06 29 33 79 32 Je réserve ici
Histoire-Géographie 2ⁿᵈᵉ

Ressources · 2ⁿᵈᵉ · Histoire-Géographie

Renaissance, Humanisme et réformes religieuses : les mutations de l'Europe

Imprimerie, humanisme (Érasme), Renaissance artistique, Luther et Calvin, Réforme catholique, guerres de religion (programme d'histoire de 2nde)

À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en seconde sur « Renaissance, Humanisme et réformes religieuses : les mutations de l'Europe » suit le programme officiel d'histoire-géographie de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : L'imprimerie, une révolution du livre (vers 1450-1500), L'humanisme : revenir aux textes pour former l'homme, La Renaissance artistique, de Florence à l'Europe, 1517 : Luther ouvre le temps des réformes. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en histoire-géographie.

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Un programme d'éducation humaniste : la lettre de Gargantua à Pantagruel

Facile

Texte littéraire — lettre fictive insérée dans un roman · François Rabelais, Pantagruel, chapitre VIII, Lyon, 1532 (orthographe modernisée).

Rabelais, moine devenu médecin et humaniste, publie à Lyon, grand centre d'imprimerie, les aventures comiques du géant Pantagruel. Dans ce chapitre, le géant Gargantua écrit à son fils, étudiant à Paris, pour lui fixer un programme d'études : derrière la fiction, c'est l'idéal éducatif des humanistes.

« Le temps était encore ténébreux et sentant l'infélicité et calamité des Goths, qui avaient mis à destruction toute bonne littérature. Mais, par la bonté divine, la lumière et dignité a été de mon âge rendue ès lettres […]. Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées : grecque, sans laquelle c'est honte qu'une personne se dise savant, hébraïque, chaldaïque, latine. Les impressions tant élégantes et correctes en usance, qui ont été inventées de mon âge par inspiration divine, comme à contrefil l'artillerie par suggestion diabolique. Tout le monde est plein de gens savants, de précepteurs très doctes, de librairies très amples […].
J'entends et veux que tu apprennes les langues parfaitement : premièrement la grecque, comme le veut Quintilien, secondement la latine, et puis l'hébraïque pour les saintes lettres, et la chaldaïque et arabique pareillement […]. Et quant à la connaissance des faits de nature, je veux que tu t'y adonnes curieusement […]. Puis soigneusement revisite les livres des médecins grecs, arabes et latins […]. Somme, que je voie un abîme de science […].
Mais parce que, selon le sage Salomon, sapience n'entre point en âme malivole, et science sans conscience n'est que ruine de l'âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu […]. »
Impressions : livres imprimés. Librairies : bibliothèques. Malivole : malveillante.

Présentez le document, puis montrez en quoi il exprime l'idéal humaniste d'éducation et ce qu'il dit du rôle de l'imprimerie.

  1. Présentez le document : nature, auteur, date, contexte.
  2. Comment Gargantua oppose-t-il son temps à celui qui l'a précédé ?
  3. Relevez les savoirs que Pantagruel doit acquérir : que révèlent-ils de l'idéal humaniste ?
  4. Quelle place le texte donne-t-il à l'imprimerie et à la foi ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait de Pantagruel, roman comique publié à Lyon en 1532 par François Rabelais, moine devenu médecin et humaniste. Au chapitre VIII, le géant Gargantua écrit à son fils Pantagruel, étudiant à Paris, pour lui fixer un programme d'études. La lettre est fictive, mais elle exprime l'idéal éducatif des humanistes français au temps de François Ier, qui vient de créer les lecteurs royaux (1530).

2. Gargantua oppose deux temps. Celui de sa jeunesse était « ténébreux », marqué par « la calamité des Goths » qui avaient détruit « toute bonne littérature » : c'est l'image, reprise des humanistes italiens, d'un Moyen Âge barbare. Son temps présent est celui de la « lumière » : « toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées ». Le vocabulaire de la restauration traduit l'idée d'une renaissance des lettres. L'historien y voit une conviction, non une description exacte : le Moyen Âge avait conservé et commenté bien des textes antiques.

