La Méditerranée médiévale : espace d'échanges et de conflits à la croisée de trois civilisations
Byzance, Islam et Occident chrétien, croisades, Venise et Gênes, échanges commerciaux et culturels (XIe-XIIIe s.) (programme d'histoire de 2nde)
À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en seconde sur « La Méditerranée médiévale : espace d'échanges et de conflits à la croisée de trois civilisations » suit le programme officiel d'histoire-géographie de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une mer, trois civilisations (vers 1050), Des ensembles divisés : Rome et Byzance, sunnites et chiites, Les croisades en Orient : deux siècles de conflits (1095-1291), Point de passage : Bernard de Clairvaux et la deuxième croisade (1146-1149). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en histoire-géographie.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Commercer en temps de guerre : un voyageur musulman en Syrie (1184)
Facile
Récit de voyage (texte) · Ibn Jubayr, Rihla (Relation de voyage), rédigée après son pèlerinage de 1183-1185 ; passage sur la Syrie en 1184 (extraits, traduits de l'arabe).
En 1184, Ibn Jubayr, lettré musulman d'al-Andalus qui revient de La Mecque, traverse la Syrie alors que Saladin combat les États latins. Il écrit pour un public musulman d'Occident, curieux de l'Orient.
« L'un des spectacles les plus étonnants dont on parle est celui-ci : le feu de la discorde brûle entre les deux partis, musulman et chrétien ; leurs armées se rencontrent et se rangent en bataille ; et pourtant les voyageurs, musulmans et chrétiens, vont et viennent entre elles sans être inquiétés. Nous avons vu à ce moment Saladin sortir avec toutes les troupes musulmanes pour assiéger la forteresse de Kérak, l'une des plus puissantes places des chrétiens [...]. Et pourtant les caravanes se succédaient sans interruption de l'Égypte à Damas, à travers le pays des Francs. De même, les musulmans ne cessaient d'aller de Damas à Acre, en territoire franc, et aucun marchand chrétien n'était ni empêché ni inquiété en pays musulman. Les chrétiens font payer aux musulmans, sur leur territoire, une taxe qui leur assure une entière sécurité ; de leur côté, les marchands chrétiens paient en territoire musulman un droit sur leurs marchandises. L'entente règne entre eux et l'équité est observée en toute circonstance. Les gens de guerre sont occupés à leur guerre ; le peuple demeure en paix, et le monde appartient à qui l'emporte. »
Analysez ce document pour montrer que la Méditerranée orientale est, à la fin du XIIe siècle, un espace à la fois de conflits et d'échanges.
Présentez l'auteur, la nature du document et le contexte dans lequel il écrit.
Relevez les éléments qui montrent que la région est en guerre.
Montrez que les échanges continuent et qu'ils sont organisés.
Expliquez la dernière phrase du texte et ce qu'elle apprend sur la guerre au Moyen Âge.
Voir la réponse rédigée
1. Ibn Jubayr (1145-1217) est un lettré musulman d'al-Andalus, secrétaire du gouverneur almohade de Grenade. Parti en 1183 pour le pèlerinage de La Mecque, il revient en 1185 et rédige le récit de son voyage, une rihla. Le passage décrit la Syrie en 1184 : Saladin, maître de l'Égypte et de Damas, combat les États latins fondés après 1099 et assiège la forteresse franque de Kérak. Ibn Jubayr observe donc une région en guerre, avec le regard d'un voyageur venu de l'autre bout de la Méditerranée.
2. La guerre est partout : « le feu de la discorde brûle » entre les deux partis, « leurs armées se rencontrent et se rangent en bataille », et Saladin sort « avec toutes les troupes musulmanes » pour assiéger Kérak, « l'une des plus puissantes places des chrétiens ». Les deux camps sont désignés par leur religion, « musulman et chrétien » : le conflit est pensé comme un affrontement religieux, celui de la croisade et du djihad.
