La Méditerranée antique : les empreintes grecques et romaines
Athènes et la démocratie (Périclès), Rome d'Auguste à Constantin, citoyenneté, empire, christianisation, héritages (programme d'histoire de 2nde)
À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en seconde sur « La Méditerranée antique : les empreintes grecques et romaines » suit le programme officiel d'histoire-géographie de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La Méditerranée antique, creuset de l'Europe, Athènes invente la démocratie (508-461 av. J.-C.), Périclès et la démocratie athénienne à son apogée, Une démocratie de citoyens : exclusions, empire et critiques. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en histoire-géographie.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Périclès fait l'éloge de la démocratie athénienne
Facile
Texte historique · discours rapporté par un historien · Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, livre II, chapitres 37, 40 et 41 (oraison funèbre prononcée par Périclès à l'hiver 431-430 av. J.-C. ; ouvrage rédigé à la fin du Ve siècle av. J.-C.), traduction adaptée.
À l'hiver 431-430 av. J.-C., à la fin de la première année de la guerre du Péloponnèse contre Sparte, Périclès, stratège élu, prononce l'éloge des Athéniens morts au combat devant les citoyens et leurs familles. Thucydide, Athénien et ancien stratège, rapporte ce discours dans son histoire de la guerre, en le réécrivant.
« Notre constitution n'a rien à envier aux lois de nos voisins : nous servons de modèle aux autres plutôt que nous ne les imitons. Son nom est démocratie, parce que le pouvoir y est entre les mains non d'une minorité, mais du plus grand nombre. Pour les différends privés, tous sont égaux devant la loi ; pour les honneurs publics, chacun est préféré selon son mérite, et la classe à laquelle il appartient compte moins que sa valeur personnelle. La pauvreté n'empêche personne, s'il est capable de rendre service à la cité, d'y tenir un rôle, si obscure que soit sa condition. Nous vivons en hommes libres dans les affaires publiques comme dans la vie de tous les jours. [...] Nous obéissons aux magistrats et aux lois, surtout à celles qui protègent les victimes de l'injustice. [...] Chez nous, les mêmes hommes s'occupent de leurs affaires et de celles de l'État, et ceux qui travaillent de leurs mains ne sont pas ignorants de la politique. Nous sommes les seuls à considérer celui qui ne s'y intéresse pas non comme un homme paisible, mais comme un homme inutile. [...] En un mot, j'affirme que notre cité tout entière est l'école de la Grèce. »
Après avoir présenté le document, montrez comment Périclès définit la démocratie athénienne, puis en quoi ce discours en donne une image idéalisée.
Présentez le document : sa nature, son auteur, le contexte et les destinataires du discours.
Relevez les principes de la démocratie athénienne énoncés par Périclès.
Quel rôle Périclès attribue-t-il aux citoyens ? Expliquez la phrase sur l'homme « inutile ».
Pourquoi ce discours donne-t-il une image idéalisée d'Athènes ? Appuyez-vous sur vos connaissances.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un extrait de l'Histoire de la guerre du Péloponnèse, écrite à la fin du Ve siècle av. J.-C. par l'historien athénien Thucydide. Il rapporte l'oraison funèbre prononcée par Périclès, l'un des dix stratèges élus d'Athènes, à l'hiver 431-430 av. J.-C., en l'honneur des citoyens tombés pendant la première année de la guerre contre Sparte. Le discours s'adresse aux citoyens et aux familles des morts, mais aussi, au-delà, aux alliés et aux ennemis d'Athènes. Il faut garder en tête que Thucydide a réécrit ce discours : il en restitue le sens, pas les mots exacts.
2. Périclès définit d'abord la démocratie par le nombre : le pouvoir y appartient « non d'une minorité, mais du plus grand nombre ». Il en énonce ensuite les principes : l'égalité devant la loi pour les affaires privées, que les Grecs appellent isonomie ; l'accès aux honneurs selon le mérite et non selon la naissance ou la fortune ; l'ouverture aux pauvres, puisque la pauvreté « n'empêche personne » de servir la cité ; la liberté, dans la vie publique comme dans la vie privée ; enfin l'obéissance aux magistrats et aux lois. Il présente ce régime comme original : Athènes est un « modèle » pour les autres cités, non une imitatrice.
