Ce lexique sur « Métropole et colonies » en première donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Des conquêtes à l'empire (1830-1912), Pourquoi coloniser ? Justifications et débats, Dominer : territoires, statuts et régime de l'indigénat, Exploiter : terres, travail et commerce. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de devoir. Les repères d'analyse sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de première.
Colonisation
Processus par lequel un État prend possession d'un territoire extérieur, le domine politiquement, l'exploite économiquement et parfois y installe des colons.
À ne pas confondre
Impérialisme — Domination plus large, qui peut rester économique ou diplomatique sans occupation du territoire (l'influence française dans l'Empire ottoman, par exemple).
Selon l'époque et le point de vue — Les contemporains parlent volontiers de « politique coloniale » ou d'« expansion coloniale », comme Ferry en 1885 ; le mot « colonisation » désigne alors aussi la seule installation de colons.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile dans tout sujet sur l'empire. Faute à éviter : réduire la colonisation au peuplement, qui ne concerne vraiment que l'Algérie.
Métropole
L'État colonisateur vu depuis ses colonies : pour la France, le territoire européen où siègent le gouvernement et le Parlement.
À ne pas confondre
« Mère patrie » — Expression affective de l'époque, qui présente la domination comme une relation familiale : elle se cite entre guillemets, on ne l'emploie pas à son compte.
Selon l'époque et le point de vue — Du grec « cité-mère » ; le mot s'impose au XIXe siècle dans le vocabulaire administratif colonial.
Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable pour le sujet « Métropole et colonies ». Faute à éviter : croire que tout se décide à Paris, alors que gouverneurs, militaires et colons pèsent lourd sur place.
Empire colonial
Ensemble des territoires dominés par une puissance hors de ses frontières, quel que soit leur statut (colonies, protectorats, départements algériens).
À ne pas confondre
Second Empire — Régime politique de Napoléon III (1852-1870), sans rapport avec le sens territorial : la IIIe République, elle, possède un empire sans être un empire.
Selon l'époque et le point de vue — L'expression se généralise à la fin du XIXe siècle ; l'entre-deux-guerres parle volontiers de « la plus grande France ».
Ce que le mot permet d'écrire — Terme englobant pour les sujets de synthèse. Faute à éviter : parler d'empire homogène, alors que les statuts sont très variés.
Colonie de peuplement
Colonie où s'installe durablement une population européenne nombreuse, qui s'approprie une part importante des terres.
À ne pas confondre
Colonie d'exploitation — Colonie où les Européens, peu nombreux (administrateurs, militaires, commerçants), exploitent les ressources et le travail des colonisés, comme en AOF ou en Indochine.
Selon l'époque et le point de vue — Distinction courante chez les théoriciens de la colonisation dès la fin du XIXe siècle, reprise par les historiens.
Ce que le mot permet d'écrire — L'Algérie est l'exemple type (environ 750 000 Européens en 1911). Faute à éviter : en faire un modèle général de l'empire.
Protectorat
Forme de domination où le souverain local est maintenu, mais où la puissance protectrice, par un résident général, contrôle la diplomatie, l'armée, les finances et l'essentiel de l'administration.
À ne pas confondre
Colonie — Dans une colonie, l'État colonisateur administre directement et le souverain local disparaît (Madagascar après 1896).
Selon l'époque et le point de vue — Fondé sur un traité : Bardo (1881) pour la Tunisie, Hué (1884) pour l'Annam-Tonkin, Fès (1912) pour le Maroc.
Ce que le mot permet d'écrire — Précieux pour nuancer une composition. Faute à éviter : y voir une forme d'indépendance ou une domination « douce ».
Indigène
Dans le vocabulaire colonial, habitant originaire d'un territoire colonisé, soumis à un statut juridique distinct de celui des Européens.
À ne pas confondre
Autochtone — Terme neutre qui désigne la population d'origine, sans la catégorie juridique inférieure que porte « indigène » à l'époque.
Selon l'époque et le point de vue — Le mot, neutre à l'origine, devient une catégorie de droit : « infractions spéciales à l'indigénat » (1881), « indigènes musulmans » (1865).
Ce que le mot permet d'écrire — À employer entre guillemets ou pour citer les textes. Faute à éviter : l'utiliser comme un mot neutre dans sa propre analyse.
Sujet colonial
Colonisé qui relève de la souveraineté française (il est national) sans disposer des droits du citoyen : ni vote, ni égalité devant la loi.
