suit une même filière, du champ à la boulangerie, sur une période donnée. Il permet de comprendre comment la comptabilité nationale mesure la richesse créée par chaque producteur sans compter deux fois les mêmes biens.
Producteur
Production vendue (en euros)
Consommations intermédiaires (en euros)
Valeur ajoutée (en euros)
Agriculteur (blé)
200
50 (semences, engrais, gazole)
150
Meunier (farine)
450
200 (blé) + 30 (électricité) = 230
?
Boulanger (pain)
900
450 (farine) + 90 (énergie, emballages) = 540
?
Total
1 550
820
?
Lecture : l'agriculteur a vendu pour 200 euros de blé, après avoir acheté pour 50 euros de semences, d'engrais et de gazole.
Après avoir présenté le document, vous calculerez les valeurs ajoutées manquantes et vous expliquerez pourquoi le PIB additionne des valeurs ajoutées.
Faites une phrase avec la donnée du boulanger dans la colonne « consommations intermédiaires ».
Calculez la valeur ajoutée du meunier, celle du boulanger, puis celle de l'ensemble de la filière.
Pourquoi serait-il faux de mesurer la richesse créée par la filière en additionnant les productions vendues (1 550 euros) ?
Calculez la part de la valeur ajoutée de la filière créée par le boulanger et interprétez le résultat.
Voir la réponse rédigée
1. Selon ce tableau construit pour l'exercice, pour produire du pain vendu 900 euros, le boulanger a acheté à d'autres producteurs pour 540 euros de consommations intermédiaires : 450 euros de farine et 90 euros d'énergie et d'emballages, qui ont été transformés ou détruits au cours de la production.
2. La valeur ajoutée se calcule en retirant de la production les consommations intermédiaires. Meunier : 450 − 230 = 220 euros. Boulanger : 900 − 540 = 360 euros. Filière : 150 + 220 + 360 = 730 euros. On peut vérifier : la valeur du produit final (900 euros) moins les achats faits à l'extérieur de la filière (50 + 30 + 90 = 170 euros) donne bien 730 euros.
3. Additionner les productions reviendrait à compter plusieurs fois la même chose : les 200 euros de blé sont comptés une première fois chez l'agriculteur, puis une deuxième fois dans la valeur de la farine (450 euros) et une troisième fois dans celle du pain (900 euros). Le total de 1 550 euros surestime donc largement la richesse créée : c'est un double compte. En retirant à chaque étape les consommations intermédiaires, la valeur ajoutée ne retient que ce que chaque producteur a réellement ajouté. C'est pourquoi le PIB est la somme des valeurs ajoutées.
4. Part du boulanger = 360 ÷ 730 × 100 ≈ 49,3 %. Le boulanger crée près de la moitié de la richesse de la filière, alors que son chiffre d'affaires (900 euros) pourrait laisser croire qu'il en crée la totalité. Sa valeur ajoutée rémunère son travail et celui de ses salariés, paie des impôts et permet de renouveler son four : c'est elle, et non son chiffre d'affaires, qui mesure sa contribution à la production.
Ce que cette analyse apprend — Calculer une valeur ajoutée et justifier, par l'exemple d'une filière, la méthode de calcul du PIB.
Document 2 — La manufacture d'épingles
Moyen
Extrait d'ouvrage d'économie (document d'époque, traduction) · Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, livre I, chapitre 1, Londres, 1776 (traduction établie pour l'exercice).
Adam Smith (1723-1790), philosophe écossais, publie cet ouvrage en 1776, au début de la révolution industrielle britannique. Il s'adresse au public cultivé et aux gouvernants pour expliquer d'où vient la richesse des nations.
