L'ouverture atlantique : les conséquences de la découverte du « Nouveau Monde »
Grandes découvertes, empires espagnol et portugais, Amérindiens, traite, Séville et Lisbonne, premier « monde global » (programme d'histoire de 2nde)
À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en seconde sur « L'ouverture atlantique : les conséquences de la découverte du « Nouveau Monde » » suit le programme officiel d'histoire-géographie de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : D'une mer à l'océan : pourquoi l'Europe se tourne vers l'Atlantique, 1492-1522 : l'extension du monde connu par les Européens, Conquérir et organiser : les empires espagnol et portugais, Pour les Amérindiens, un choc sans précédent ; Tenochtitlan / Mexico, une ville entre deux mondes. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en histoire-géographie.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Tenochtitlan vue d'Europe : le plan de Nuremberg (1524)
Facile
Gravure sur bois (plan de ville et carte) · Plan de Tenochtitlan dit « carte de Nuremberg », gravure sur bois anonyme publiée dans Praeclara Ferdinandi Cortesii de Nova maris Oceani Hyspania narratio, Nuremberg, Friedrich Peypus, 1524.
En 1524, Tenochtitlan a été prise et en grande partie détruite par Cortés (13 août 1521) ; les Espagnols la reconstruisent sous le nom de Mexico. L'image est imprimée à Nuremberg, ville du Saint-Empire dont Charles Quint est l'empereur, pour un public européen lettré.
Description du document. Gravure sur bois imprimée à Nuremberg en 1524, en noir et blanc. L'image se compose de deux parties. À gauche, une petite carte représente une partie des côtes du golfe du Mexique. À droite, sur la plus grande partie de la feuille, la ville de « Temixtitan » (nom donné à Tenochtitlan dans les lettres de Cortés) est vue d'en haut, de forme presque circulaire, au milieu d'un vaste lac.
Plusieurs chaussées rectilignes relient la ville aux rives du lac, où l'on distingue d'autres localités. Des canoës circulent sur l'eau. Au centre de la ville, une grande place carrée, fermée par un mur, abrite les principaux temples ; autour, des maisons serrées, des palais et des rues s'étendent jusqu'aux bords de l'île. Les bâtiments sont dessinés à la manière des villes européennes de l'époque. Des inscriptions en latin désignent certains lieux.
Le plan illustre l'édition latine de la deuxième lettre écrite en 1520 par Hernán Cortés à Charles Quint, où le conquistador décrit la capitale des Mexicas.
Après avoir présenté le document, montrez ce qu'il nous apprend de Tenochtitlan et en quoi il reflète le regard des Européens sur le « Nouveau Monde ».
Présentez le document : nature, date, lieu et contexte de publication.
Décrivez l'organisation de la ville telle que la montre le plan.
Quels éléments montrent que cette image est aussi un regard européen ?
Pourquoi publier un tel plan en Europe en 1524 ?
Voir la réponse rédigée
1. Le document est une gravure sur bois anonyme, imprimée à Nuremberg en 1524 par Friedrich Peypus. Elle illustre l'édition latine de la deuxième lettre adressée en 1520 par Hernán Cortés à Charles Quint. Elle associe une carte des côtes du golfe du Mexique et un plan de la capitale des Mexicas, Tenochtitlan, appelée « Temixtitan ». Elle paraît trois ans après la prise de la ville par Cortés, le 13 août 1521 : elle montre donc une ville qui, à cette date, a été en grande partie détruite et que les Espagnols reconstruisent sous le nom de Mexico. C'est l'une des premières images de la ville diffusées en Europe.
2. La ville est construite sur une île, au milieu d'un lac, et reliée aux rives par plusieurs chaussées rectilignes : c'est une ville d'eau, facile à défendre, où l'on circule en canoë. Son plan est ordonné : au centre, une grande place carrée entourée d'un mur regroupe les principaux temples, cœur religieux et politique de l'empire ; autour s'étendent des maisons serrées et des palais jusqu'aux bords de l'île. Le plan montre une ville immense et densément peuplée, ce que confirme Cortés, qui la compare dans sa lettre à Séville et à Cordoue. Tenochtitlan comptait sans doute entre 150 000 et 250 000 habitants en 1519.