3. Pantagruel doit apprendre les langues anciennes « parfaitement » : le grec, « sans laquelle c'est honte qu'une personne se dise savant », le latin, l'hébreu « pour les saintes lettres », le chaldéen et l'arabe. Ce sont les langues des textes originaux, antiques et bibliques : l'humaniste veut lire les œuvres dans leur langue, sans intermédiaire. S'y ajoutent les « faits de nature » et la médecine des Grecs, des Arabes et des Latins : le savoir est encyclopédique, et le père veut voir chez son fils « un abîme de science ». L'éducation humaniste forme l'homme tout entier.

4. L'imprimerie est présentée comme une invention « de mon âge », due à l'« inspiration divine », qui produit des éditions « élégantes et correctes » : elle multiplie les textes fiables et explique l'abondance de « librairies très amples », c'est-à-dire de bibliothèques. Rabelais l'oppose à l'artillerie, née d'une « suggestion diabolique » : la technique peut servir le bien comme le mal. Enfin, le savoir ne vaut rien sans la foi : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme », et il faut « servir, aimer et craindre Dieu ». L'humanisme de Rabelais est chrétien : il ne s'oppose pas à la religion, il veut que le savoir élève l'âme.

Ce que cette analyse apprend — Présenter un texte littéraire en distinguant la fiction de l'idéal qu'elle exprime, et prendre du recul sur le discours des humanistes.

Document 2 — La diffusion de l'imprimerie en Europe (vers 1450 – 1500)

Moyen

Tableau statistique et chronologique · Tableau construit pour l'exercice d'après Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, L'Apparition du livre, Paris, Albin Michel, 1958, et l'Incunabula Short Title Catalogue (British Library) ; chiffres arrondis, donnés en ordres de grandeur.

Les historiens du livre recensent les incunables conservés dans les bibliothèques du monde entier pour mesurer la naissance de l'imprimerie. Ce tableau rassemble leurs résultats, arrondis, pour la seconde moitié du XVe siècle.

VillePremier atelier d'imprimerie
Mayence (Saint-Empire)Vers 1450-1455 (Gutenberg)
Subiaco puis Rome (États pontificaux)1465-1467
Bâle (Confédération suisse)Vers 1468
Venise1469
Paris1470
Lyon1473
Westminster (Angleterre)1476

IndicateurOrdre de grandeur
Villes d'Europe possédant au moins un atelier vers 1480Plus de 100
Villes d'Europe possédant au moins un atelier vers 1500Environ 250
Éditions connues imprimées avant 1501 (incunables)Environ 30 000
Part de l'espace germanique dans ces éditionsEnviron un tiers
Part de l'ItalieEnviron un tiers
Part de la FranceEnviron un sixième
Part des autres pays (Pays-Bas, péninsule Ibérique, Angleterre…)Environ un sixième
Tirage courant d'une édition vers 1500Quelques centaines d'exemplaires

Analysez le document afin de montrer la rapidité et la géographie de la diffusion de l'imprimerie, puis ses conséquences culturelles.

  1. Présentez le document et indiquez les limites de ses chiffres.
  2. Décrivez le rythme et la géographie de la diffusion de l'imprimerie.
  3. Expliquez pourquoi l'imprimerie s'implante d'abord dans ces régions et ces villes.
  4. À l'aide de vos connaissances, montrez les conséquences culturelles de l'imprimerie, puis nuancez-les.
Voir la réponse rédigée

1. Le document est un tableau statistique et chronologique construit d'après les travaux de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin (L'Apparition du livre, 1958) et le catalogue international des incunables tenu par la British Library. Il retrace la diffusion de l'imprimerie depuis l'invention de Gutenberg jusqu'en 1500. Ses chiffres sont des ordres de grandeur : ils reposent sur les livres conservés, or beaucoup d'éditions ont disparu ; ils sous-estiment donc la production réelle.

