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Tensions, mutations et crispations de la société d'ordres

Trois ordres, privilèges, essor de la bourgeoisie, économie atlantique, révoltes, crispations nobiliaires avant 1789 (programme d'histoire de 2nde)

À propos de cette page
Ce cours d' en seconde sur « Tensions, mutations et crispations de la société d'ordres » suit le programme officiel d' de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une société d'ordres : naissance, fonction et privilèges, Un royaume rural : paysans, seigneurs et prélèvements, Mutations économiques : l'essor de l'économie atlantique, La bourgeoisie : richesse, sociabilité et quête de reconnaissance. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Les trois ordres selon un juriste

Facile

Texte · extrait d'un traité juridique · Charles Loyseau, Traité des ordres et simples dignités, Paris, 1610 (extraits, orthographe modernisée).

Charles Loyseau (1564-1627), avocat au Parlement de Paris, publie ce traité en 1610 pour décrire et justifier la hiérarchie du royaume. Il s'adresse aux juristes et aux magistrats, et son ouvrage reste une référence au XVIIIe siècle.

« Car nous ne pourrions pas vivre en égalité de condition, mais il faut par nécessité que les uns commandent et que les autres obéissent. Les souverains seigneurs commandent à tous ceux de leur État, adressant leur commandement aux grands, les grands aux médiocres, les médiocres aux petits, et les petits au peuple. Et le peuple, qui obéit à tous ceux-là, est encore séparé en plusieurs ordres et rangs, afin que sur chacun d'iceux il y ait des supérieurs qui répondent de tout leur ordre aux magistrats, et les magistrats aux seigneurs souverains. […] Les uns sont dédiés particulièrement au service de Dieu ; les autres à conserver l'État par les armes ; les autres à le nourrir et maintenir par les exercices de la paix. Ce sont nos trois ordres ou états généraux de France, le Clergé, la Noblesse et le Tiers État. »
Médiocres : de condition moyenne. Iceux : ceux-ci.

Après avoir présenté le document, montrez comment il définit et justifie la société d'ordres, puis expliquez ce qu'il ne dit pas de la société du XVIIIe siècle.

  1. Présentez le document (auteur, nature, date, destinataires).
  2. Relevez les trois ordres et la fonction attribuée à chacun.
  3. Pourquoi, selon l'auteur, l'égalité est-elle impossible ?
  4. En quoi ce texte éclaire-t-il encore la société du XVIIIe siècle, et quelles réalités ignore-t-il ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait du Traité des ordres et simples dignités, publié à Paris en 1610 par Charles Loyseau (1564-1627), avocat au Parlement de Paris. C'est un ouvrage juridique : il ne se contente pas de décrire la société, il en fixe les catégories et les justifie à l'usage des juristes et des magistrats du royaume.

2. Loyseau distingue trois ordres selon leur fonction. Le clergé est « dédié particulièrement au service de Dieu » : il prie et assure le culte. La noblesse doit « conserver l'État par les armes » : elle combat. Le tiers état doit « le nourrir et maintenir par les exercices de la paix », c'est-à-dire par le travail de la terre, l'artisanat et le commerce. L'ordre correspond à une utilité sociale, et la hiérarchie suit la dignité de la fonction : prier, combattre, puis travailler.

3. Pour l'auteur, « nous ne pourrions pas vivre en égalité de condition » car toute société exige « que les uns commandent et que les autres obéissent ». Il décrit une chaîne continue de commandement, des « souverains seigneurs » aux « grands », puis aux « médiocres », aux « petits » et au « peuple », lui-même divisé en « ordres et rangs ». L'inégalité n'est pas un défaut mais la condition de l'ordre et de l'obéissance : sans elle viendrait le désordre.

4. Au XVIIIe siècle, ce cadre reste celui du droit : les trois ordres et leurs privilèges existent toujours, et le Parlement de Paris reprend le même raisonnement en 1776 contre les édits de Turgot. Mais le texte ignore la richesse. Il ne dit pas qu'un négociant bordelais du tiers état peut être bien plus riche qu'un hobereau, qu'on peut acheter la noblesse par un office, ni que les nobles investissent dans le commerce maritime depuis 1669. Il présente aussi le tiers état comme un bloc, alors qu'il réunit le banquier et le journalier. C'est ce décalage entre la théorie des ordres et la réalité sociale qui nourrit les tensions du siècle.

