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Comment l'assurance et la protection sociale contribuent-elles à la gestion des risques dans les sociétés développées ?

Risques sociaux, mutualisation, aléa moral et sélection adverse, assurance et protection sociale (spécialité SES de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Comment l'assurance et la protection sociale contribuent-elles à la gestion des risques dans les sociétés développées ? » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Des risques multiples qui menacent les revenus et le bien-être, Face au risque : aversion, prévention, épargne et solidarités, L'assurance : mutualiser les risques grâce à la loi des grands nombres, Les limites de l'assurance : aléa moral et sélection adverse. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Les textes fondateurs de la Sécurité sociale

Facile

Textes juridiques : ordonnance et préambule constitutionnel · Ordonnance n° 45-2250 du 4 octobre 1945 portant organisation de la sécurité sociale, article 1er (premier alinéa) ; Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, alinéas 10 à 12.

L'ordonnance est prise à la Libération par le Gouvernement provisoire, sur un plan conçu par le haut fonctionnaire Pierre Laroque. Le Préambule de 1946, toujours en vigueur puisqu'il fait partie du bloc de constitutionnalité, s'adresse à l'ensemble des citoyens et fixe les droits sociaux de la République.

Ordonnance du 4 octobre 1945, article 1er

« Il est institué une organisation de la sécurité sociale destinée à garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu'ils supportent. »

Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946

« 10. La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.

11. Elle garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.

12. La Nation proclame la solidarité et l'égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales. »

Après avoir présenté les documents, vous montrerez comment ils organisent la protection des individus face aux risques.

  1. Présentez les deux documents (nature, date, auteur, contexte).
  2. Quels risques l'ordonnance de 1945 veut-elle couvrir, et qui protège-t-elle ?
  3. En quoi l'alinéa 11 du Préambule va-t-il plus loin que l'ordonnance ?
  4. Expliquez l'alinéa 12 à l'aide d'un dispositif actuel de gestion des risques.
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit de deux textes juridiques de la Libération. Le premier est l'article 1er de l'ordonnance du 4 octobre 1945, texte à valeur législative pris par le Gouvernement provisoire de la République française, qui crée l'organisation de la Sécurité sociale. Le second est un extrait du Préambule de la Constitution de la IVe République, adoptée le 27 octobre 1946. Tous deux s'inscrivent dans la volonté de reconstruire le pays sur de nouvelles bases sociales après la guerre, dans l'esprit du programme du Conseil national de la Résistance (1944).

2. L'ordonnance vise « les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer [la] capacité de gain » : maladie, invalidité, accident du travail, vieillesse, c'est-à-dire des risques sociaux entraînant une perte de revenu. Elle couvre aussi des « charges » qui augmentent les besoins : maternité et famille. Elle protège « les travailleurs et leurs familles » : c'est une logique d'assurance sociale d'inspiration bismarckienne, où la protection est liée au travail et financée par des cotisations.

3. L'alinéa 11 élargit la protection de deux façons. D'abord, il s'adresse « à tous » et non aux seuls travailleurs : il porte une ambition universelle, d'inspiration beveridgienne. Ensuite, il reconnaît à « tout être humain » incapable de travailler le droit d'obtenir « de la collectivité des moyens convenables d'existence » : c'est le fondement de la logique d'assistance, qui aide sans exiger de cotisation préalable. Le RSA (2009) ou l'allocation de solidarité aux personnes âgées en sont des traductions actuelles.

4. L'alinéa 12 affirme que la Nation partage les charges des « calamités nationales ». Ces risques, qui frappent beaucoup de personnes en même temps, sont corrélés : la loi des grands nombres ne joue pas et les assureurs privés ne peuvent pas les couvrir seuls. Le régime des catastrophes naturelles créé par la loi du 13 juillet 1982 en est une application : une surprime obligatoire est ajoutée aux contrats d'assurance habitation et automobile, et l'État garantit en dernier ressort l'indemnisation après une inondation ou une sécheresse reconnue par arrêté.

Ce que cette analyse apprend — Présenter un texte juridique, puis relier chaque formule citée à une logique de protection (assurance, assistance, solidarité nationale).