3. Pourtant, les échanges ne s'arrêtent pas : les caravanes passent « sans interruption de l'Égypte à Damas, à travers le pays des Francs », les musulmans vont de Damas à Acre, et aucun marchand chrétien n'est « ni empêché ni inquiété » en pays musulman. Ces échanges sont organisés par les pouvoirs : chaque camp prélève une taxe sur les marchands de l'autre, et « l'équité est observée en toute circonstance ». Le commerce rapporte aux deux souverains, qui ont intérêt à le protéger, même en pleine guerre.
4. La dernière phrase oppose deux mondes : les « gens de guerre », occupés à combattre, et « le peuple », qui « demeure en paix ». La guerre médiévale est l'affaire des princes et de leurs soldats ; elle ne suspend pas la vie des marchands et des voyageurs. La formule « le monde appartient à qui l'emporte » traduit une forme de fatalisme : l'issue des batailles n'empêche pas la vie ordinaire. Ibn Jubayr en fait lui-même l'expérience, puisqu'il quitte Acre pour la Sicile à bord d'un navire génois en octobre 1184. Le texte illustre parfaitement la double nature de la Méditerranée médiévale : un espace de conflits et d'échanges à la fois.
Ce que cette analyse apprend — Relever séparément ce qui relève du conflit et ce qui relève de l'échange, puis montrer comment le texte les articule.
Document 2 — Le contrat de transport de la quatrième croisade (Venise, 1201)
Moyen
Tableau chiffré construit à partir d'une chronique · Chiffres tirés de Geoffroy de Villehardouin, La Conquête de Constantinople, rédigée vers 1207-1213 ; accord conclu à Venise en avril 1201 entre les envoyés des barons croisés et le doge Enrico Dandolo.
En 1201, six envoyés des barons croisés, dont Villehardouin, maréchal de Champagne, négocient à Venise le transport de l'armée vers l'Orient. Villehardouin, acteur et témoin de toute l'expédition, en écrit le récit quelques années plus tard.
Ce que Venise s'engage à transporter, et à quel prix :
Contenu du transport
Nombre
Prix unitaire
Total
Chevaux
4 500
4 marcs par cheval
18 000 marcs
Chevaliers
4 500
2 marcs par homme
9 000 marcs
Écuyers
9 000
2 marcs par homme
18 000 marcs
Sergents à pied
20 000
2 marcs par homme
40 000 marcs
Total
33 500 hommes et 4 500 chevaux
—
85 000 marcs d'argent
Autres clauses : vivres pour neuf mois ; service de la flotte pendant un an ; départ fixé à la Saint-Jean 1202. En plus, Venise fournit « pour l'amour de Dieu » cinquante galères armées, en échange de la moitié de tout ce qui sera conquis.
Ce qui se passe en 1202 : les croisés rassemblés sur le Lido, à Venise, sont bien moins nombreux que prévu. Après avoir versé tout ce qu'ils peuvent, ils doivent encore 34 000 marcs.
À partir de ce document, montrez que Venise est une grande puissance maritime et commerciale, et expliquez le rôle qu'elle joue dans la quatrième croisade.
Présentez le document : d'où viennent ces chiffres, qui les rapporte et avec quel point de vue ?
Calculez la part du transport des chevaux et celle des hommes dans le prix total. Que révèle l'ampleur de ce contrat sur la puissance de Venise ?
Quels avantages Venise attend-elle de cet accord ?
À l'aide de vos connaissances, expliquez comment la dette de 34 000 marcs contribue au détournement de la croisade.
Voir la réponse rédigée
1. Les chiffres sont tirés de La Conquête de Constantinople de Geoffroy de Villehardouin, maréchal de Champagne, rédigée vers 1207-1213. Villehardouin est l'un des six envoyés qui ont négocié l'accord à Venise en avril 1201 avec le doge Enrico Dandolo : il est donc un témoin direct, mais aussi un acteur qui écrit après coup et cherche à justifier les choix des chefs de la croisade, notamment le détournement vers Constantinople. Le tableau reprend les termes de l'accord tels qu'il les rapporte.