« Un ouvrier qui n'aurait pas été formé à ce métier, et qui ne saurait pas se servir des machines qu'on y emploie, pourrait peut-être à peine, avec toute son application, faire une épingle par jour, et certainement pas vingt. Mais de la manière dont ce travail est aujourd'hui organisé, il est divisé en un grand nombre de branches, dont la plupart sont elles-mêmes des métiers distincts. Un ouvrier tire le fil de métal, un autre le redresse, un troisième le coupe, un quatrième l'empointe, un cinquième l'aiguise en haut pour recevoir la tête ; faire la tête demande deux ou trois opérations distinctes ; la poser est une occupation particulière, blanchir les épingles en est une autre ; c'est même un métier distinct que de les mettre dans le papier. […] J'ai vu une petite manufacture de ce genre où dix ouvriers seulement étaient employés. […] Ces dix ouvriers pouvaient faire entre eux plus de douze livres d'épingles par jour ; or une livre contient plus de quatre mille épingles de taille moyenne. Ces dix personnes pouvaient donc fabriquer plus de quarante-huit mille épingles par jour ; chacune, faisant la dixième partie de ce total, peut être considérée comme faisant quatre mille huit cents épingles par jour. »
Étude d'un document : vous présenterez le document, puis vous montrerez comment l'organisation de la production permet d'accroître la productivité.
Présentez le document (nature, auteur, date, contexte).
Calculez la productivité journalière d'un ouvrier dans la manufacture, puis comparez-la à celle d'un ouvrier isolé.
Quels facteurs de production Smith mentionne-t-il, et comment leur combinaison explique-t-elle cet écart ?
Montrez les limites de cet exemple pour penser la création de richesses aujourd'hui.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un extrait, traduit, du premier chapitre des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, publié à Londres en 1776 par le philosophe écossais Adam Smith, considéré comme l'un des fondateurs de l'économie politique. Au début de la révolution industrielle, Smith cherche à expliquer ce qui rend une nation riche : il ouvre son livre par l'exemple d'une petite manufacture d'épingles.
2. Les dix ouvriers fabriquent « plus de quarante-huit mille épingles par jour », soit une productivité de 48 000 ÷ 10 = 4 800 épingles par ouvrier et par jour. Un ouvrier isolé et non formé en ferait moins de vingt. La productivité d'un ouvrier de la manufacture est donc au moins 4 800 ÷ 20 = 240 fois plus élevée.
3. Smith mentionne d'abord le travail, dont il souligne la qualité : l'ouvrier isolé n'a « pas été formé à ce métier ». Il cite aussi le capital, avec « les machines qu'on y emploie », et une matière transformée, le fil de métal, qui est une consommation intermédiaire. Mais l'essentiel de l'écart vient de la façon de combiner ces facteurs, c'est-à-dire de la technologie au sens large : la division du travail découpe la fabrication en une dizaine d'opérations (tirer le fil, le redresser, le couper…). Chaque ouvrier devient plus habile dans une tâche unique, ne perd plus de temps à passer d'une tâche à l'autre, et l'organisation facilite l'usage de machines. Avec la même quantité de travail, on produit beaucoup plus : c'est la définition d'une hausse de productivité.
4. L'exemple porte sur un bien matériel et standardisé ; une grande part de la production actuelle est faite de services (santé, éducation) où la productivité se mesure mal. Il ignore aussi la production non marchande et les ressources naturelles. Enfin, Smith lui-même, au livre V du même ouvrage, s'inquiète de l'abrutissement de l'ouvrier réduit à quelques gestes répétitifs : produire plus ne suffit pas à définir le bien-être, ce qui annonce les débats sur les limites du PIB.
Ce que cette analyse apprend — Tirer un calcul de productivité d'un texte d'époque et relier un exemple historique aux notions du programme.
Document 3 — Mesurer autre chose que la production : le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi
Moyen
Rapport officiel (présentation résumée des recommandations) · Joseph E. Stiglitz, Amartya Sen, Jean-Paul Fitoussi, Rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social, Paris, septembre 2009 (recommandations résumées pour l'exercice).
Le rapport paraît en 2009, en pleine crise financière mondiale, au moment où beaucoup s'interrogent sur un modèle de croissance jugé fragile et polluant. Il s'adresse aux gouvernements et aux instituts statistiques, dont l'INSEE.