Ce que cette analyse apprend — Présenter un texte normatif, relever ses catégories en citant, puis confronter la théorie à la réalité sociale de l'époque étudiée.

Document 2 — Qui possède la terre à la fin du XVIIIe siècle ?

Moyen

Tableau statistique · estimations · Tableau construit pour l'exercice (2026) à partir des ordres de grandeur retenus par les historiens depuis les travaux de Georges Lefebvre (Les Paysans du Nord pendant la Révolution française, 1924) ; France vers 1789, environ 28 millions d'habitants.

Aucun recensement ni cadastre national n'existe avant 1789 : les historiens ont reconstitué ces parts à partir de sources régionales (rôles d'impôts, terriers). Georges Lefebvre a ouvert la voie avec son étude du Nord publiée en 1924.

GroupePart de la populationPart des terres possédées
Clergéenviron 0,5 %6 à 10 %
Noblesse1 à 1,5 %20 à 25 %
Tiers état : bourgeoisieenviron 5 à 8 %25 à 30 %
Tiers état : paysannerieenviron 80 %35 à 40 %
Tiers état : artisans et salariés des villesenviron 10 %très faible

Le reste des terres est formé des biens communaux des villages et du domaine royal. Les chiffres sont des estimations : la part de chaque groupe varie fortement d'une région à l'autre.

Après avoir présenté le document et ses limites, montrez ce qu'il révèle des inégalités de la société d'ordres.

  1. Présentez le document en insistant sur la nature et les limites des chiffres.
  2. Comparez le poids démographique des deux premiers ordres et la part des terres qu'ils possèdent.
  3. Montrez à l'aide du tableau que le tiers état n'est pas un groupe homogène.
  4. Quels prélèvements sur la terre ce tableau ne montre-t-il pas ? Expliquez pourquoi ils comptent pour comprendre les tensions rurales.
Voir la réponse rédigée

1. Ce tableau statistique, construit pour l'exercice, rassemble des estimations de la répartition de la population et des terres entre les groupes sociaux de la France vers 1789, un royaume d'environ 28 millions d'habitants. Ces chiffres s'appuient sur des études régionales, à la suite de Georges Lefebvre (1924), car il n'existe ni recensement ni cadastre national sous l'Ancien Régime. Ce sont donc des ordres de grandeur, donnés sous forme de fourchettes, qui masquent de fortes différences entre régions.

2. Le clergé et la noblesse réunis représentent environ 1,5 à 2 % de la population, mais possèdent entre 26 et 35 % des terres. Leur part des terres est donc environ quinze fois supérieure à leur poids démographique. La noblesse en particulier, avec 1 à 1,5 % des habitants, détient 20 à 25 % du sol. Les deux premiers ordres, privilégiés sur le plan fiscal, sont aussi de très grands propriétaires.

3. Le tiers état rassemble plus de 97 % de la population, mais ses composantes sont très inégales. La bourgeoisie, environ 5 à 8 % des habitants, possède déjà 25 à 30 % des terres, autant que la noblesse : cela montre son enrichissement et son goût pour la terre, source de rente et de prestige. À l'inverse, la paysannerie, environ 80 % de la population, ne possède que 35 à 40 % du sol, et les artisans et salariés des villes presque rien. Le tiers état va donc du bourgeois propriétaire au journalier sans terre.

4. Le tableau montre la propriété, pas les prélèvements. Or une terre possédée par un paysan reste soumise à la dîme versée à l'Église, aux droits seigneuriaux (cens, champart, banalités) et à la taille royale. Un paysan propriétaire n'est donc pas un propriétaire libre de toute charge. Ces prélèvements, qui profitent pour une part aux deux premiers ordres, expliquent pourquoi les communautés villageoises multiplient les procès contre leurs seigneurs et pourquoi la réaction seigneuriale de la fin du siècle est si mal vécue.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau en calculant des rapports simples, en signalant les limites des chiffres et en cherchant ce qu'il ne montre pas.

Document 3 — Le port de Bordeaux peint pour le roi

Moyen

Peinture · huile sur toile (description) · Joseph Vernet, Seconde vue du port de Bordeaux, prise du côté du château Trompette, 1759, huile sur toile, série des « Ports de France » commandée en 1753 pour Louis XV, conservée au musée national de la Marine, Paris.