3. Pour Périclès, le citoyen doit participer activement : les mêmes hommes gèrent leurs affaires privées et celles de l'État, et même ceux qui « travaillent de leurs mains », artisans et paysans, s'occupent de politique. Celui qui s'en désintéresse n'est pas un homme « paisible » mais un homme « inutile » : la participation est un devoir autant qu'un droit. Cette participation est rendue possible par des institutions précises : l'Ecclésia, où tout citoyen peut prendre la parole ; le tirage au sort des membres de la Boulè et des jurés de l'Héliée ; le misthos, que Périclès lui-même a fait instituer dans les années 450 pour indemniser les jurés pauvres.
4. L'oraison funèbre est un éloge officiel, prononcé en pleine guerre pour souder la cité : elle idéalise. Elle passe sous silence tous ceux qui sont exclus du « plus grand nombre » : les femmes, les métèques et les esclaves. Les citoyens ne sont que quelques dizaines de milliers sur plusieurs centaines de milliers d'habitants de l'Attique, selon les estimations des historiens, et la loi de 451 av. J.-C. a encore fermé le corps civique. Le discours tait aussi la domination qu'Athènes exerce sur les cités de la Ligue de Délos, dont le tribut finance la flotte et une partie des travaux du Parthénon. Enfin, Thucydide nuance lui-même ce tableau : sous Périclès, le régime était selon lui « de nom une démocratie, en fait le gouvernement du premier citoyen » (II, 65). « L'école de la Grèce » est donc aussi une cité impériale, guidée par un homme d'exception.
Ce que cette analyse apprend — Lire un discours officiel avec ses silences : relever ce qu'il affirme, puis confronter ces affirmations à ce que l'on sait de la réalité qu'il décrit.
Document 2 — Les recensements des citoyens romains sous Auguste
Moyen
Document chiffré · données tirées d'une inscription officielle · Auguste, Res Gestae Divi Augusti (« Hauts faits du divin Auguste »), paragraphe 8, texte achevé avant sa mort en 14 ap. J.-C., connu surtout par la copie gravée sur le temple de Rome et d'Auguste à Ancyre (Ankara), traduction adaptée.
Les Res Gestae sont le bilan de son règne qu'Auguste a rédigé lui-même et fait graver, après sa mort, sur des tables de bronze à l'entrée de son mausolée, à Rome ; des copies en latin et en grec sont affichées dans les provinces. Le recensement (census) est une vieille institution de la République, qui classe les citoyens pour l'armée et l'impôt.
« Lors de mon sixième consulat, avec Marcus Agrippa pour collègue, j'ai fait le recensement du peuple. [...] Ce recensement, le premier depuis quarante-deux ans, a compté 4 063 000 citoyens romains. »
Année du recensement
Qui le conduit
Citoyens romains recensés
28 av. J.-C.
Auguste, avec Marcus Agrippa
4 063 000
8 av. J.-C.
Auguste seul, avec le pouvoir consulaire
4 233 000
14 ap. J.-C.
Auguste, avec son fils Tibère
4 937 000
Après avoir présenté le document, montrez ce que ces chiffres révèlent de la citoyenneté romaine et de l'usage qu'Auguste en fait.
Présentez le document : son auteur, sa nature, son public.
Calculez l'évolution du nombre de citoyens entre 28 av. J.-C. et 14 ap. J.-C., en valeur absolue puis en pourcentage. Sur quelle période la hausse est-elle la plus forte ?
Qui sont les citoyens romains ? Comment peut-on expliquer cette augmentation ?
Pourquoi Auguste met-il ces chiffres en avant dans le récit de son règne ? Quelles précautions prendre avec eux ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est tiré des Res Gestae Divi Augusti, le récit de ses actes rédigé à la première personne par Auguste lui-même et achevé avant sa mort, en 14 ap. J.-C. C'est une source officielle et autobiographique : Auguste l'a fait graver devant son mausolée à Rome, et des copies ont été affichées dans les provinces, la mieux conservée sur les murs du temple de Rome et d'Auguste à Ancyre, l'actuelle Ankara. Le texte s'adresse donc à tous les habitants de l'Empire : Auguste y fixe l'image qu'il veut laisser de lui.