À ne pas confondre
Citoyen — Le citoyen jouit des droits civils et politiques ; en Algérie, être « Français » (1865) ne fait pas de vous un citoyen.
Selon l'époque et le point de vue — Le sénatus-consulte de 1865 fixe la distinction pour l'Algérie ; elle s'applique ensuite, sous d'autres formes, à tout l'empire.
Ce que le mot permet d'écrire — Clé des sujets sur la situation des colonisés. Faute à éviter : écrire que les colonisés sont « étrangers » : ils sont nationaux, mais sans droits.
Statut personnel
Règles de droit (mariage, divorce, héritage) qui relèvent du droit musulman ou coutumier pour les colonisés ; en Algérie, le conserver ferme l'accès à la citoyenneté.
À ne pas confondre
Statut civil de droit commun — Celui des citoyens, réglé par le Code civil ; le décret Crémieux y fait passer les Juifs d'Algérie en 1870.
Selon l'époque et le point de vue — Le sénatus-consulte de 1865 fait de la renonciation au statut personnel la condition de la naturalisation.
Ce que le mot permet d'écrire — Explique pourquoi si peu de musulmans deviennent citoyens. Faute à éviter : croire que la France leur offrait simplement la citoyenneté.
Régime (ou « code ») de l'indigénat
Ensemble de textes permettant aux administrateurs de punir sans jugement des infractions propres aux colonisés, et d'imposer internements, amendes collectives et séquestres.
À ne pas confondre
Code pénal — Le Code pénal s'applique à tous et prévoit un juge ; l'indigénat ne vise que les colonisés et confie la sanction à l'administration.
Selon l'époque et le point de vue — Loi du 28 juin 1881 pour l'Algérie, étendue ensuite sous des formes variées aux autres colonies ; supprimé en 1944-1946.
Ce que le mot permet d'écrire — Exemple central de la contradiction républicaine. Faute à éviter : parler d'un code unique rédigé d'un bloc.
Mission civilisatrice
Justification selon laquelle la colonisation apporterait aux peuples colonisés le progrès, l'instruction, la santé et la paix.
À ne pas confondre
Politique d'assimilation — La mission civilisatrice est un discours de justification ; l'assimilation est un projet administratif et juridique, rarement appliqué.
Selon l'époque et le point de vue — Formulée par Ferry en 1885 comme le « devoir de civiliser les races inférieures » ; très présente dans la presse et les expositions.
Ce que le mot permet d'écrire — À confronter aux pratiques (indigénat, travail forcé). Faute à éviter : la reprendre à son compte, ou la traiter comme une simple hypocrisie sans voir qu'elle était sincèrement partagée.
Assimilation
Projet de rapprocher les colonies de la métropole jusqu'à les confondre : mêmes institutions, même droit, à terme mêmes droits pour les habitants.
À ne pas confondre
Association — Doctrine défendue vers 1910 (Jules Harmand, Domination et colonisation, 1910) : gouverner en s'appuyant sur les structures locales, sans viser l'égalité.
Selon l'époque et le point de vue — Héritée de la Révolution ; appliquée aux vieilles colonies en 1848 et, pour les institutions seulement, à l'Algérie.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour montrer l'écart entre principe et réalité. Faute à éviter : affirmer que la France pratiquait l'assimilation des colonisés.
« Parti colonial »
Groupe de pression, et non parti politique, réunissant élus, militaires, savants et hommes d'affaires favorables à l'expansion.
À ne pas confondre
Parti politique — Le parti colonial ne présente pas de candidats : il agit par comités, revues et groupe parlementaire transpartisan.
Selon l'époque et le point de vue — Comité de l'Afrique française (1890), groupe colonial de la Chambre (1892, Eugène Étienne), Union coloniale (1893) ; étudié par Ch.-R. Ageron (1978).
Ce que le mot permet d'écrire — Nuance l'idée d'un peuple entier colonialiste. Faute à éviter : lui donner une existence électorale.
Pacte colonial
Principe selon lequel les colonies fournissent des matières premières à la métropole et lui achètent ses produits manufacturés, sous protection douanière.
À ne pas confondre
Exclusif — Système de l'Ancien Régime qui réservait tout le commerce des colonies à la métropole ; aboli au XIXe siècle, il renaît sous une forme atténuée avec le tarif Méline (1892).
Selon l'époque et le point de vue — L'expression sert à la fois aux défenseurs de l'empire et à ses critiques.
