Thème 4 — Axe 1 : les grandes révolutions techniques de l'information
Imprimerie et presse, radio et télévision, Internet : diffusion de l'information et lecteurs (spécialité HGGSP de 1re)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en première sur « Thème 4 — Axe 1 : les grandes révolutions techniques de l'information » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce qu'une révolution technique de l'information ?, L'imprimerie de Gutenberg : une révolution du livre (1450-1600), De la gazette au journal à un sou (1631-1914), La radio : l'information en direct et par la voix (1920-1970). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité HGGSP.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Tocqueville : à quoi sert un journal dans une société démocratique ?
Facile
Texte d'époque · extrait d'un essai de philosophie politique · Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome II, deuxième partie, chapitre VI « Du rapport des associations et des journaux », Paris, Charles Gosselin, 1840.
Tocqueville a voyagé aux États-Unis en 1831-1832, où les journaux bon marché se multiplient (la « penny press » new-yorkaise naît en 1833). Il publie ce second tome en 1840, quatre ans après le lancement de La Presse de Girardin, pour un public de lecteurs cultivés français.
« Quand les hommes ne sont plus liés entre eux d'une manière solide et permanente, on ne saurait obtenir d'un grand nombre d'agir en commun, à moins de persuader à chacun de ceux dont le concours est nécessaire que son intérêt particulier l'oblige à unir volontairement ses efforts aux efforts de tous les autres. Cela ne peut se faire habituellement et commodément qu'à l'aide d'un journal ; il n'y a qu'un journal qui puisse venir déposer au même moment dans mille esprits la même pensée. Un journal est un conseiller qu'on n'a pas besoin d'aller chercher, mais qui se présente de lui-même et qui vous parle tous les jours et brièvement de l'affaire commune, sans vous déranger de vos affaires particulières. Les journaux deviennent donc plus nécessaires à mesure que les hommes sont plus égaux, et l'individualisme plus à craindre. Ce serait diminuer leur importance que de croire qu'ils ne servent qu'à garantir la liberté ; ils maintiennent la civilisation. »
Analysez ce document en montrant le rôle que Tocqueville attribue au journal dans une société démocratique, puis confrontez son point de vue à l'évolution de la presse au XIXe siècle.
Présentez le document : auteur, nature, date et contexte.
Quelles caractéristiques du journal Tocqueville met-il en avant ?
Pourquoi les journaux sont-ils, selon lui, « plus nécessaires à mesure que les hommes sont plus égaux » ?
En quoi ce texte annonce-t-il la presse de masse, et quelles limites présente son point de vue ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce texte est extrait du second tome de De la démocratie en Amérique, publié en 1840 par Alexis de Tocqueville, magistrat et penseur libéral qui a observé la société américaine lors d'un voyage en 1831-1832. C'est un essai de philosophie politique, non un article de presse : l'auteur réfléchit, pour un public cultivé, aux effets de l'égalité des conditions. Il écrit au moment où la presse se transforme des deux côtés de l'Atlantique : journaux à un cent à New York depuis 1833, La Presse de Girardin à Paris depuis 1836.
2. Tocqueville insiste d'abord sur la simultanéité : le journal peut « déposer au même moment dans mille esprits la même pensée ». Il souligne ensuite la périodicité et la brièveté : le journal « vous parle tous les jours et brièvement ». Enfin, il en fait un médiateur commode, un « conseiller qu'on n'a pas besoin d'aller chercher », qui traite de « l'affaire commune ». Le journal est donc à la fois un support d'information et un instrument de coordination de l'action collective, lié aux associations.
3. Dans une société aristocratique, les hommes sont liés par des hiérarchies stables : le seigneur, la corporation, la paroisse organisent l'action commune. Dans une société démocratique, ces liens se défont ; chacun, égal aux autres, tend à se replier sur « ses affaires particulières », ce que Tocqueville appelle l'individualisme. Le journal recrée un lien entre des individus isolés : il leur donne un sujet commun et les pousse à « agir en commun ». D'où la formule finale : les journaux ne garantissent pas seulement la liberté, « ils maintiennent la civilisation ».