2. Entre 28 av. J.-C. et 14 ap. J.-C., soit en 41 ans (il n'y a pas d'année zéro), le nombre de citoyens recensés passe de 4 063 000 à 4 937 000, soit une hausse de 874 000 citoyens. En pourcentage : (4 937 000 − 4 063 000) ÷ 4 063 000 × 100 ≈ 21,5 %. La hausse est très inégale : + 170 000 (environ + 4,2 %) de 28 à 8 av. J.-C., puis + 704 000 (environ + 16,6 %) de 8 av. J.-C. à 14 ap. J.-C. C'est donc à la fin du règne que le nombre de citoyens augmente le plus.
3. Les citoyens romains sont les hommes libres qui possèdent la citoyenneté par la naissance ou par un octroi ; les historiens discutent encore pour savoir si ces chiffres comptent seulement les hommes adultes ou aussi les femmes et les enfants, car le dernier recensement de la République, en 70-69 av. J.-C., n'avait compté qu'environ 900 000 citoyens selon les sources anciennes. La hausse s'explique d'abord par l'accroissement naturel, en période de paix. Elle s'explique aussi par l'ouverture de la citoyenneté : les esclaves affranchis deviennent citoyens, les vétérans sont installés dans des colonies, et des notables et des communautés de provinces (Gaule narbonnaise, Hispanie) reçoivent le droit de cité. La comparaison avec Athènes est éclairante : quelques dizaines de milliers de citoyens au temps de Périclès, selon les estimations, contre plusieurs millions dans la Rome d'Auguste. La citoyenneté romaine est un instrument d'intégration.
4. Auguste met ces chiffres en avant pour se présenter comme le restaurateur de l'ordre républicain : le recensement, interrompu depuis plus de quarante ans pendant les guerres civiles, est une institution traditionnelle, et le faire revivre montre que la République fonctionne de nouveau. Un peuple de citoyens plus nombreux suggère aussi la prospérité, la paix et la force militaire retrouvées, que le texte attribue au prince. Ces chiffres doivent donc être lus avec précaution : ils sont produits par le pouvoir lui-même, arrondis au millier, invérifiables, et nous ignorons exactement qui ils comptent. Ils servent la propagande du principat autant qu'ils informent sur la population.
Ce que cette analyse apprend — Faire parler un tableau chiffré : calculer une évolution, la découper en périodes, puis se demander qui produit les chiffres et dans quel but.
Document 3 — L'Auguste de Prima Porta : une image du pouvoir
Moyen
Document iconographique · statue en marbre · Statue d'Auguste dite « de Prima Porta », marbre, un peu plus de 2 m de haut, probablement sculptée au début du Ier siècle ap. J.-C. d'après un original en bronze des années 20 av. J.-C. ; découverte en 1863 dans la villa de Livie à Prima Porta, près de Rome ; Rome, musées du Vatican.
La statue a été retrouvée dans la villa de Livie, l'épouse d'Auguste ; de nombreux historiens de l'art la datent d'après la mort de l'empereur (14 ap. J.-C.), les pieds nus pouvant signaler un homme divinisé. Elle reprend un type officiel de portrait diffusé dans tout l'Empire par les statues et les monnaies.
Description du document. Auguste est représenté debout, plus grand que nature. Il porte la tenue du général : une cuirasse sculptée, une tunique courte et un manteau enroulé autour de la taille et retenu par le bras gauche, qui tenait sans doute une lance ou un sceptre aujourd'hui disparu. Le bras droit est levé, dans le geste de l'orateur qui s'adresse à ses soldats. Il est pieds nus, comme on représente les héros et les dieux. Son visage est jeune, calme et idéalisé, alors qu'Auguste a plus de quarante ans vers 20 av. J.-C. Contre sa jambe droite, un petit Amour (Cupidon) chevauche un dauphin : Cupidon est le fils de Vénus, déesse dont la famille d'Auguste, les Julii, affirme descendre. Au centre de la cuirasse, un Parthe barbu rend une enseigne militaire surmontée d'une aigle à un Romain en armes : c'est la restitution, en 20 av. J.-C., des enseignes perdues par le général Crassus à Carrhes en 53 av. J.-C., obtenue par la négociation et non par la guerre. Autour de cette scène : en haut, le Ciel déploie un voile et le Soleil conduit son char ; sur les côtés, deux femmes assises et affligées personnifient des peuples soumis ; en bas, Apollon, Diane, et la Terre nourricière tenant une corne d'abondance. Des traces de peinture montrent que la statue était à l'origine colorée.