2. Le transport des chevaux coûte 18 000 marcs, soit 18 000 ÷ 85 000 ≈ 21 % du total ; celui des 33 500 hommes coûte 67 000 marcs, soit environ 79 %. L'ampleur du contrat est considérable : Venise promet de transporter une armée de 33 500 hommes et 4 500 chevaux, de la nourrir pendant neuf mois et de mettre sa flotte à disposition pendant un an. Seule une cité disposant de chantiers navals (l'Arsenal), de marins nombreux et de capitaux peut s'engager ainsi. Venise est bien une thalassocratie : une puissance fondée sur la mer, capable de louer ses navires à une armée entière.
3. Venise attend d'abord un paiement comptant de 85 000 marcs d'argent, une somme énorme. Elle ajoute cinquante galères « pour l'amour de Dieu », mais en échange de « la moitié de tout ce qui sera conquis » : la participation religieuse est aussi un investissement. La croisade devient pour Venise une entreprise où la foi et le profit se mêlent, et l'occasion d'étendre ses positions commerciales en Orient.
4. En 1202, les croisés, trop peu nombreux, ne peuvent payer : il manque 34 000 marcs. Le doge propose de reporter la dette si l'armée l'aide à reprendre Zara, ville chrétienne de Dalmatie passée au roi de Hongrie : la ville est prise en novembre 1202, malgré l'interdiction du pape Innocent III. Puis le prince byzantin Alexis Ange, fils de l'empereur détrôné Isaac II, promet 200 000 marcs et une aide militaire si on le remet sur le trône : l'armée se dirige vers Constantinople en 1203. Les promesses n'étant pas tenues, les croisés prennent et pillent la ville en avril 1204. La dette n'explique pas tout — les ambitions vénitiennes et les calculs des barons comptent aussi, et les historiens en débattent — mais elle a enfermé la croisade dans la dépendance de Venise.
Ce que cette analyse apprend — Faire parler un tableau : calculer des parts, puis relier les chiffres à un raisonnement historique sur la puissance et ses usages.
Document 3 — Le monde vu de Palerme : la carte d'al-Idrisi (1154)
Moyen
Carte du monde (planisphère), décrite · Al-Idrisi, Nuzhat al-mushtaq (« Le divertissement de celui qui désire parcourir le monde »), dit Livre de Roger, achevé à Palerme en 1154 pour le roi Roger II de Sicile ; carte ronde du monde transmise par les copies manuscrites de l'ouvrage.
Al-Idrisi, savant musulman né à Ceuta vers 1100 et formé à Cordoue, est accueilli vers 1138 à la cour du roi normand Roger II. Le roi lui commande une description complète du monde connu, achevée en janvier 1154, peu avant la mort du souverain.
Description de la carte. Dans les copies manuscrites du Livre de Roger, une carte ronde représente l'ensemble du monde connu. Elle est orientée avec le sud en haut, comme chez de nombreux géographes de langue arabe. Un océan circulaire entoure les terres habitées. Dans la partie haute, l'Afrique s'étire très loin vers l'est ; le Nil y prend sa source dans des « monts de la Lune ». Dans la moitié inférieure, la Méditerranée forme une longue mer orientée d'ouest en est : ses côtes, de la péninsule Ibérique à la Syrie, et ses îles — Sicile, Crète, Chypre — sont dessinées avec soin. La péninsule Arabique, avec La Mecque, est placée près du centre. L'Europe du Nord et l'Asie orientale sont figurées de manière beaucoup plus sommaire. Tous les noms sont écrits en arabe.
L'ouvrage. Le texte divise la terre habitée en sept « climats », bandes parallèles allant de l'équateur vers le nord, découpées chacune en dix sections : soixante-dix cartes régionales accompagnent la description. Pour l'écrire, al-Idrisi confronte les livres des géographes anciens, dont le Grec Ptolémée, et des géographes arabes aux témoignages de voyageurs, de marins et de marchands interrogés à Palerme. Un grand planisphère en argent, aujourd'hui perdu, fut aussi réalisé pour le roi.
Analysez ce document pour montrer que la Sicile normande est un lieu de rencontre et d'échange des savoirs entre civilisations.
Présentez le document : auteur, commanditaire, lieu et date.
Pourquoi la Méditerranée est-elle représentée avec plus de précision que l'Asie orientale ou l'Afrique du Sud ?