Créée en février 2008 à la demande du président de la République, la commission présidée par l'économiste américain Joseph Stiglitz, avec Amartya Sen comme conseiller et Jean-Paul Fitoussi comme coordinateur, remet son rapport en septembre 2009. Ses douze recommandations peuvent être résumées ainsi :
pour évaluer le bien-être matériel, regarder les revenus et la consommation des ménages plutôt que la seule production ;
considérer le patrimoine en même temps que les revenus ;
accorder plus d'importance à la répartition des revenus, de la consommation et des richesses, et non aux seules moyennes ;
élargir la mesure des revenus aux activités non marchandes, comme les services que les ménages se rendent à eux-mêmes ;
mesurer la qualité de la vie : santé, éducation, activités personnelles, participation à la vie politique, liens sociaux, environnement, sécurité, ainsi que le bien-être ressenti par les personnes ;
évaluer les inégalités dans toutes ces dimensions ;
suivre la soutenabilité à part, avec un tableau de bord d'indicateurs, et mesurer les atteintes à l'environnement par des indicateurs physiques (par exemple les émissions de gaz à effet de serre).
La commission ne propose pas d'abandonner le PIB : elle demande de ne plus en faire l'unique mesure du progrès d'une société.
Étude d'un document : vous présenterez le document, puis vous montrerez qu'il invite à compléter le PIB sans le supprimer.
Présentez le document.
Pourquoi la commission conseille-t-elle de regarder les revenus et la consommation des ménages plutôt que la production ?
Quelles richesses créées ne figurent pas dans le PIB selon le document ? Donnez un exemple.
Montrez que le rapport complète le PIB plutôt qu'il ne le remplace.
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'une présentation résumée des recommandations du rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social, publié à Paris en septembre 2009. La commission, créée en 2008 à la demande du président de la République, réunit notamment deux lauréats du prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz et Amartya Sen, et l'économiste français Jean-Paul Fitoussi. Elle s'adresse aux gouvernements et aux statisticiens.
2. Le PIB mesure ce qui est produit sur un territoire, pas ce dont les habitants disposent. Une partie de la valeur ajoutée peut revenir à des entreprises ou à des propriétaires étrangers, ou servir à renouveler des machines. Les revenus et la consommation des ménages sont plus proches de leur niveau de vie réel. La commission ajoute qu'il faut regarder la répartition, car une moyenne peut progresser alors que la situation d'une partie de la population se dégrade.
3. Le document cite les « activités non marchandes », en particulier les services que les ménages se rendent à eux-mêmes : faire la cuisine, garder ses enfants, entretenir son logement. Ces activités créent des services réels mais ne sont ni vendues ni fournies par une administration, donc ne sont pas comptées dans le PIB. On peut ajouter le bénévolat, par exemple dans une association d'aide aux devoirs.
4. Le document le dit explicitement : la commission ne propose pas d'abandonner le PIB mais de ne plus en faire l'unique mesure du progrès. Elle conserve la mesure de la production et y ajoute trois séries d'informations : le niveau de vie des ménages et sa répartition, la qualité de la vie (santé, éducation, liens sociaux, sécurité), la soutenabilité, suivie par un tableau de bord et des indicateurs physiques. En France, cette démarche a inspiré la loi Sas du 13 avril 2015, qui impose de présenter chaque année au Parlement de nouveaux indicateurs de richesse à côté du PIB.
Ce que cette analyse apprend — Présenter un rapport officiel et distinguer ce qu'il critique de ce qu'il propose, sans lui faire dire plus qu'il ne dit.
Document 4 — Les limites de la croissance : le scénario de référence du rapport Meadows
Difficile
Graphique issu d'une modélisation (description) · Donella H. Meadows, Dennis L. Meadows, Jørgen Randers, William W. Behrens III, The Limits to Growth, rapport au Club de Rome, New York, Universe Books, 1972 (graphique du scénario dit « standard », décrit pour l'exercice).
Le Club de Rome, groupe de réflexion fondé en 1968, confie à une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT) le soin de modéliser l'avenir du monde. Le rapport, publié en 1972 et traduit en français la même année, paraît juste avant le premier choc pétrolier (1973).