Document 2 — La répartition des prestations de protection sociale par risque en France

Moyen

Tableau statistique · D'après DREES, La protection sociale en France et en Europe en 2022, édition 2023 ; tableau construit pour l'exercice, parts arrondies (ordres de grandeur).

La DREES, service statistique des ministères sociaux, publie chaque année les comptes de la protection sociale selon une nomenclature européenne de six risques. Les parts varient peu d'une année à l'autre, sauf la part « emploi », sensible à la conjoncture.

RisquePart dans le total des prestations sociales (en %, arrondi)Exemples de prestations
Vieillesse-survie≈ 45Pensions de retraite, pensions de réversion, minimum vieillesse
Santé (maladie, invalidité, accidents du travail)≈ 36Remboursements de soins, indemnités journalières, pensions d'invalidité
Famille≈ 7Allocations familiales, prestations d'accueil du jeune enfant
Emploi≈ 6Allocation chômage, aides à l'insertion
Pauvreté-exclusion≈ 4Revenu de solidarité active, prime d'activité
Logement≈ 2Aides personnelles au logement
Total100 (plus de 800 milliards d'euros)

Vous présenterez le document puis vous montrerez ce qu'il révèle de la façon dont la protection sociale gère les risques.

  1. Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée « ≈ 45 » pour le risque vieillesse-survie.
  2. Quels risques représentent ensemble plus de 80 % des prestations ? Comment l'expliquer ?
  3. Associez à chaque risque la logique de protection dominante (assurance, assistance, universelle).
  4. Pourquoi la part du risque « emploi » peut-elle varier fortement d'une année à l'autre ?
Voir la réponse rédigée

1. Selon la DREES, en France en 2022, les prestations liées au risque vieillesse-survie (pensions de retraite et de réversion notamment) représentent environ 45 % de l'ensemble des prestations de protection sociale, soit près de la moitié.

2. Vieillesse-survie (≈ 45 %) et santé (≈ 36 %) représentent ensemble environ 81 % des prestations. Ce sont les deux risques qui touchent presque toute la population au cours de la vie : chacun finit par cesser de travailler, chacun a besoin de soins. Ce sont aussi des risques coûteux, dont le poids croît avec le vieillissement de la population et le progrès des techniques médicales.

3. Les pensions de retraite et les indemnités journalières relèvent d'une logique d'assurance : elles sont la contrepartie de cotisations et proportionnelles aux revenus d'activité. L'allocation chômage relève aussi de l'assurance (Unédic, 1958). Le risque pauvreté-exclusion relève de l'assistance : le RSA et la prime d'activité sont versés sous condition de ressources et financés par l'impôt, comme le minimum vieillesse et les aides au logement. La prise en charge des soins et les allocations familiales relèvent surtout d'une logique universelle : la PUMa (2016) couvre toute personne résidant en France, et les allocations familiales sont versées dès le deuxième enfant, avec un montant modulé selon les revenus depuis 2015.

4. Le risque emploi dépend de la conjoncture : quand le chômage augmente, lors d'une récession, le nombre de bénéficiaires de l'allocation chômage s'accroît et la part de ce risque monte. Le chômage est un risque corrélé : il frappe de nombreux actifs en même temps, ce qui explique qu'il soit pris en charge par une assurance sociale obligatoire plutôt que par des assureurs privés. À l'inverse, en période de reprise, cette part recule.

Ce que cette analyse apprend — Lire une part en pourcentage dans une phrase complète, puis relier les chiffres aux logiques de protection et à la nature des risques.

Document 3 — Les dépenses de protection sociale dans l'Union européenne

Moyen

Carte choroplèthe (description) · D'après Eurostat, base ESSPROS (système européen de statistiques intégrées de la protection sociale), dépenses de protection sociale en % du PIB, données 2021 ; carte construite pour l'exercice, niveaux arrondis (ordres de grandeur).

Eurostat harmonise les comptes nationaux de la protection sociale depuis les années 1990 pour permettre la comparaison entre États membres. Les données de 2021 portent encore la trace des dépenses exceptionnelles liées à la crise sanitaire de 2020.

Titre de la carte : « Dépenses de protection sociale en pourcentage du PIB dans l'Union européenne à 27, 2021 ».

Fond de carte : les 27 États membres, colorés en trois plages, du plus foncé au plus clair.