4. Le texte annonce la presse de masse : un journal quotidien, lu par un public nombreux qui partage au même moment les mêmes nouvelles. Cette intuition se réalise avec Le Petit Journal (1863), qui approche le million d'exemplaires vers 1890, puis, au XXe siècle, avec la radio, qui réalise mieux encore la simultanéité. Mais le point de vue a des limites. En 1840, la presse française reste chère : même à 40 francs par an, l'abonnement à La Presse est hors de portée d'un ouvrier, et une large part de la population sait mal lire. Tocqueville ignore aussi la dimension commerciale : Girardin finance déjà son journal par la publicité et fidélise ses lecteurs par le roman-feuilleton. Enfin, le verbe « déposer » suppose un lecteur passif, alors que les lecteurs choisissent, discutent et interprètent ce qu'ils lisent.
Ce que cette analyse apprend — Identifier dans un texte théorique les fonctions attribuées à un média, puis confronter ces idées aux faits datés de l'époque.
Document 2 — Victor Hugo : « Ceci tuera cela »
Moyen
Texte littéraire · digression d'un roman historique · Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, livre cinquième, chapitre II « Ceci tuera cela », chapitre ajouté dans l'édition définitive de 1832, Paris, Eugène Renduel.
Le roman se déroule à Paris en 1482 : l'archidiacre Claude Frollo, montrant un livre imprimé puis la cathédrale, prononce « Ceci tuera cela ». Dans ce chapitre ajouté en 1832, le narrateur explique la formule pour les lecteurs de la monarchie de Juillet, à une époque où la presse est en plein essor.
« Ceci tuera cela. Le livre tuera l'édifice. […] L'invention de l'imprimerie est le plus grand événement de l'histoire. C'est la révolution mère. C'est le mode d'expression de l'humanité qui se renouvelle totalement, c'est la pensée humaine qui dépouille une forme et en revêt une autre, c'est le complet et définitif changement de peau de ce serpent symbolique qui, depuis Adam, représente l'intelligence. Sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais ; elle est volatile, insaisissable, indestructible. Elle se mêle à l'air. Du temps de l'architecture, elle se faisait montagne et s'emparait puissamment d'un siècle et d'un lieu. Maintenant elle se fait troupe d'oiseaux, s'éparpille aux quatre vents, et occupe à la fois tous les points de l'air et de l'espace. »
Analysez ce document en montrant comment Victor Hugo interprète la révolution de l'imprimerie, puis portez un regard critique d'historien sur cette interprétation.
Présentez le document en distinguant la date de l'action et la date de l'écriture.
Expliquez la formule « Ceci tuera cela. Le livre tuera l'édifice ».
Pourquoi Hugo fait-il de l'imprimerie « la révolution mère » ? Appuyez-vous sur les images du texte.
En quoi cette interprétation doit-elle être nuancée par l'historien ?
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'un extrait de Notre-Dame de Paris, roman historique de Victor Hugo, chef de file du romantisme. Il faut distinguer deux dates : l'action se situe en 1482, une trentaine d'années après l'invention de Gutenberg ; le chapitre est écrit et publié en 1832, dans l'édition définitive. Ce n'est donc pas une source sur le XVe siècle mais un regard du XIXe siècle sur l'imprimerie : une digression où le narrateur prend la parole pour expliquer la formule de l'archidiacre Frollo.
2. « Ceci » désigne le livre imprimé, « cela » la cathédrale. Au Moyen Âge, l'édifice religieux est un « livre de pierre » : sculptures et vitraux transmettent l'histoire sainte à une population qui ne lit pas. Hugo affirme que l'imprimé va remplacer l'architecture comme principal mode d'expression de la pensée humaine : « Le livre tuera l'édifice ». La formule est aussi celle d'un clerc inquiet : l'imprimerie menace le monopole de l'Église sur le savoir.
3. Hugo parle de « révolution mère » parce que l'imprimerie en engendrerait d'autres : dans la pensée libérale du XIXe siècle, elle rend possibles la Réforme, les Lumières et la Révolution française. Les images le montrent. La métaphore du « changement de peau de ce serpent » dit une mutation totale de la forme, non du fond. L'opposition entre la « montagne » et la « troupe d'oiseaux » oppose la pensée fixée dans un lieu et un siècle à la pensée multipliée, qui « s'éparpille aux quatre vents ». La série « volatile, insaisissable, indestructible » souligne l'effet de la reproduction en nombre : un texte tiré à des centaines d'exemplaires ne peut plus être détruit en une seule fois.