Décrivez la statue, puis montrez comment elle construit l'image du pouvoir d'Auguste.
Présentez le document : nature, date, lieu de découverte et de conservation.
Quels éléments font d'Auguste un chef militaire victorieux ?
Quels éléments le rapprochent des dieux ? Quel lien peut-on faire avec le culte impérial ?
Quel message politique la scène de la cuirasse transmet-elle ? Pourquoi peut-on parler de propagande ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est une statue en marbre de l'empereur Auguste, haute d'un peu plus de deux mètres, dite « de Prima Porta » d'après le lieu de sa découverte en 1863 : la villa de Livie, épouse d'Auguste, au nord de Rome. Elle est aujourd'hui conservée aux musées du Vatican. C'est probablement une copie en marbre, réalisée au début du Ier siècle ap. J.-C., d'un original en bronze des années 20 av. J.-C. Il s'agit d'une œuvre officielle : elle montre l'image qu'Auguste et sa famille voulaient donner du prince.
2. Auguste apparaît d'abord en chef de guerre. Il porte la cuirasse du général, tient sans doute une lance, et lève le bras droit dans le geste de l'orateur qui harangue ses troupes. Le décor de la cuirasse célèbre un succès militaire : un Parthe rend à un Romain une enseigne surmontée de l'aigle des légions, perdue par Crassus à Carrhes en 53 av. J.-C. Les deux femmes affligées représentent des peuples soumis. Auguste est ainsi montré comme l'imperator qui efface les humiliations de Rome et étend sa domination.
3. Plusieurs éléments le placent au-dessus des hommes. Les pieds nus sont un attribut des héros et des dieux ; le visage, éternellement jeune et idéalisé, suit les canons de la sculpture grecque classique et non la réalité d'un homme de plus de quarante ans. Le petit Cupidon sur un dauphin rappelle que la famille des Julii prétend descendre de Vénus : Auguste a une ascendance divine. Ces choix rejoignent le culte impérial, qui associe dans les provinces la déesse Rome et Auguste, et qui fait de l'empereur défunt un dieu : le Sénat le divinise après sa mort en 14 ap. J.-C., et Livie devient prêtresse de son culte.
4. La restitution des enseignes, en 20 av. J.-C., a été obtenue par un accord diplomatique avec le roi des Parthes ; la statue la présente pourtant comme une victoire. Placée au centre d'un décor cosmique, le Ciel et le Soleil en haut, la Terre et son abondance en bas, elle devient le signe d'un ordre du monde rétabli par Auguste, d'un nouvel âge d'or de paix et de prospérité, garanti par les dieux. C'est de la propagande au sens strict : une image fabriquée par le pouvoir pour légitimer le principat, qui transforme un compromis en triomphe, et qui est reprise à de nombreux exemplaires, notamment sur les monnaies frappées pour célébrer le retour des enseignes.
Ce que cette analyse apprend — Lire une image de pouvoir : décrire précisément avant d'interpréter, puis relier chaque détail (vêtement, geste, attribut, décor) à un message politique.
Document 4 — Constantin, Licinius et la liberté de culte (313)
Difficile
Document d'époque · texte officiel rapporté par un auteur chrétien · Lactance, De la mort des persécuteurs (De mortibus persecutorum), chapitre 48, ouvrage rédigé vers 315 ; texte d'une lettre de l'empereur Licinius affichée à Nicomédie le 13 juin 313, traduction adaptée.
Au début de 313, quelques mois après la victoire de Constantin sur Maxence au pont Milvius (28 octobre 312), les deux empereurs qui se partagent désormais l'Empire, Constantin en Occident et Licinius en Orient, se rencontrent à Milan. Lactance, rhéteur chrétien devenu précepteur du fils aîné de Constantin, reproduit la lettre dans un ouvrage qui célèbre la fin des empereurs persécuteurs.