Montrez que cette œuvre est le produit de rencontres entre civilisations.
En quoi cette carte diffère-t-elle des nôtres ? Que nous apprend-elle sur les savoirs géographiques du XIIe siècle ?
Voir la réponse rédigée
1. Le document est la carte ronde du monde qui accompagne le Livre de Roger, grand traité de géographie écrit en arabe par al-Idrisi, savant musulman né à Ceuta vers 1100 et formé à Cordoue. L'œuvre est commandée par Roger II, roi normand et chrétien de Sicile, couronné à Palerme en 1130, et achevée dans cette ville en 1154. Nous la connaissons par des copies manuscrites, l'original et le planisphère d'argent étant perdus.
2. La Méditerranée est dessinée avec soin, côtes et îles comprises, parce qu'elle est l'espace le mieux connu des informateurs d'al-Idrisi : Palerme, au cœur de la mer, voit passer des marins et des marchands venus d'al-Andalus, d'Ifriqiya, d'Égypte, de Byzance et d'Italie. L'Europe du Nord et l'Asie orientale, en revanche, ne sont connues que par des récits indirects : leur tracé est plus sommaire, et l'Afrique, étirée vers l'est, est déformée. La précision de la carte suit donc la densité des échanges : elle dessine le monde tel que le connaissent les réseaux méditerranéens.
3. L'œuvre réunit les trois civilisations : un savant musulman, formé dans l'Espagne islamique, travaille pour un roi chrétien d'origine normande, dans une capitale où l'on parle latin, grec et arabe et où la chancellerie écrit dans ces trois langues. Il combine l'héritage grec de Ptolémée, la géographie arabe et les témoignages de voyageurs de toutes origines. La carte est ainsi le fruit d'un transfert de savoirs rendu possible par la conquête normande, qui n'a pas chassé la culture arabe de Sicile.
4. La carte place le sud en haut, entoure la terre d'un océan circulaire et découpe le monde en sept climats : elle suit les conventions de la géographie savante de son temps, non les nôtres. Le monde connu se limite à l'Europe, à l'Afrique et à l'Asie, et les régions lointaines restent mal connues. Mais elle montre un savoir très avancé pour l'époque, fondé sur la compilation et l'enquête, et recopié pendant des siècles. Elle rappelle qu'au XIIe siècle, les savoirs géographiques les plus riches se trouvent dans le monde de langue arabe.
Ce que cette analyse apprend — Décrire une carte avant de l'interpréter, puis se demander ce que ses erreurs et ses précisions révèlent de ceux qui l'ont faite.
Document 4 — Bernard de Clairvaux appelle à la deuxième croisade (1146)
Difficile
Lettre d'époque (document de propagande religieuse) · Bernard de Clairvaux, Lettre 363, « Au clergé et au peuple de Francie orientale et de Bavière », 1146 (extraits, traduits du latin).
Après la chute d'Édesse (1144) et la bulle du pape Eugène III (1145), Bernard, chargé de prêcher la croisade, parle à Vézelay le 31 mars 1146, puis écrit aux fidèles de l'Empire germanique. Au même moment, en Rhénanie, un moine nommé Raoul pousse les foules à s'en prendre aux juifs.
« Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant les jours du salut. La terre a été ébranlée et elle a tremblé, parce que le Dieu du ciel a commencé à perdre sa terre : la terre où il s'est montré aux hommes, où il a vécu parmi eux plus de trente ans. [...] Et maintenant, à cause de nos péchés, les ennemis de la croix ont relevé leur tête sacrilège et ravagent par l'épée la terre bénie, la terre de la promesse. [...] Que faites-vous, hommes courageux ? Que faites-vous, serviteurs de la croix ? Jetterez-vous ainsi les choses saintes aux chiens et les perles aux pourceaux ? [...] Et toi, marchand avisé, toi, homme prompt à saisir les profits de ce monde, je t'annonce une grande affaire : prends garde de ne pas la laisser passer. Prends le signe de la croix, et tu obtiendras l'indulgence de toutes les fautes que tu auras confessées d'un cœur contrit. L'étoffe coûte peu si on l'achète ; mais placée pieusement sur l'épaule, elle vaut sans aucun doute le royaume de Dieu. [...] Nous nous réjouissons du zèle pour Dieu qui brûle en vous ; mais il faut que la sagesse le guide. Il ne faut pas persécuter les juifs, ni les massacrer, ni même les chasser. Interrogez les pages divines : [...] “Ne les tue pas, de peur que mon peuple ne l'oublie.” »
Analysez ce document pour montrer comment Bernard de Clairvaux mobilise les chrétiens en faveur de la deuxième croisade, et quelles sont les limites de son appel.