4. L'historien nuance d'abord la chronologie : la révolution de l'imprimé est lente. Les incunables représentent de l'ordre de 30 000 éditions avant 1501, mais la majorité de la population ne lit pas : vers 1786-1790, moins d'un Français sur deux signe son acte de mariage. Ensuite, le manuscrit survit longtemps et l'architecture n'est pas « tuée » : on construit encore des églises. Enfin, la thèse d'une imprimerie « agent de changement » (Elizabeth Eisenstein, 1979) est discutée par des historiens comme Adrian Johns (1998), qui insistent sur les erreurs et les contrefaçons des premiers imprimés. Le texte vaut donc surtout comme témoignage de la croyance du XIXe siècle dans le pouvoir de l'imprimé, au moment même où naît la presse à grand tirage (La Presse, 1836).
Ce que cette analyse apprend — Distinguer la date des faits évoqués et la date de l'écriture, pour lire un texte littéraire comme le témoignage de son époque.
Document 3 — La diffusion d'Internet dans le monde (1995-2023)
Moyen
Tableau statistique · Tableau construit d'après les estimations de l'Union internationale des télécommunications (UIT), notamment Measuring digital development – Facts and Figures 2023 ; valeurs arrondies, ordres de grandeur.
L'UIT est l'agence des Nations unies chargée des télécommunications ; elle compile les données fournies par les États et les enquêtes nationales. Ces chiffres sont des estimations, plus fiables pour les pays riches que pour les pays pauvres.
Année
Internautes dans le monde (ordre de grandeur)
Part de la population mondiale
1995
environ 16 millions
moins de 1 %
2005
environ 1 milliard
environ 16 %
2010
environ 2 milliards
environ 29 %
2015
environ 3,2 milliards
environ 43 %
2023
environ 5,4 milliards
67 %
En 2023
Part de la population utilisant Internet
Pays à revenu élevé
93 %
Pays à faible revenu
27 %
Un internaute est, pour l'UIT, une personne qui a utilisé Internet au moins une fois au cours des trois derniers mois.
Analysez ce document en montrant l'ampleur et le rythme de la diffusion d'Internet, puis les limites de l'idée d'une information mondialisée.
Décrivez l'évolution du nombre d'internautes entre 1995 et 2023.
Par combien le nombre d'internautes a-t-il été multiplié entre 1995 et 2023 ?
Expliquez le rythme de cette diffusion à l'aide de vos connaissances.
Que révèle le second tableau, et quelles sont les limites de ce document ?
Voir la réponse rédigée
1. Le nombre d'internautes passe d'environ 16 millions en 1995, moins de 1 % de la population mondiale, à environ 5,4 milliards en 2023, soit 67 % de l'humanité. La croissance est continue et très rapide : environ un milliard d'internautes en 2005, deux en 2010, plus de trois en 2015. La barre de la moitié de l'humanité connectée est franchie entre 2015 et 2023. En moins de trente ans, Internet passe d'un outil de spécialistes à un média majoritaire.
2. 5,4 milliards divisés par 16 millions donnent environ 340 : le nombre d'internautes a été multiplié par environ 340 en vingt-huit ans. En part de la population, on passe de moins de 1 % à 67 %. À titre de comparaison, il a fallu plusieurs décennies à la télévision pour équiper sept foyers français sur dix (vers 1970), et dans un seul pays.
3. En 1995, Internet existe depuis l'adoption de TCP/IP (1983), mais il vient seulement de s'ouvrir au grand public avec le Web, versé dans le domaine public par le CERN le 30 avril 1993, et le navigateur Mosaic (1993). Les années 2000 voient l'essor du haut débit dans les pays riches et de services comme Google (1998) ou Wikipédia (2001). Après 2007, le smartphone et les réseaux mobiles permettent la connexion sans ordinateur ni ligne fixe : c'est ce qui explique la forte croissance des années 2010 en Asie et en Afrique.
4. Le second tableau révèle une fracture numérique : en 2023, 93 % de la population des pays à revenu élevé utilise Internet, contre 27 % dans les pays à faible revenu, soit plus de trois fois moins. L'information « mondialisée » ne l'est donc pas pour tous. Le document a aussi des limites : ce sont des estimations arrondies ; la définition de l'internaute est large (une seule utilisation en trois mois suffit) ; il ne dit rien de la qualité de la connexion, ni des usages, ni de la place d'Internet parmi les sources d'information. Il mesure un accès, pas une manière de s'informer.