  • Plage foncée (environ 30 % du PIB ou plus) : France, qui présente le niveau le plus élevé de l'Union (un peu plus de 30 %), Autriche, Italie, Allemagne, Finlande.
  • Plage intermédiaire (environ 25 à 30 %) : notamment Belgique, Pays-Bas, Suède.
  • Plage claire (moins de 20 %) : notamment Irlande, Roumanie, Hongrie, Malte, Estonie, Lettonie.

Encadré : moyenne de l'Union européenne, de l'ordre de 28 à 30 % du PIB.

Note : les dépenses comprennent les prestations versées par les administrations et par les régimes obligatoires ; la couverture privée facultative n'est que partiellement comptée. Le PIB irlandais est gonflé par les bénéfices des multinationales, ce qui abaisse mécaniquement le ratio.

Vous présenterez le document puis vous montrerez que les pays européens ne gèrent pas les risques sociaux avec la même ampleur.

  1. Présentez le document et l'indicateur utilisé.
  2. Comparez la situation de la France à celle de l'Irlande et de la Roumanie.
  3. Comment les modèles d'État-providence permettent-ils d'expliquer une partie de ces écarts ?
  4. Quelles sont les limites de cet indicateur pour juger de la protection réelle des individus ?
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'une carte choroplèthe construite d'après les données d'Eurostat pour l'année 2021. Elle représente, pour les 27 pays de l'Union européenne, le poids des dépenses de protection sociale rapporté au produit intérieur brut. Cet indicateur mesure l'effort qu'un pays consacre à la couverture collective des risques sociaux par rapport à la richesse qu'il produit.

2. La France se situe dans la plage la plus foncée : elle consacre un peu plus de 30 % de son PIB à la protection sociale, le niveau le plus élevé de l'Union, au-dessus de la moyenne européenne. L'Irlande et la Roumanie sont dans la plage claire, avec moins de 20 % : leur effort est environ moitié moindre. La prise en charge collective des risques y est plus limitée, et une part plus grande des risques reste à la charge des individus, de leur épargne, de leur famille ou d'assurances privées.

3. Selon la typologie d'Esping-Andersen (1990), les pays conservateurs-corporatistes d'Europe continentale (France, Allemagne, Autriche), d'inspiration bismarckienne, financent par cotisations des prestations élevées liées à l'emploi, ce qui explique leur niveau de dépenses. Les pays sociaux-démocrates (Finlande, Suède) dépensent aussi beaucoup, pour une protection universelle. Le modèle libéral, dont se rapproche l'Irlande, concentre l'aide publique sur les plus pauvres et laisse davantage de place au marché. Les pays d'Europe centrale et orientale, aux revenus plus faibles, ont reconstruit leur système après 1990 avec des moyens plus limités.

4. Un niveau de dépenses élevé ne dit pas tout. Il dépend de la démographie : une population âgée, comme en Italie, augmente les dépenses de retraite. Il dépend du PIB, comme le montre le cas irlandais. Il ne mesure ni l'efficacité ni l'égalité d'accès aux prestations, ni le non-recours. Enfin, une partie de la couverture privée facultative n'est pas comptée : un pays peut être bien couvert par des contrats privés sans que cela apparaisse sur la carte.

Ce que cette analyse apprend — Décrire une carte par plages, comparer des cas précis, puis expliquer les écarts par des modèles et discuter la pertinence de l'indicateur.

Document 4 — Aléa moral et sélection adverse : deux analyses fondatrices

Difficile

Texte de synthèse (résumé d'articles scientifiques) · Résumé rédigé pour l'exercice d'après Kenneth J. Arrow, « Uncertainty and the Welfare Economics of Medical Care », American Economic Review, 1963, et Michael Rothschild et Joseph Stiglitz, « Equilibrium in Competitive Insurance Markets », Quarterly Journal of Economics, 1976.

Kenneth Arrow (1921-2017) a reçu le prix Nobel d'économie en 1972 ; Joseph Stiglitz l'a reçu en 2001, avec George Akerlof et Michael Spence, pour ses travaux sur les asymétries d'information. Leurs articles s'adressent aux économistes, mais ils ont fortement inspiré l'organisation de l'assurance maladie.