« Moi, Constantin Auguste, et moi, Licinius Auguste, nous étant heureusement rencontrés à Milan et examinant tout ce qui touche au bien et à la sécurité publics, nous avons pensé que, parmi les mesures utiles au plus grand nombre, il fallait régler en premier lieu celles qui concernent le respect dû à la divinité : c'est-à-dire accorder aux chrétiens comme à tous les autres la libre faculté de suivre la religion que chacun voudrait, afin que toute divinité qui siège au ciel puisse nous être bienveillante et favorable, à nous et à tous ceux qui vivent sous notre autorité. [...] Nous avons donc décidé qu'il ne fallait refuser à personne la liberté de s'attacher soit au culte des chrétiens, soit à la religion qu'il juge lui convenir le mieux. [...] La même liberté de pratiquer leur religion est accordée aux autres, comme il convient à la paix de notre temps, afin que chacun ait la liberté d'honorer la divinité de son choix. [...] En outre, pour ce qui concerne les chrétiens, nous ordonnons que les lieux où ils avaient coutume de se réunir [...] leur soient rendus sans paiement ni réclamation d'aucune sorte. »
Présentez le document, puis montrez qu'il marque un tournant pour les chrétiens sans faire du christianisme la religion officielle de l'Empire.
Présentez le document. Pourquoi l'expression « édit de Milan » est-elle inexacte ?
Quelles décisions sont prises ? Pour quels motifs les empereurs disent-ils agir ?
En quoi ce texte marque-t-il une rupture dans la politique impériale envers les chrétiens ?
Montrez les limites de ce texte, puis situez-le dans la christianisation de l'Empire jusqu'en 380.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est une lettre officielle des empereurs Constantin et Licinius, affichée à Nicomédie, en Asie Mineure, le 13 juin 313, à l'initiative de Licinius. Nous la connaissons de façon indirecte, par l'auteur chrétien Lactance, qui la recopie vers 315 dans De la mort des persécuteurs, un ouvrage militant qui présente la mort des empereurs hostiles aux chrétiens comme un châtiment divin. Il faut donc distinguer les auteurs de la décision, les deux empereurs, de l'auteur qui la transmet et l'insère dans un récit chrétien. L'expression « édit de Milan », consacrée par l'usage, est inexacte à double titre : ce n'est pas un édit mais une lettre adressée aux gouverneurs, et elle n'a pas été publiée à Milan, où les empereurs se sont seulement mis d'accord, mais en Orient.
2. Le texte prend deux décisions. D'abord, il accorde « aux chrétiens comme à tous les autres » la liberté de suivre la religion de leur choix : c'est une liberté de culte générale. Ensuite, il ordonne de restituer aux chrétiens leurs lieux de réunion « sans paiement ». Les motifs invoqués sont politiques et religieux à la fois : le « bien et la sécurité publics », « la paix de notre temps », mais surtout la volonté d'obtenir la faveur de « toute divinité qui siège au ciel ». Pour les empereurs, comme pour tous les Romains, la prospérité de l'Empire dépend de la bienveillance des dieux ; le vocabulaire reste volontairement vague et ne nomme pas le Christ.
3. Le texte marque une rupture avec la « Grande Persécution » lancée par Dioclétien en 303, qui avait ordonné de détruire les églises et de confisquer les livres chrétiens. Il faut toutefois nuancer : dès 311, l'édit de Galère avait déjà mis fin aux persécutions et toléré les chrétiens. La nouveauté de 313 est double : les chrétiens sont nommés en premier et placés sur un pied d'égalité avec les autres cultes, et l'État leur rend leurs biens. Elle s'explique par l'engagement personnel de Constantin, qui attribue sa victoire du pont Milvius au Dieu des chrétiens.
4. Ce texte ne fait pas du christianisme la religion officielle : il garantit la liberté de tous les cultes, et Constantin reste d'ailleurs grand pontife de la religion romaine traditionnelle. Mais il ouvre une christianisation progressive, soutenue par le pouvoir. Constantin fait construire des basiliques à Rome, rend le dimanche chômé en 321, convoque le concile de Nicée en 325 pour régler la querelle arienne, et se fait baptiser sur son lit de mort en 337. Le mouvement n'est pas linéaire : l'empereur Julien tente de restaurer les cultes traditionnels de 361 à 363. C'est seulement en 380 que Théodose, par l'édit de Thessalonique, fait du christianisme de Nicée la religion officielle de l'Empire, avant d'interdire les cultes païens en 391-392. Entre 313 et 380, on passe donc de la liberté de culte à la religion d'État.
Ce que cette analyse apprend — Critiquer une source indirecte : distinguer les auteurs d'une décision de celui qui la transmet, puis replacer le texte dans une chronologie fine pour en mesurer la portée réelle.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.