En 1753, Louis XV commande au peintre Joseph Vernet une série de vues des grands ports du royaume, réalisée jusqu'en 1765. Les tableaux doivent montrer la puissance maritime et commerciale de la France, au moment où elle affronte l'Angleterre.

Description du tableau. La toile, de grand format, offre un large panorama du port de Bordeaux sous une lumière claire. La Garonne occupe le centre de la composition : son cours en arc de cercle, qui vaut au port le surnom de « port de la Lune », est couvert de navires de toutes tailles, dont les mâts forment une véritable forêt. Le long de la rive s'étendent les façades régulières des quais, bâties au XVIIIe siècle par la ville et l'intendant, qui donnent au port l'allure d'une capitale.

Au premier plan, sur la berge, le peintre dispose, comme dans toute la série, une foule de petits personnages : portefaix et marins qui roulent des tonneaux et déchargent des ballots, négociants en habit qui discutent, promeneurs élégants venus admirer le spectacle. L'ensemble donne l'image d'un port prospère, ordonné et actif.

Après avoir présenté le document, montrez ce qu'il révèle de l'essor du commerce atlantique et ce qu'il laisse dans l'ombre.

  1. Présentez le document (auteur, commanditaire, date, intention).
  2. Relevez les éléments qui montrent l'intensité de l'activité commerciale.
  3. À l'aide de vos connaissances, expliquez d'où vient la richesse de Bordeaux au XVIIIe siècle.
  4. En quoi ce tableau est-il une image officielle ? Qu'est-ce qu'il ne montre pas ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est une peinture à l'huile de Joseph Vernet, la Seconde vue du port de Bordeaux, réalisée en 1759. Elle appartient à la série des « Ports de France » commandée en 1753 pour Louis XV. C'est donc une œuvre de commande royale, destinée à glorifier la puissance maritime et commerciale du royaume en pleine guerre de Sept Ans (1756-1763) contre l'Angleterre.

2. L'activité commerciale se lit d'abord dans la masse des navires : la Garonne est couverte de bâtiments « de toutes tailles » dont les mâts forment « une véritable forêt ». Au premier plan, les « portefaix et marins » qui « roulent des tonneaux et déchargent des ballots » montrent le travail de manutention, et les « négociants en habit » rappellent que ces échanges sont organisés par de riches marchands. Les « façades régulières des quais » témoignent enfin d'un urbanisme financé par cette prospérité.

3. Bordeaux est au XVIIIe siècle le premier port colonial du royaume. Il exporte ses vins et les farines de son arrière-pays vers les Antilles et reçoit le sucre, le café et l'indigo de Saint-Domingue, de la Martinique et de la Guadeloupe, qu'il réexporte vers l'Europe du Nord grâce à l'exclusif colonial. Sa population passe d'environ 45 000 habitants vers 1700 à plus de 100 000 à la fin du siècle, et le Grand-Théâtre inauguré en 1780 affiche la richesse de ses négociants.

4. Ce tableau est une image officielle : commandé par le roi, il met en scène un port « prospère, ordonné et actif », où chaque groupe social est à sa place, des portefaix aux négociants. Il laisse dans l'ombre ce sur quoi repose cette richesse : le travail forcé de centaines de milliers d'esclaves dans les plantations des Antilles, et la traite, à laquelle Bordeaux participe aussi en armant des navires négriers, moins nombreux toutefois que ceux de Nantes. Il ne montre pas non plus la misère des travailleurs du port. L'historien doit donc confronter cette image à d'autres sources.

Ce que cette analyse apprend — Décrire une œuvre en distinguant les plans, identifier son commanditaire et son intention, puis dire ce qu'elle cache.

Document 4 — Le Parlement de Paris contre l'égalité devant l'impôt

Difficile

Document d'époque · remontrances d'une cour souveraine au roi · Remontrances du Parlement de Paris au roi contre les édits de Turgot, mars 1776 (extraits, orthographe modernisée).

En février 1776, le contrôleur général Turgot fait adopter des édits qui suppriment la corvée royale, remplacée par un impôt payé par tous les propriétaires, nobles compris. Le Parlement de Paris, cour de justice composée de magistrats nobles, refuse de les enregistrer et adresse au roi ces remontrances ; Louis XVI impose les édits en lit de justice le 12 mars 1776.

