À propos de cette page
Ce cours d' en seconde sur « Tensions, mutations et crispations de la société d'ordres » suit le programme officiel d' de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une société d'ordres : naissance, fonction et privilèges, Un royaume rural : paysans, seigneurs et prélèvements, Mutations économiques : l'essor de l'économie atlantique, La bourgeoisie : richesse, sociabilité et quête de reconnaissance. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en .
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — Tensions, mutations et crispations de la société d'ordres en France au XVIIIe siècle
Analyse des termes — La société d'ordres est l'organisation juridique qui répartit les sujets du roi en clergé, noblesse et tiers état dotés de privilèges inégaux ; le sujet porte sur le royaume de France, de la mort de Louis XIV (1715) à la convocation des États généraux (août 1788). Il invite à confronter un cadre juridique stable à une société qui change, et à expliquer pourquoi le décalage se durcit à la fin du siècle.
Problématique — Comment la société d'ordres, fondée sur la naissance et le privilège, est-elle transformée et mise sous tension au XVIIIe siècle, au point que ses élites se crispent sur leurs privilèges ?
Introduction rédigéeEn mars 1776, le Parlement de Paris avertit Louis XVI qu'une « égalité de devoirs » entre ses sujets produirait « le renversement de la société civile ». Cette phrase résume l'esprit d'une société d'ordres, c'est-à-dire d'une société où le droit répartit les sujets du roi en trois ordres, le clergé, la noblesse et le tiers état, hiérarchisés selon la dignité de leur fonction et dotés de privilèges inégaux. Or, de la mort de Louis XIV en 1715 à la convocation des États généraux en 1788, la France change profondément : sa population passe d'environ 22 à 28 millions d'habitants, son commerce atlantique s'envole et une bourgeoisie enrichie s'affirme. Comment la société d'ordres, fondée sur la naissance et le privilège, est-elle transformée et mise sous tension au XVIIIe siècle, au point que ses élites se crispent sur leurs privilèges ? Nous verrons d'abord que la société reste fondée sur la naissance et le privilège, puis que des mutations profondes brouillent sa hiérarchie, enfin que tensions et crispations la bloquent entre 1749 et 1788.
I. Une société toujours fondée sur la naissance et le privilège
- Trois ordres hiérarchisés par le droit selon la dignité de leur fonction.Loyseau, Traité des ordres (1610) ; clergé environ 0,5 %, noblesse 1 à 1,5 %, tiers état plus de 97 % de la population.
- Des privilèges fiscaux, honorifiques et judiciaires, qui existent aussi pour les corps, villes et provinces.Exemption de la taille ; don gratuit du clergé ; préséance et port de l'épée pour les nobles.
- Un royaume rural encadré par la seigneurie et chargé de prélèvements.Plus de quatre Français sur cinq à la campagne ; dîme, cens, champart, banalités, taille, corvée royale généralisée en 1738.
II. Des mutations qui brouillent la hiérarchie
- La croissance démographique et le recul des grandes famines.Environ 22 millions d'habitants vers 1700, 28 millions en 1789 ; la famine de 1709-1710 est la dernière de cette ampleur.
- L'essor de l'économie atlantique, fondée sur la traite et l'esclavage.Commerce extérieur multiplié environ par quatre ; Nantes arme plus de 40 % des expéditions négrières ; près de 500 000 esclaves à Saint-Domingue à la fin des années 1780.
- Une bourgeoisie enrichie qui se rapproche de la noblesse.Charge de secrétaire du roi, « savonnette à vilain » ; édit de 1669 autorisant le commerce maritime aux nobles ; Grand-Théâtre de Bordeaux (1780).
III. Tensions et crispations (1749-1788)
- Des tensions populaires contre la cherté et le fisc.Guerre des Farines (avril-mai 1775) ; contrebande de Mandrin, exécuté en 1755 ; procès des communautés contre leurs seigneurs.
- L'échec répété des réformes fiscales face aux privilégiés.Vingtième de 1749 refusé par le clergé (1751) ; renvoi de Turgot (12 mai 1776) ; refus de l'Assemblée des notables (1787).
- Une réaction nobiliaire et seigneuriale qui ferme la société.Règlement de Ségur (22 mai 1781) ; terriers refaits par des feudistes ; convocation des États généraux le 8 août 1788.
Conclusion rédigéeAu XVIIIe siècle, la société d'ordres demeure le cadre juridique du royaume : trois ordres, des privilèges, une seigneurie qui pèse sur les campagnes. Mais la croissance démographique, l'essor d'une économie atlantique fondée sur la traite et l'esclavage et l'enrichissement de la bourgeoisie créent un décalage croissant entre la richesse et la dignité. Les tensions viennent d'en bas, avec la guerre des Farines ou les procès contre les seigneurs ; les crispations viennent d'en haut, lorsque le clergé, les parlements, puis les notables font échouer toute réforme de l'impôt et que le règlement de Ségur ferme l'armée aux roturiers. Incapable de réformer, la monarchie convoque en août 1788 les États généraux : reste à savoir si cette assemblée, organisée selon les ordres, pourra résoudre une crise que la société d'ordres a elle-même produite.