3. Le graveur, qui travaille à Nuremberg, n'a jamais vu la ville : il s'appuie sur la description de Cortés et, peut-être, sur un croquis venu du Mexique. Les maisons sont dessinées à la manière des villes européennes, les légendes sont en latin, la langue des savants d'Europe. L'image mêle donc des informations exactes (le lac, les chaussées, l'enceinte sacrée au centre) et des conventions européennes. Elle met aussi en valeur les temples, c'est-à-dire la religion des Mexicas, que les Espagnols qualifient d'idolâtrie pour justifier la conquête et l'évangélisation.
4. Grâce à l'imprimerie, les récits de la conquête circulent vite en Europe et suscitent une grande curiosité pour ces terres inconnues. Publier la lettre de Cortés avec ce plan, c'est aussi célébrer la gloire de Charles Quint, roi de Castille et empereur, dont l'empire s'agrandit d'un territoire immense, et celle de son capitaine. Le plan témoigne ainsi de l'extension du monde connu par les Européens et de la façon dont ils se l'approprient. Tenochtitlan devient Mexico, une ville entre deux mondes : indienne par son site et sa population, espagnole par son nouveau pouvoir.
Ce que cette analyse apprend — Décrire une image avant de l'interpréter, puis se demander qui l'a produite, pour qui, et ce qu'elle doit au regard de son auteur.
Document 2 — L'or et l'argent des Amériques arrivés à Séville (1503-1600)
Moyen
Tableau statistique · D'après Earl J. Hamilton, American Treasure and the Price Revolution in Spain, 1501-1650, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1934 (valeurs arrondies à la tonne).
L'économiste américain Earl J. Hamilton a dépouillé, dans les années 1920, les registres de la Casa de Contratación conservés aux Archives des Indes à Séville. Ses chiffres ne comptent que les métaux déclarés à l'arrivée, qu'ils appartiennent au roi ou à des particuliers.
Arrivées de métaux précieux américains officiellement enregistrées à Séville, par décennie.
Décennie
Argent (tonnes)
Or (tonnes)
1503-1510
0
5
1511-1520
0
9
1521-1530
moins de 1
5
1531-1540
86
14
1541-1550
178
25
1551-1560
303
43
1561-1570
943
12
1571-1580
1 119
9
1581-1590
2 103
12
1591-1600
2 708
19
Total 1503-1600
environ 7 440
environ 154
À titre indicatif : au XVIe siècle, en Espagne, un kilogramme d'or vaut entre dix et douze kilogrammes d'argent.
Montrez ce que ce tableau révèle de l'exploitation des métaux précieux américains au XVIe siècle et de ses conséquences, en portant un regard critique sur les chiffres.
Présentez le document : auteur, origine des données, ce qui est mesuré.
Décrivez l'évolution des arrivées d'or et d'argent entre 1503 et 1600 en distinguant deux périodes.
Expliquez cette évolution à l'aide de vos connaissances.
Quelles sont les conséquences de ces arrivées pour l'Europe ? Quelles sont les limites de ces chiffres ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau statistique est construit d'après l'ouvrage de l'économiste américain Earl J. Hamilton, American Treasure and the Price Revolution in Spain, 1501-1650, publié en 1934. Les données viennent des registres de la Casa de Contratación, l'institution qui, depuis 1503, contrôle à Séville le commerce avec les Indes. Il mesure, par décennie et en tonnes, les quantités d'or et d'argent américains officiellement enregistrées à leur arrivée à Séville entre 1503 et 1600.
2. On distingue deux périodes. Jusqu'aux années 1550, les arrivées sont d'abord modestes et l'or occupe une place majeure : 5 tonnes en 1503-1510, puis un maximum de 43 tonnes en 1551-1560. Comme un kilogramme d'or vaut dix à douze kilogrammes d'argent, l'or pèse alors plus lourd en valeur que l'argent (43 tonnes d'or valent davantage que les 303 tonnes d'argent de la même décennie). À partir des années 1560, l'argent explose : 943 tonnes en 1561-1570, 2 708 tonnes en 1591-1600, soit près de neuf fois plus qu'en 1551-1560, tandis que l'or retombe entre 9 et 19 tonnes. Au total, environ 7 440 tonnes d'argent et 154 tonnes d'or arrivent à Séville au XVIe siècle.