« La première règle de la justice est de conserver à chacun ce qui lui appartient ; règle fondamentale du droit naturel, du droit des gens et du gouvernement civil ; règle qui ne consiste pas seulement à maintenir les droits de propriété, mais à conserver ceux attachés à la personne et qui naissent des prérogatives de la naissance et de l'état. […] De cette règle de droit et d'équité, il suit que tout système qui, sous une apparence d'humanité et de bienfaisance, tendrait, dans une monarchie bien ordonnée, à établir entre les hommes une égalité de devoirs et à détruire les distinctions nécessaires, amènerait bientôt le désordre, suite inévitable de l'égalité absolue, et produirait le renversement de la société civile. […] Le service personnel du clergé est de remplir toutes les fonctions relatives à l'instruction, au culte religieux, et de contribuer au soulagement des malheureux par ses aumônes. Le noble consacre son sang à la défense de l'État et assiste de ses conseils le souverain. La dernière classe de la nation, qui ne peut rendre à l'État des services aussi distingués, s'acquitte envers lui par les tributs, l'industrie et les travaux corporels. »

Après avoir présenté le document, montrez comment il illustre la crispation des privilégiés et expliquez ses conséquences.

  1. Présentez le document et le contexte précis de sa rédaction.
  2. Sur quels arguments le Parlement fonde-t-il son refus de « l'égalité de devoirs » ?
  3. Comparez la description des trois ordres avec celle de Loyseau en 1610 : qu'est-ce qui a changé dans le vocabulaire ?
  4. Pourquoi ce texte est-il un exemple des « crispations » de la société d'ordres ? Quelles en sont les suites entre 1776 et 1788 ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce texte est un extrait des remontrances adressées au roi par le Parlement de Paris en mars 1776. Le Parlement est la plus haute cour de justice du royaume ; il enregistre les lois et peut, par des remontrances, présenter ses objections au souverain. Ses magistrats sont des nobles de robe, propriétaires de leurs offices. Le texte répond aux édits de Turgot de février 1776, qui suppriment la corvée royale, travail gratuit imposé aux paysans pour construire les routes, et la remplacent par un impôt payé par tous les propriétaires, privilégiés compris.

2. Le Parlement invoque d'abord la justice : elle consiste à « conserver à chacun ce qui lui appartient », non seulement ses biens mais aussi les droits « qui naissent des prérogatives de la naissance et de l'état ». Les privilèges sont ainsi assimilés à une propriété intouchable. Il invoque ensuite l'ordre social : l'« égalité de devoirs » détruirait « les distinctions nécessaires » et amènerait « le désordre » puis « le renversement de la société civile ». Enfin, il justifie l'inégalité fiscale par l'utilité : chaque ordre sert l'État à sa façon, le clergé par le culte et les aumônes, le noble par son « sang » et ses conseils, le tiers état par « les tributs, l'industrie et les travaux corporels ».

3. La répartition des fonctions est la même que chez Loyseau en 1610 : prier, combattre, travailler. Mais le vocabulaire a glissé. Le tiers état n'est plus un « ordre » : il est « la dernière classe de la nation », qui ne peut rendre « des services aussi distingués ». Le mot « nation » et le mot « classe » apparaissent, et l'impôt devient la marque de l'infériorité. Le texte révèle ainsi, malgré lui, que la société se pense déjà en partie en termes sociaux et économiques.

4. Ce document illustre la crispation des privilégiés : face à une réforme limitée, qui soulage les paysans, ils défendent leurs exemptions au nom de l'ordre du monde. Le Parlement, qui se présente souvent comme défenseur des libertés contre le « despotisme » ministériel, protège en réalité les privilèges de ses membres. La résistance est efficace : Turgot est renvoyé le 12 mai 1776 et ses édits sont en grande partie retirés. Le même blocage se répète : l'Assemblée des notables refuse en 1787 la « subvention territoriale » de Calonne, et la monarchie, faute de pouvoir réformer l'impôt, doit convoquer les États généraux le 8 août 1788.

Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte argumentatif en dégageant ses arguments, en situant précisément son auteur et en montrant ce que son vocabulaire révèle malgré lui.

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