Dans un article de 1963 consacré à l'économie de la santé, Kenneth Arrow observe que l'assurance maladie modifie le comportement de ceux qu'elle couvre : une personne dont les soins sont intégralement remboursés tend à en consommer davantage que si elle en supportait elle-même le coût. Ce phénomène, que les assureurs appellent depuis longtemps « aléa moral » (moral hazard), explique qu'ils laissent souvent une partie de la dépense à la charge de l'assuré. Arrow souligne que ce n'est pas une question de morale individuelle : l'assuré réagit simplement au fait que le prix des soins lui paraît plus faible.

En 1976, Michael Rothschild et Joseph Stiglitz étudient un marché d'assurance concurrentiel dans lequel chaque assuré connaît son propre niveau de risque, mais pas l'assureur. Si l'assureur propose un contrat unique au prix correspondant au risque moyen, les assurés à faible risque le jugent trop cher et y renoncent ; ne restent que les hauts risques, ce qui oblige à relever la prime. Pour échapper à cette sélection adverse, les assureurs proposent des menus de contrats : une couverture complète et chère, que choisissent les hauts risques, et une couverture partielle, avec franchise, moins chère, que préfèrent les bas risques. Chacun révèle ainsi son type par son choix. Mais les bas risques ne peuvent plus s'assurer complètement, et les auteurs montrent que, dans certains cas, aucun équilibre stable n'existe sur ce marché.

À l'aide du document et de vos connaissances, vous montrerez que les asymétries d'information limitent l'efficacité de l'assurance et expliquerez comment on peut y répondre.

  1. À partir du texte, définissez l'aléa moral et la sélection adverse, en précisant à quel moment du contrat chacun intervient.
  2. Expliquez le mécanisme par lequel la sélection adverse peut faire disparaître un marché d'assurance.
  3. Donnez un exemple réel de réponse à chacun des deux problèmes.
  4. En quoi ces analyses permettent-elles de justifier une assurance maladie obligatoire, et quelle limite demeure ?
Voir la réponse rédigée

1. L'aléa moral est la modification du comportement de l'assuré une fois le contrat signé : selon Arrow, une personne dont les soins sont remboursés « tend à en consommer davantage ». Il intervient après le contrat et porte sur un comportement que l'assureur ne peut observer. La sélection adverse intervient avant le contrat : l'assuré connaît son niveau de risque, pas l'assureur. Elle porte sur une caractéristique cachée, et non sur un comportement.

2. Le texte décrit une spirale. L'assureur, faute d'information, fixe une prime au niveau du risque moyen. Pour les bas risques, cette prime est supérieure à leur perte attendue : ils renoncent à s'assurer. Le groupe des assurés ne comprend plus que des hauts risques, dont les sinistres coûtent plus que prévu ; l'assureur doit relever la prime, ce qui fait partir les assurés les moins risqués parmi ceux qui restent. À chaque tour, la prime augmente et la clientèle se réduit, jusqu'à ce que le marché ne couvre plus que les plus hauts risques, ou disparaisse.

3. Contre l'aléa moral, l'assurance maladie laisse une part du coût au patient : ticket modérateur, participation forfaitaire (depuis 2005), franchises médicales sur les boîtes de médicaments (depuis 2008) ; en assurance automobile, le coefficient bonus-malus récompense les conducteurs sans sinistre. Contre la sélection adverse, on trouve les menus de contrats décrits par le texte (formules avec ou sans franchise), le questionnaire médical, et les contrats collectifs : depuis le 1er janvier 2016, les employeurs doivent proposer une complémentaire santé à tous leurs salariés, qui réunit bons et mauvais risques dans un même groupe.

4. Si l'assurance maladie est obligatoire, les bas risques ne peuvent plus la quitter : la spirale de la sélection adverse est impossible, et la cotisation peut être fixée selon le revenu plutôt que selon l'état de santé. C'est ce que fait la Sécurité sociale depuis 1945, et la PUMa depuis 2016 pour tous les résidents. Mais l'obligation ne résout pas l'aléa moral : une couverture étendue peut encourager la consommation de soins. D'où l'arbitrage entre protection et responsabilisation : laisser trop de coût au patient risque de décourager les soins utiles, surtout chez les plus modestes.

Ce que cette analyse apprend — Tirer du texte des définitions précises, reconstituer un mécanisme par étapes, puis appliquer la théorie à des dispositifs réels.

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