3. L'or des premières décennies provient des Antilles, où les Indiens sont contraints de chercher le métal dans les rivières, puis du butin des conquêtes du Mexique (1519-1521) et du Pérou (1532-1533). L'essor de l'argent s'explique par la découverte des grandes mines de Potosí (1545), dans les Andes, et de Zacatecas (1546), au Mexique. Il s'accélère avec l'amalgame au mercure, qui permet d'extraire l'argent de minerais plus pauvres (au Mexique dès les années 1550, à Potosí au début des années 1570), et avec la mita réorganisée par le vice-roi Toledo, qui fournit des milliers de travailleurs indiens forcés.
4. Ces métaux enrichissent la Couronne, qui prélève un cinquième du métal extrait, et font de Séville un grand port européen. Ils financent les guerres de Charles Quint et de Philippe II, mais repartent en grande partie vers les banquiers génois et allemands et vers Anvers. Ils contribuent à la révolution des prix, que Jean Bodin attribue dès 1568 à l'abondance de métal. Ces chiffres ont pourtant des limites : ils ne comptent que les arrivées déclarées, sans la contrebande ; ils ignorent l'argent parti directement vers l'Asie par le galion de Manille à partir de 1571 ; certains historiens, comme Michel Morineau dans les années 1980, les ont corrigés à la hausse à partir d'autres sources, comme les gazettes hollandaises.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau par périodes, calculer un rapport simple pour mesurer une évolution, puis critiquer la source des chiffres.
Document 3 — Las Casas dénonce la destruction des Indes (1552)
Moyen
Texte d'époque : récit polémique adressé au prince · Bartolomé de Las Casas, Brevísima relación de la destrucción de las Indias (Très brève relation de la destruction des Indes), Séville, 1552 ; extraits, traduction adaptée de l'espagnol.
Las Casas, ancien colon devenu dominicain, a rédigé ce texte vers 1542 pour le futur Philippe II et le publie à Séville en 1552, juste après la controverse de Valladolid. Il veut obtenir de la Couronne l'arrêt des conquêtes et la protection des Indiens.
« Toutes ces populations innombrables, de toute espèce, Dieu les a créées parmi les plus simples, sans malice ni duplicité, très obéissantes et très fidèles à leurs seigneurs naturels et aux chrétiens qu'elles servent ; les plus humbles, les plus patientes, les plus paisibles et tranquilles qui soient au monde, sans querelles ni tumultes, sans rancune, sans haine, sans désir de vengeance. [...]
Parmi ces douces brebis, ainsi dotées par leur Créateur, entrèrent les Espagnols, dès qu'ils les connurent, comme des loups, des tigres et des lions très cruels, affamés depuis de longs jours. Et ils n'ont rien fait d'autre depuis quarante ans, jusqu'à aujourd'hui, et aujourd'hui encore, que de les mettre en pièces, les tuer, les angoisser, les affliger, les tourmenter et les détruire par des cruautés étranges, nouvelles et variées, jamais vues ni lues ni entendues. [...] Si bien que, des plus de trois millions d'âmes que nous avons vues dans l'île Espagnole, il ne reste pas aujourd'hui deux cents naturels. [...]
La cause pour laquelle les chrétiens ont tué et détruit un si grand et si infini nombre d'âmes a été seulement qu'ils ont eu pour fin dernière l'or, et le désir de se gorger de richesses en très peu de temps. »
L'île Espagnole : Hispaniola (Haïti et Saint-Domingue actuels).
Présentez le document, puis montrez comment Las Casas dénonce la conquête et quelle est la portée de son témoignage.
Présentez l'auteur et le document, et expliquez pourquoi il est publié en 1552.
Comment Las Casas présente-t-il les Indiens et les Espagnols ? Relevez les procédés utilisés.
Quelles causes de la destruction des Indiens le texte donne-t-il ? Confrontez-les aux explications des historiens.