Le piège — Raconter la Révolution ou exposer les idées des philosophes : le sujet s'arrête en 1788 et porte sur la société, pas sur les idées des Lumières. Autre piège fréquent : faire un plan « tensions / mutations / crispations » sans montrer comment les unes découlent des autres.
Sujet 2 — Le commerce atlantique et la société française au XVIIIe siècle
Analyse des termes — Le commerce atlantique désigne les échanges entre la France, l'Afrique et les colonies d'Amérique, surtout les Antilles, fondés sur la traite des Africains et le travail des esclaves ; le sujet couvre le XVIIIe siècle jusqu'en 1788. Il ne s'agit pas seulement de décrire des échanges, mais de mesurer ce qu'ils changent, et ce qu'ils ne changent pas, dans la société française.
Problématique — Dans quelle mesure l'essor du commerce atlantique, fondé sur la traite et l'esclavage, transforme-t-il la société française sans remettre en cause la hiérarchie des ordres ?
Introduction rédigéeEn 1759, Joseph Vernet peint pour Louis XV le port de Bordeaux couvert de navires : l'image d'une France qui s'enrichit par la mer. Au XVIIIe siècle, le commerce atlantique, c'est-à-dire l'ensemble des échanges entre la France, les côtes d'Afrique et les colonies d'Amérique, surtout les Antilles, connaît en effet un essor remarquable. Mais cet essor repose sur la traite des Africains et sur l'esclavage, et il se produit dans une société d'ordres où le rang dépend de la naissance, non de la fortune. Dans quelle mesure l'essor du commerce atlantique, fondé sur la traite et l'esclavage, transforme-t-il la société française sans remettre en cause la hiérarchie des ordres ? Nous montrerons d'abord que cette prospérité est fondée sur l'exploitation des esclaves, puis qu'elle enrichit les ports et leurs négociants, enfin que cette richesse cherche sa place dans l'ordre établi sans le bouleverser.
I. Une prospérité fondée sur la traite et l'esclavage
- Un cadre juridique qui fait de l'esclave un bien et réserve le commerce des colonies à la métropole.Code noir (mars 1685), article 44 : les esclaves sont déclarés « meubles » ; exclusif colonial organisé sous Colbert.
- La traite, activité massive des ports français.Plus d'un million d'Africains déportés par des navires français du XVIIe au XIXe siècle ; Nantes arme plus de 40 % des expéditions.
- Les îles à sucre, cœur de la richesse coloniale.Le traité de Paris (1763) sacrifie le Canada mais garde les Antilles ; Saint-Domingue, premier producteur mondial de sucre dans les années 1780, compte près de 500 000 esclaves.
II. Des ports et des négociants enrichis
- La croissance spectaculaire des ports atlantiques.Bordeaux passe d'environ 45 000 habitants vers 1700 à plus de 100 000 à la fin du siècle ; Vernet peint les Ports de France (1753-1765).
- Un arrière-pays et des activités entraînés par le commerce colonial.Vins et farines exportés, raffineries de sucre, toiles ; commerce extérieur multiplié environ par quatre en valeur au cours du siècle.
- Une bourgeoisie de négociants et d'armateurs qui affiche sa réussite.Hôtels particuliers, académies, loges ; Grand-Théâtre de Bordeaux inauguré le 7 avril 1780.
III. Une richesse qui cherche sa place dans l'ordre établi
- Les négociants imitent la noblesse et cherchent à y entrer.Achat de terres et de seigneuries ; charge anoblissante de secrétaire du roi, la « savonnette à vilain ».
- La noblesse participe elle-même au grand commerce, ce qui rapproche les élites.Édit de 1669 : le commerce maritime ne fait pas déroger ; nobles planteurs aux Antilles.
- Mais le droit maintient la barrière et nourrit les frustrations.Le roturier paie la taille ; règlement de Ségur (22 mai 1781) ; succès du Mariage de Figaro (1784).
Conclusion rédigéeAu XVIIIe siècle, le commerce atlantique transforme la France des ports : Bordeaux, Nantes ou La Rochelle grandissent, et une bourgeoisie de négociants et d'armateurs s'enrichit. Cette prospérité repose sur la déportation de centaines de milliers d'Africains et sur l'esclavage, encadré par le Code noir. Pourtant, elle ne renverse pas la hiérarchie des ordres : les négociants achètent des terres et des offices pour entrer dans la noblesse, les nobles investissent dans le commerce maritime, et les élites se rapprochent sans que le droit change. Le règlement de Ségur de 1781 rappelle que l'argent n'efface pas la naissance. Ce décalage entre richesse et dignité est l'une des clés de la crise de la fin du siècle ; il faudra attendre 1848 pour que la France abolisse définitivement l'esclavage dans ses colonies.
Le piège — Décrire le « commerce triangulaire » comme un simple circuit de marchandises sans dire qu'il repose sur la traite et l'esclavage, ou croire que tous les navires font le triangle : beaucoup vont aux Antilles et en reviennent en droiture.