2. La diffusion est très rapide. Née à Mayence vers 1450-1455, l'imprimerie atteint l'Italie en 1465, Venise en 1469, Paris en 1470, Lyon en 1473, l'Angleterre en 1476 : en une génération, elle couvre l'Europe occidentale. Plus d'une centaine de villes ont un atelier vers 1480, environ 250 vers 1500. L'espace germanique et l'Italie produisent chacun environ un tiers des éditions conservées, la France environ un sixième : l'imprimerie suit l'axe rhénan et la péninsule italienne, cœurs urbains et marchands de l'Europe.

3. Cette géographie s'explique. Imprimer demande des capitaux (papier, fonte des caractères, ouvriers) et une clientèle : on imprime là où se trouvent des marchands, des banquiers, des universités, des clercs et des lettrés. Venise, port et grande place commerciale, devient le premier centre d'Europe ; Paris s'appuie sur son université, Lyon sur ses foires, Bâle sur ses humanistes. Les premiers imprimeurs, souvent venus de l'Empire, suivent les routes du commerce : ce sont des typographes allemands qui ouvrent les ateliers de Subiaco et de Paris.

4. Les conséquences sont décisives. Le livre coûte moins cher et circule plus vite ; les textes, reproduits à l'identique, permettent aux humanistes de travailler sur les mêmes éditions : Alde Manuce publie les auteurs grecs à Venise, Érasme fait imprimer à Bâle son Nouveau Testament grec (1516). Après 1517, l'imprimerie sert la Réforme : les écrits de Luther, en allemand, se diffusent par centaines de milliers d'exemplaires. Il faut toutefois nuancer : les tirages restent de quelques centaines d'exemplaires, et la grande majorité des Européens ne sait pas lire. Le livre imprimé touche d'abord une élite urbaine, même si la lecture à voix haute et l'image élargissent son public.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau en trois temps : décrire (rythme, espace), expliquer (facteurs), puis critiquer des chiffres donnés en ordres de grandeur.

Document 3 — Michel-Ange, La Création d'Adam (chapelle Sixtine)

Moyen

Œuvre d'art — fresque (document iconographique) · Michel-Ange (Michelangelo Buonarroti), La Création d'Adam, fresque de la voûte de la chapelle Sixtine, vers 1511-1512, Cité du Vatican (Rome).

Le pape Jules II (1503-1513), pape bâtisseur et guerrier, fait décorer la chapelle construite par son oncle Sixte IV. Il confie la voûte en 1508 à Michel-Ange, alors surtout connu comme sculpteur du David de Florence (1501-1504).

Description du document. La scène occupe l'un des neuf panneaux centraux de la voûte, consacrés à la Genèse ; elle mesure environ 2,8 m sur 5,7 m. À gauche, sur une pente de terre nue, Adam est allongé, entièrement nu, le corps musclé à la manière des statues antiques ; appuyé sur un coude, il tend mollement le bras gauche, la main à demi tombante. À droite, Dieu le Père, vieillard à barbe blanche vêtu d'une tunique légère, est porté dans les airs par un groupe d'anges, enveloppé d'une large draperie rouge sombre ; sous son bras gauche apparaît une figure féminine, souvent identifiée à Ève. Il tend le bras droit, l'index pointé vers celui d'Adam. Les deux doigts ne se touchent pas : un espace vide les sépare, au centre de la composition. Le fond, presque nu, est un ciel clair.
Autour du panneau, sur la voûte, sont peints de jeunes hommes nus assis (les ignudi) et, sur les côtés, des prophètes et des sibylles. La voûte, longue d'une quarantaine de mètres et située à une vingtaine de mètres du sol, a été peinte à fresque (sur un enduit frais) par Michel-Ange de 1508 à 1512.

Analysez cette œuvre en montrant ce qu'elle révèle de la Renaissance : l'héritage antique, la vision de l'homme et le rôle du mécénat.