Quelle est la portée de ce texte, en Espagne et en Europe ?
Voir la réponse rédigée
1. Le texte est un extrait de la Très brève relation de la destruction des Indes, de Bartolomé de Las Casas (vers 1484-1566), publiée à Séville en 1552. Ancien colon et encomendero à Hispaniola et à Cuba, Las Casas renonce à ses Indiens en 1514 et devient dominicain ; il consacre ensuite sa vie à leur défense. Rédigé vers 1542 à l'intention du prince Philippe, le texte est publié en 1552, juste après la controverse de Valladolid (1550-1551) qui l'a opposé à Sepúlveda : il s'agit de peser sur la politique royale en révélant l'ampleur des violences.
2. Las Casas oppose deux portraits. Les Indiens sont idéalisés : une accumulation de superlatifs (« les plus humbles, les plus patientes, les plus paisibles ») en fait des êtres innocents, presque de bons chrétiens avant l'heure. Les Espagnols sont décrits par une métaphore animale : les Indiens sont de « douces brebis » et les conquérants des « loups », des « tigres » et des « lions ». L'énumération des verbes (« tuer, angoisser, affliger, tourmenter ») et l'insistance sur la durée (« depuis quarante ans [...] et aujourd'hui encore ») soulignent la violence continue. Ce vocabulaire est religieux : les Indiens sont des « âmes » créées par Dieu, que les chrétiens trahissent.
3. Pour Las Casas, la seule cause est la cupidité des Espagnols : « l'or » et le désir de s'enrichir vite. Il avance un chiffre frappant : plus de trois millions d'habitants à Hispaniola, moins de deux cents survivants. Les historiens confirment l'effondrement démographique, mais leurs explications sont plus complètes : la première cause est le choc microbien (variole, rougeole), aggravé par le travail forcé de l'encomienda, les guerres et les famines. Le chiffre de trois millions est polémique : les estimations actuelles de la population de l'île en 1492 varient énormément et sont en général bien inférieures.
4. En Espagne, les combats de Las Casas ont contribué aux Lois nouvelles de 1542 et poussé Philippe II à remplacer, en 1573, le mot « conquête » par « pacification ». En Europe, le livre, traduit en néerlandais, en français et en anglais dans les décennies suivantes, est utilisé par les ennemis de l'Espagne pour construire la « légende noire ». C'est donc un témoignage essentiel sur la violence de la conquête, mais un texte engagé, qui cherche à convaincre et qu'il faut lire en tenant compte de ses exagérations.
Ce que cette analyse apprend — Repérer les procédés d'un texte engagé (superlatifs, métaphores, chiffres chocs) et confronter ses affirmations aux connaissances des historiens.
Document 4 — Montaigne juge la conquête des Amériques (1588)
Difficile
Essai philosophique · Michel de Montaigne, Essais, livre III, chapitre 6, « Des coches », Paris, Abel L'Angelier, 1588 (orthographe modernisée).
Montaigne (1533-1592), magistrat et gentilhomme périgourdin, n'est jamais allé en Amérique : il s'informe par les récits espagnols, en particulier l'Histoire générale des Indes de López de Gómara, traduite en français. Il écrit en pleines guerres de Religion, pour un public cultivé.
« Notre monde vient d'en trouver un autre (et qui nous répond si c'est le dernier de ses frères, puisque les Démons, les Sibylles et nous avons ignoré celui-ci jusqu'asteure ?) non moins grand, plein et membru que lui, toutefois si nouveau et si enfant qu'on lui apprend encore son a, b, c ; il n'y a pas cinquante ans qu'il ne savait ni lettres, ni poids, ni mesure, ni vêtements, ni blés, ni vignes. [...] Bien crains-je que nous aurons bien fort hâté sa déclinaison et sa ruine par notre contagion, et que nous lui aurons bien cher vendu nos opinions et nos arts. [...]
Qui mit jamais à tel prix le service de la mercadence et de la trafique ? Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions de peuples passés au fil de l'épée, et la plus riche et belle partie du monde bouleversée pour la négociation des perles et du poivre ! Mécaniques victoires. [...]