Ce que cette analyse apprend — Décrire une évolution chiffrée, calculer un coefficient multiplicateur, expliquer par des repères datés, puis interroger la définition des données.
Document 4 — Le général de Gaulle au micro de la BBC
Difficile
Photographie de presse · document iconographique · Photographie du général de Gaulle dans un studio de la BBC, Londres, 1941 ; souvent reproduite avec la légende erronée « Appel du 18 juin 1940 ».
En juin 1940, la France est vaincue ; le gouvernement Pétain demande l'armistice le 17 juin. Le général de Gaulle, presque inconnu du grand public, obtient de Churchill l'accès à la BBC pour s'adresser aux Français.
Description. Photographie en noir et blanc, en plan rapproché. Le général de Gaulle, en uniforme, est assis à une table, des feuillets devant lui. Il parle face à un microphone portant les lettres « BBC ». Le décor est neutre : rien n'indique la date ni le lieu précis, hormis le sigle de la radio britannique.
Données complémentaires. Le 18 juin 1940, le général de Gaulle, arrivé à Londres la veille, lit un appel à poursuivre la guerre sur les ondes de la BBC. Ce discours n'a été ni filmé, ni photographié, ni enregistré ; le discours du 22 juin 1940, en revanche, a été enregistré. L'affiche « À tous les Français », placardée à Londres au cours de l'été 1940, est souvent confondue avec l'appel du 18 juin. En 1939, la France compte de l'ordre de 5 millions de postes de radio.
Analysez ce document en montrant ce qu'il révèle du rôle de la radio pendant la Seconde Guerre mondiale, et en exerçant un regard critique sur sa légende habituelle.
Identifiez le document et montrez pourquoi la légende « Appel du 18 juin 1940 » est erronée.
Qu'apporte la radio au général de Gaulle en juin 1940 ?
Pourquoi l'appel du 18 juin, peu entendu sur le moment, est-il devenu un événement fondateur ?
Quelle leçon de méthode ce document apporte-t-il sur l'usage des images dans l'information ?
Voir la réponse rédigée
1. C'est une photographie de presse montrant le général de Gaulle parlant au micro de la BBC, à Londres. Elle est souvent présentée comme l'image de l'appel du 18 juin 1940, mais cette légende est fausse : les données complémentaires précisent que l'appel n'a été ni photographié, ni filmé, ni même enregistré. La photographie a été prise plus tard, en 1941, lors d'une autre allocution. L'image elle-même ne porte aucune date : c'est la légende qui lui attribue un sens, et ici une fausse date.
2. La radio donne au général de Gaulle ce qu'aucun autre média ne pouvait lui offrir en juin 1940. Elle franchit les frontières et les lignes de front : depuis Londres, il peut parler à des Français restés en France, alors que la presse et les imprimés sont soumis au vainqueur. Elle transmet une voix : un inconnu peut se faire entendre directement, sans intermédiaire. Elle touche, potentiellement, les foyers équipés de l'un des quelque 5 millions de postes que compte la France en 1939. Radio Londres, avec l'émission « Les Français parlent aux Français », devient ensuite un rendez-vous régulier de la France libre.
3. Sur le moment, l'appel est peu entendu : il est lu le soir, par un général inconnu, en pleine débâcle. Il devient fondateur par la répétition (nouveaux discours dès le 22 juin, émissions quotidiennes), par sa reprise écrite (l'affiche « À tous les Français », avec laquelle il est souvent confondu) et par la mémoire construite après 1944, qui fait du 18 juin l'acte de naissance de la Résistance extérieure. Cela montre qu'un média ne crée pas seul l'événement : c'est la diffusion répétée et la mémoire qui lui donnent son importance.
4. Ce document apprend à distinguer une image, sa date réelle et sa légende. Une photographie n'est pas une preuve en soi : sortie de son contexte, elle peut illustrer un événement qu'elle ne montre pas. Face à toute image d'information, il faut donc se demander qui l'a prise, quand, dans quel but, et qui l'a légendée. Cette vigilance, née de l'analyse des documents du XXe siècle, vaut plus encore à l'heure où les images circulent sans légende sur Internet.
Ce que cette analyse apprend — Critiquer une image en séparant ce qu'elle montre, sa date réelle et la légende qu'on lui attribue.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.