  1. Présentez l'œuvre : nature, auteur, commanditaire, lieu, date.
  2. Décrivez la composition et montrez l'influence de l'Antiquité.
  3. En quoi l'œuvre exprime-t-elle une vision humaniste de l'homme ?
  4. Que révèle-t-elle du mécénat pontifical et du statut de l'artiste ?
  5. Pourquoi les nus de Michel-Ange deviennent-ils un problème après le concile de Trente ?
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'une fresque, La Création d'Adam, peinte par Michel-Ange vers 1511-1512 sur la voûte de la chapelle Sixtine, au Vatican. Elle appartient au vaste cycle commandé en 1508 par le pape Jules II et achevé en 1512. Michel-Ange, célèbre surtout comme sculpteur, peint ici l'un des neuf épisodes de la Genèse qui occupent le centre de la voûte.

2. La composition oppose deux masses : à gauche, Adam, allongé sur la terre, inerte ; à droite, Dieu, en mouvement, porté par des anges dans une draperie rouge. Le regard est conduit vers le centre, où les deux index se tendent sans se toucher : c'est l'instant où la vie va passer du Créateur à la créature. Le corps nu et musclé d'Adam, idéalisé, rappelle la statuaire antique que Michel-Ange a étudiée à Florence et à Rome : l'art chrétien emprunte les formes de l'Antiquité païenne.

3. L'œuvre exprime une vision humaniste de l'homme. Adam est représenté dans sa pleine beauté physique, à l'image de Dieu, qui lui fait face, les deux bras se répondant. L'homme n'est pas un pécheur humilié mais une créature digne, au sommet de la création : c'est l'idée que Pic de la Mirandole développait en 1486 dans son discours sur la dignité de l'homme. La scène reste pourtant pleinement religieuse : c'est Dieu qui donne la vie, et la fresque orne la chapelle du pape.

4. La commande illustre le mécénat pontifical : Jules II veut faire de Rome la capitale artistique de la chrétienté et affirmer le prestige de la papauté ; il fait travailler au même moment Raphaël dans ses appartements. Michel-Ange, lui, n'est plus un simple artisan : il conçoit un programme immense, plus de 300 figures sur une voûte d'une quarantaine de mètres, et Vasari fait de lui en 1550 le sommet de l'art. L'artiste est devenu un créateur admiré, qui traite presque d'égal à égal avec les princes.

5. Après le concile de Trente (1545-1563), l'Église veut des images claires et décentes, qui enseignent la foi. Les nus de Michel-Ange choquent : en 1564-1565, on fait voiler ceux du Jugement dernier (1536-1541), peint sur le mur de l'autel de la même chapelle, et Daniele da Volterra ajoute des draperies. La beauté du corps, célébrée vers 1510, devient suspecte un demi-siècle plus tard : la Réforme catholique marque la fin de l'optimisme de la Renaissance romaine.

Ce que cette analyse apprend — Analyser une œuvre d'art : décrire avant d'interpréter, puis replacer l'œuvre dans le contexte de sa commande et de sa réception.

Document 4 — Un poète catholique face à la guerre civile : Ronsard en 1562

Difficile

Poème polémique (discours en vers) — document d'époque · Pierre de Ronsard, Discours des misères de ce temps, Paris, 1562 (extraits, orthographe modernisée).

Pierre de Ronsard, le plus célèbre poète français de son temps, catholique et proche de la cour, écrit ces discours en vers en 1562, au début de la première guerre de religion. Il s'adresse à la reine mère Catherine de Médicis, qui gouverne pour le jeune Charles IX, et au public lettré du royaume.