Quant à la pompe et magnificence [...], ni Grèce, ni Rome, ni Égypte ne peut, soit en utilité, ou difficulté, ou noblesse, comparer aucun de ses ouvrages au chemin qui se voit au Pérou, dressé par les rois du pays, depuis la ville de Quito jusqu'à celle de Cuzco (il y a trois cents lieues). »
Vocabulaire : asteure = à cette heure, maintenant ; membru = robuste ; déclinaison = déclin ; arts = techniques ; mercadence et trafique = commerce, négoce ; mécaniques = basses, indignes (dignes d'un travail manuel).
Montrez comment Montaigne juge la découverte et la conquête du « Nouveau Monde », et en quoi son regard est à la fois celui de son temps et exceptionnel.
Présentez le document et son auteur.
Comment Montaigne décrit-il le « Nouveau Monde » ? Expliquez l'image de l'enfance.
Que reproche-t-il aux conquérants ? Appuyez-vous sur des faits précis.
Pourquoi évoque-t-il la route de Quito à Cuzco ?
En quoi ce texte reflète-t-il, et dépasse-t-il, le regard européen de son temps ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est extrait du chapitre « Des coches » du livre III des Essais de Michel de Montaigne, publié à Paris en 1588. Montaigne, gentilhomme et ancien magistrat bordelais, écrit près d'un siècle après le premier voyage de Colomb (1492) et plus de cinquante ans après les conquêtes du Mexique (1521) et du Pérou (1532-1533). Il n'a jamais traversé l'Atlantique et s'appuie sur les chroniques espagnoles, notamment celle de López de Gómara. Il s'adresse à un public cultivé et livre une réflexion personnelle, non un récit.
2. Montaigne insiste d'abord sur la nouveauté : « notre monde » en a trouvé « un autre », aussi grand que lui, ignoré jusque-là des savants (« les Sibylles et nous »). Il le décrit comme un « monde enfant » à qui l'on apprend son « a, b, c », qui ne connaissait ni l'écriture alphabétique, ni le blé, ni la vigne. Cette image reprend en partie le préjugé européen d'un monde « en retard », défini par ce qui lui manque par rapport à l'Europe. Mais elle sert surtout à accuser : un enfant est innocent et fragile, et l'Europe a « hâté sa ruine par [sa] contagion ». Le mot contagion peut se lire au sens propre, celui des épidémies, et au sens moral, celui de la corruption.
3. Montaigne dénonce une conquête faite pour le profit : « la mercadence et la trafique », « les perles et le poivre ». Il en souligne le coût humain par une gradation (« villes rasées », « nations exterminées », « millions de peuples passés au fil de l'épée ») et la juge indigne : ce sont des « mécaniques victoires », sans gloire. Ces reproches s'appuient sur des faits : destruction de Tenochtitlan en 1521, exécution d'Atahualpa en 1533, exploitation des mines de Potosí depuis 1545, effondrement de la population amérindienne. Montaigne attribue toute la mortalité à la violence, alors que les historiens insistent aujourd'hui sur le rôle premier des épidémies.
4. La route inca reliant Quito à Cuzco, longue de « trois cents lieues », lui sert à montrer la grandeur des civilisations américaines : aucun ouvrage de la Grèce, de Rome ou de l'Égypte ne l'égale. Montaigne renverse ainsi la hiérarchie habituelle : les peuples conquis n'étaient pas des « barbares », et leurs rois ont bâti des œuvres comparables aux modèles antiques admirés par les Européens.
5. Le texte reflète son temps : Montaigne juge le « Nouveau Monde » avec des critères européens (lettres, blé, vigne) et dépend de sources espagnoles. Mais il le dépasse par sa critique radicale : alors que la conquête est justifiée par l'évangélisation et la « guerre juste » défendue par Sepúlveda, il y voit un pillage commercial. Il rejoint en partie Las Casas, mais sans argument religieux, et pratique le relativisme : il compare les civilisations au lieu de les classer. Sa position reste minoritaire au XVIe siècle.
Ce que cette analyse apprend — Expliquer une image littéraire en montrant son ambiguïté, puis situer un auteur par rapport aux opinions de son temps.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.