Présentez le document : auteur, destinataires, date et contexte.
Par quels arguments religieux Bernard pousse-t-il ses lecteurs à partir ?
Pourquoi s'adresse-t-il au « marchand avisé » ? Que révèle ce vocabulaire ?
Expliquez le dernier paragraphe : que refuse Bernard, et au nom de quoi ?
À l'aide de vos connaissances, montrez les limites de cet appel.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est une lettre de Bernard de Clairvaux (vers 1090-1153), abbé cistercien de Clairvaux et principale autorité spirituelle de son temps. Elle s'adresse en 1146 au clergé et au peuple de Francie orientale et de Bavière, c'est-à-dire aux chrétiens de l'Empire germanique. Le contexte est celui de la chute d'Édesse, prise par Zengi en décembre 1144 : le pape Eugène III, ancien moine cistercien, lance la deuxième croisade et charge Bernard de la prêcher. Après Vézelay (31 mars 1146), Bernard étend sa prédication à l'Empire, par la parole et par l'écrit. C'est une lettre de mobilisation, à lire comme un texte de propagande religieuse.
2. Bernard présente d'abord le moment comme exceptionnel : « voici maintenant le temps favorable ». Il fait de la Terre sainte la terre de Dieu, où le Christ « a vécu parmi eux plus de trente ans » : la perdre, c'est laisser Dieu « perdre sa terre ». Il explique la défaite par « nos péchés », ce qui transforme la croisade en pénitence. Il interpelle ensuite les chevaliers — « hommes courageux », « serviteurs de la croix » — et les accuse de livrer les choses saintes « aux chiens ». Enfin, il promet l'indulgence « de toutes les fautes » confessées : partir, c'est gagner son salut.
3. Bernard s'adresse au « marchand avisé » et parle d'une « grande affaire » à ne pas « laisser passer » : l'étoffe de la croix « coûte peu », mais elle « vaut » le royaume de Dieu. Ce vocabulaire commercial montre qu'il vise un public large, pas seulement les chevaliers, et qu'il connaît une société où le commerce progresse au XIIe siècle. C'est aussi une image habile : le salut est présenté comme le meilleur investissement possible. La foi est l'objectif, mais elle se dit dans la langue des affaires.
4. Bernard refuse les violences contre les juifs : il ne faut « ni les massacrer, ni même les chasser ». Il répond aux prédications du moine Raoul qui, en 1146, pousse les foules rhénanes à les attaquer, comme lors des massacres de 1096. Il ne s'appuie pas sur une idée moderne de tolérance, mais sur l'Écriture : la citation du psaume signifie, selon une tradition héritée de saint Augustin, que les juifs doivent subsister comme témoins de la Bible jusqu'à leur conversion à la fin des temps. Il protège leur vie, sans leur reconnaître l'égalité.
5. L'appel réussit à mobiliser — Louis VII et Conrad III prennent la croix —, mais la croisade échoue : les armées sont décimées en Anatolie, et le siège de Damas est abandonné en juillet 1148 au bout de quelques jours. Le seul succès, la prise de Lisbonne en 1147, se produit loin de la Terre sainte. Bernard lui-même doit expliquer l'échec par les péchés des croisés dans le De consideratione. Enfin, sa lettre montre que la croisade peut déchaîner des violences contre les juifs, qu'il faut réprimer à chaque départ.
Ce que cette analyse apprend — Repérer les procédés d'un texte de propagande (destinataires, arguments, images), puis confronter ses promesses aux résultats connus.
Bloqué sur ce chapitre ?
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