Description du graphique. L'axe horizontal va de 1900 à 2100. Cinq courbes, sans unité commune (chacune a sa propre échelle), représentent l'évolution simulée par le modèle informatique World3 pour l'ensemble du monde, si les tendances observées de 1900 à 1970 se prolongent sans changement de politique :
ressources non renouvelables : la courbe part d'un niveau élevé et ne cesse de baisser pendant toute la période ;
production industrielle par habitant : elle augmente fortement pendant le XXe siècle, atteint un maximum au début du XXIe siècle, puis s'effondre ;
nourriture par habitant : même profil, avec un sommet puis un déclin ;
pollution : faible au début, elle monte rapidement et culmine après le sommet de la production, avant de redescendre ;
population : elle croît jusqu'au milieu du XXIe siècle environ, puis diminue, avec retard sur la production.
Les auteurs présentent d'autres scénarios : si l'on suppose davantage de ressources ou de progrès technique, l'effondrement est retardé ; seuls des scénarios combinant stabilisation de la population, de la production et fortes innovations aboutissent à un monde stable.
Étude d'un document : vous présenterez le document, vous le décrirez, puis vous montrerez ce qu'il apprend sur les liens entre croissance et environnement, en en discutant la portée.
Présentez le document en précisant sa nature exacte.
Décrivez l'évolution de la production industrielle par habitant et des ressources non renouvelables : quel lien le modèle établit-il entre elles ?
Expliquez, à l'aide de la notion d'externalité, pourquoi la pollution joue un rôle dans ce scénario.
Montrez que ce document n'est pas une prévision et présentez les débats qu'il a suscités.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document décrit un graphique tiré de The Limits to Growth (« Les limites à la croissance »), rapport publié en 1972 par une équipe du MIT dirigée par Donella et Dennis Meadows, à la demande du Club de Rome. Ce n'est pas un relevé statistique : c'est le résultat d'une simulation informatique (modèle World3) qui prolonge jusqu'en 2100 les tendances de 1900-1970. Il s'agit du scénario dit « standard », celui où rien ne change dans les politiques menées.
2. La production industrielle par habitant augmente fortement pendant le XXe siècle, atteint un sommet au début du XXIe siècle, puis s'effondre. Dans le même temps, les ressources non renouvelables baissent sans interruption. Le lien est causal dans le modèle : produire suppose de prélever des ressources naturelles, qui sont un facteur de production. Tant qu'elles sont abondantes, la production croît ; quand elles se raréfient, il faut consacrer de plus en plus de capital à les extraire, et la production finit par reculer.
3. Une externalité négative est un dommage causé à un tiers sans compensation. La production industrielle rejette des polluants dont le coût n'est pas supporté par les producteurs mais par la société : santé, rendements agricoles, écosystèmes. Comme ce coût n'est pas pris en compte dans les décisions de production, la pollution augmente avec la production, puis, en s'accumulant, dégrade à son tour les capacités de production, notamment agricoles. Le graphique montre ce décalage : la pollution culmine après le sommet de la production. Le PIB, qui compte la production sans retrancher la pollution, ne signale pas ce danger.
4. Les auteurs présentent plusieurs scénarios, dont certains stables : le graphique décrit ce qui se passerait si les tendances se prolongeaient, pas ce qui se passera. Le rapport a été critiqué dès les années 1970 par des économistes, dont Robert Solow, qui jugeaient qu'il sous-estimait le progrès technique et la possibilité de remplacer une ressource rare par une autre. D'autres chercheurs ont au contraire comparé ses courbes aux données observées depuis et estimé que le monde suivait jusqu'ici une trajectoire proche du scénario standard. Le débat oppose aujourd'hui les partisans d'une croissance verte, fondée sur l'innovation, et ceux d'une réduction de certaines productions ; le document ne tranche pas, mais il a imposé la question des limites écologiques de la croissance, reprise par le rapport Brundtland en 1987.
Ce que cette analyse apprend — Identifier la nature exacte d'un document (une simulation n'est pas une statistique) et en discuter la portée sans le caricaturer.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.