Ce que le mot permet d'écrire — Pour la partie économique d'une composition. Faute à éviter : affirmer que l'empire enrichit toute l'économie française avant 1914.
Travail forcé
Travail imposé aux colonisés sous la contrainte : prestations gratuites dues à l'administration, portage, récolte obligatoire (caoutchouc au Congo).
À ne pas confondre
Esclavage — Aboli dans les colonies françaises en 1848 : le travailleur forcé n'est pas une propriété, mais il ne peut refuser le travail exigé.
Selon l'époque et le point de vue — Généralisé en Afrique à la fin du XIXe siècle ; les scandales du Congo (1903-1905) le révèlent à l'opinion.
Ce que le mot permet d'écrire — Preuve de l'écart entre mission civilisatrice et pratiques. Faute à éviter : le confondre avec l'esclavage ou le taire.
Culture coloniale
Ensemble des images, savoirs, spectacles et stéréotypes par lesquels l'empire est présenté aux habitants de la métropole.
À ne pas confondre
Propagande coloniale — La propagande est organisée par l'État ou le parti colonial ; la culture coloniale est plus diffuse (romans, réclames, jeux, chansons).
Selon l'époque et le point de vue — Notion développée dans les années 2000 par P. Blanchard, N. Bancel et S. Lemaire.
Ce que le mot permet d'écrire — Pour les sujets sur la place de l'empire dans la société. Faute à éviter : en conclure que tous les Français étaient passionnés par les colonies.
Anticolonialisme
Opposition à la colonisation, soit dans son principe, soit dans ses méthodes.
À ne pas confondre
Nationalisme des colonisés — Revendication d'indépendance d'un peuple colonisé ; avant 1914, elle reste rare, les élites réclamant surtout des droits.
Selon l'époque et le point de vue — En 1885, Clemenceau conteste la politique de Ferry ; vers 1900, socialistes et écrivains (Vigné d'Octon, 1900) dénoncent surtout les abus.
Ce que le mot permet d'écrire — Pour la partie « contestations ». Faute à éviter : présenter Clemenceau ou Jaurès comme partisans de l'indépendance des colonies.
Les repères du programme
Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.
Métropole / colonies
Deux pôles d'une même domination : décisions, capitaux et représentations d'un côté ; territoires, ressources et populations dominés de l'autre.
Ce qu'il débloque — Oblige à étudier les deux côtés et leurs interactions, pas seulement Paris.
Exemple — Sur le sujet « Métropole et colonies (1880-1914) », il permet de consacrer une partie à la culture coloniale en France et une autre aux sociétés colonisées.
Citoyen / sujet
Distinction juridique qui fonde l'inégalité coloniale : droits politiques pour les uns, régime d'exception pour les autres.
Ce qu'il débloque — Sert à décrire la situation des colonisés avec précision.
Exemple — Sur le sujet « L'Algérie coloniale », il permet d'opposer le décret Crémieux (1870) au sénatus-consulte (1865) et à l'indigénat (1881).
Discours / pratiques
Écart entre la mission civilisatrice proclamée et la réalité de la conquête, du travail forcé et de l'indigénat.
Ce qu'il débloque — Structure une partie critique sans tomber dans le jugement moral.
Exemple — Sur un sujet consacré aux justifications, il permet de confronter le discours de Ferry (1885) à l'affaire Toqué-Gaud (1903).
Assimilation / association
Deux doctrines de gouvernement colonial : rapprocher les colonies de la métropole, ou gouverner par les structures locales.
Ce qu'il débloque — Montre que la République hésite et choisit, dans les faits, la différenciation.
Exemple — Sur le sujet « Gouverner l'empire », il permet d'opposer les départements algériens aux protectorats de Tunisie et du Maroc.
Domination / résistance
Toute domination suscite des réponses : révoltes armées, refus quotidiens, revendications politiques.
Ce qu'il débloque — Rend aux colonisés leur place d'acteurs.
Exemple — Sur le sujet « Les colonisés face à la domination française », il permet de passer de Mokrani (1871) aux Jeunes Algériens (1912).
Continuité / rupture
La République prolonge une expansion commencée par la monarchie et l'Empire, mais en change l'échelle et les justifications.
Ce qu'il débloque — Utile en introduction et pour bien borner un sujet.
Exemple — Sur le sujet « La République et l'empire », il permet de rappeler 1830 et 1862 avant d'insister sur l'accélération des années 1880.
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