Ce monstre arme le fils contre son propre père,
Et le frère (ô malheur) arme contre son frère,
La sœur contre la sœur, et les cousins germains
Au sang de leurs cousins veulent tremper leurs mains ;
L'oncle fuit son neveu, le serviteur son maître,
La femme ne veut plus son mari reconnaître ;
Les enfants sans raison disputent de la foi,
Et tout à l'abandon va sans ordre et sans loi.
L'artisan par ce monstre a laissé sa boutique,
Le pasteur ses brebis, l'avocat sa pratique,
Sa nef le marinier, sa foire le marchand,
Et par lui le prud'homme est devenu méchant.
L'écolier se débauche, et de sa faux tortue
Le laboureur façonne une dague pointue,
Une pique guerrière il fait de son râteau,
Et l'acier de son coutre il change en un couteau.
Morte est l'autorité : chacun vit à sa guise ;
Au vice déréglé la licence est permise ;
Le désir, l'avarice et l'erreur insensé
Ont sens dessus dessous le monde renversé.
[…]
Ô toi, historien, qui d'encre non menteuse
Écris de notre temps l'histoire monstrueuse,
Raconte à nos enfants tout ce malheur fatal,
Afin qu'en te lisant ils pleurent notre mal,
Et qu'ils prennent exemple aux péchés de leurs pères,
De peur de ne tomber en pareilles misères.
Le « monstre » est l'Opinion, allégorie que le poète décrit plus haut. Prud'homme : homme honnête. Coutre : lame de la charrue.

Analysez ce document en montrant comment Ronsard décrit la guerre civile, quel point de vue il défend, et ce que l'historien peut en tirer.

  1. Présentez le document : auteur, destinataire, date, contexte.
  2. Quels effets de la guerre civile le poète décrit-il ?
  3. Qui est désigné par le « monstre », et quel est le point de vue de l'auteur ?
  4. Pourquoi ce document est-il précieux mais partial ? Avec quelles sources le confronter ?
  5. En quoi le texte montre-t-il que les guerres de religion sont aussi une crise de l'autorité royale ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait des Discours des misères de ce temps, poèmes publiés à Paris en 1562 par Pierre de Ronsard, poète catholique proche de la cour. Ils s'adressent à la reine mère Catherine de Médicis, qui gouverne pour son fils Charles IX, encore jeune. Le texte est écrit au moment où commence la première guerre de religion, ouverte par le massacre de Wassy (1er mars 1562).

2. Ronsard décrit une guerre civile qui brise toutes les solidarités. Elle divise les familles : le monstre « arme le fils contre son propre père », le « frère […] contre son frère ». Elle désorganise l'économie : l'artisan quitte « sa boutique », le marchand « sa foire », le laboureur fait de son râteau une « pique guerrière ». Elle détruit l'ordre social : « Morte est l'autorité : chacun vit à sa guise », le monde est « sens dessus dessous ». Au cœur du désordre, il place la dispute religieuse elle-même : « Les enfants sans raison disputent de la foi ».

3. Le « monstre » est l'Opinion, allégorie par laquelle Ronsard désigne la nouveauté religieuse des réformés : en voulant que chacun juge de la foi par lui-même, les protestants auraient semé le désordre. Son point de vue est celui d'un catholique attaché à l'ordre : une seule foi, une seule autorité, celle de l'Église et du roi. Le poème est une œuvre de combat : des protestants lui répondent par des pamphlets, auxquels il réplique dès 1563.

4. Le texte est précieux : écrit par un contemporain au cœur de l'événement, il montre comment la guerre est vécue, comme un renversement du monde, et il s'adresse lui-même à l'« historien » pour que la postérité tire la leçon de ces « misères ». Mais il est partial : il ne dit rien de Wassy ni des violences catholiques, et fait porter aux seuls réformés la responsabilité du chaos. L'historien doit le confronter à des sources de l'autre camp (récits et pamphlets protestants) et à des sources officielles, comme les édits royaux de 1562.

5. Le texte montre enfin une crise politique. « Morte est l'autorité » : depuis la mort accidentelle d'Henri II en 1559, les rois sont jeunes et la reine mère ne parvient pas à imposer sa politique de conciliation (colloque de Poissy en 1561, édit de janvier 1562). Les grandes familles nobles prennent les armes, les Guise du côté catholique, le prince de Condé, un Bourbon, du côté protestant. En s'adressant à la reine, Ronsard fait du pouvoir royal la seule issue possible à la guerre civile.

Ce que cette analyse apprend — Critiquer un document engagé : identifier le camp de l'auteur, ce qu'il montre, ce qu'il tait, et le confronter à d'autres sources.

Bloqué sur ce chapitre ?

Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

Prof d'histoire-géo à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs