À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en première sur « Métropole et colonies » suit le programme officiel d'histoire-géographie de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Des conquêtes à l'empire (1830-1912), Pourquoi coloniser ? Justifications et débats, Dominer : territoires, statuts et régime de l'indigénat, Exploiter : terres, travail et commerce. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en histoire-géographie.
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — Métropole et colonies : la République et son empire de 1880 à 1914
Analyse des termes — La métropole est la France européenne, où se prennent les décisions ; les colonies désignent au sens large tous les territoires dominés (colonies, protectorats, départements algériens). Les bornes vont de la relance de l'expansion par Ferry (1880-1881) à la veille de la Grande Guerre, quand l'empire atteint son extension d'avant-guerre après le protectorat marocain (1912).
Problématique — Comment la République, qui se réclame de la liberté et de l'égalité, conquiert-elle, organise-t-elle et justifie-t-elle une domination fondée sur l'inégalité, et dans quelle mesure cette domination est-elle contestée ?
Introduction rédigéeLe 28 juillet 1885, devant la Chambre des députés, Jules Ferry affirme que les « races supérieures » ont « le devoir de civiliser les races inférieures ». Quinze ans plus tôt, la République avait été proclamée au nom de la liberté et de l'égalité. La métropole désigne ici la France européenne, siège du pouvoir ; les colonies, au sens large, l'ensemble des territoires qu'elle domine hors d'Europe, qu'il s'agisse de colonies proprement dites, de protectorats comme la Tunisie ou des départements algériens. Entre 1880, quand les républicains relancent l'expansion, et 1914, la France se dote du deuxième empire colonial du monde, de l'Afrique à l'Indochine. Comment la République, qui se réclame de la liberté et de l'égalité, conquiert-elle, organise-t-elle et justifie-t-elle une domination fondée sur l'inégalité, et dans quelle mesure cette domination est-elle contestée ? Nous verrons d'abord comment la République bâtit son empire par la conquête, puis comment elle organise une domination inégalitaire, avant de montrer comment elle la justifie, la diffuse en métropole et se heurte à des contestations.
I. Une République conquérante (1880-1912)
- Les républicains relancent l'expansion après la défaite de 1870.Protectorat sur la Tunisie (traité du Bardo, 12 mai 1881) ; conquête du Tonkin (1883-1885) ; Union indochinoise (1887).
- La France prend une large part du partage de l'Afrique.Conférence de Berlin (1884-1885) ; AOF (1895) ; annexion de Madagascar (1896) ; capture de Samory (1898).
- Les rivalités entre puissances rythment l'achèvement de l'empire.Fachoda (1898) face aux Britanniques ; crises marocaines (1905, 1911) ; traité de Fès (30 mars 1912).
II. Une domination fondée sur l'inégalité
- Des territoires aux statuts différents, gouvernés depuis Paris et sur place.Départements algériens (1848) ; protectorats avec résident général ; ministère des Colonies (1894).
- Des sujets privés des droits du citoyen et soumis à un régime d'exception.Sénatus-consulte de 1865 ; loi sur l'indigénat du 28 juin 1881 ; citoyenneté réservée aux vieilles colonies et aux Quatre communes.
- Une exploitation des terres, du travail et des ressources.Loi Warnier (1873) ; compagnies concessionnaires du Congo (1899) ; monopoles de Doumer en Indochine (1897-1902) ; tarif Méline (1892).
III. Justifier, diffuser, contester
- Des justifications formulées au Parlement et relayées par un groupe de pression.Discours de Ferry (28 juillet 1885) ; groupe colonial de la Chambre (1892) ; Union coloniale (1893).
- Une culture coloniale qui installe l'empire dans l'imaginaire métropolitain.Expositions universelles de 1889 et 1900 ; exhibitions du Jardin d'acclimatation depuis 1877 ; Petit Journal (19 novembre 1911).
- Une domination contestée, dans les colonies comme en métropole.Clemenceau (30 juillet 1885) ; Mokrani (1871), Cần Vương (1885-1896) ; affaire Toqué-Gaud (1903) ; Jeunes Algériens (1912).
Conclusion rédigéeDe 1880 à 1914, la République a donc conquis un immense empire, de la Tunisie au Maroc et du Tonkin à Madagascar. Elle y a organisé une domination fondée sur la distinction entre citoyens et sujets, sur le régime de l'indigénat et sur l'exploitation des terres et du travail. Pour la justifier, elle a mobilisé l'idée de mission civilisatrice, relayée par le parti colonial et par une culture coloniale qui fait de l'empire une évidence pour les Français. Cette contradiction avec les principes républicains n'est pas passée inaperçue : colonisés en armes, élites réclamant des droits, radicaux et socialistes dénonçant les abus l'ont soulignée, sans remettre en cause l'existence même de l'empire. La Grande Guerre, qui mobilise des centaines de milliers de soldats et de travailleurs coloniaux, va poser la question avec une force nouvelle : que doit la République à ceux qui combattent pour elle sans être ses citoyens ?
Le piège — Raconter les conquêtes pendant toute la copie : le sujet porte sur la relation entre métropole et colonies, donc aussi sur les statuts, l'exploitation, les représentations en France et les réactions des colonisés.
Sujet 2 — L'Algérie, une colonie de peuplement sous la IIIe République (1870-1914)
Analyse des termes — Une colonie de peuplement est un territoire où s'installe durablement une population européenne nombreuse qui s'approprie une part des terres ; l'Algérie, conquise à partir de 1830 et divisée en départements depuis 1848, en est le seul grand exemple français. Les bornes vont du décret Crémieux et de la fin du régime militaire (1870) à la veille de la Grande Guerre, au moment où la conscription des musulmans (1912) relance la question de leurs droits.
Problématique — Pourquoi l'Algérie, déclarée terre française, est-elle en même temps la colonie où l'inégalité entre Européens et colonisés est la plus fortement organisée, et comment cette situation est-elle contestée ?
Introduction rédigéeEn 1911, l'Algérie compte environ 750 000 « Européens » pour 4,7 millions de « musulmans » : une minorité d'un habitant sur sept y détient l'essentiel du pouvoir politique et une grande partie des meilleures terres. Conquise à partir de 1830 et divisée en trois départements depuis 1848, l'Algérie est la seule grande colonie de peuplement française, c'est-à-dire un territoire où s'installe durablement une population européenne nombreuse. De 1870, date du décret Crémieux et de l'installation d'un régime civil, à 1914, la IIIe République y approfondit à la fois l'intégration du territoire et la séparation des populations. Pourquoi l'Algérie, déclarée terre française, est-elle en même temps la colonie où l'inégalité entre Européens et colonisés est la plus fortement organisée, et comment cette situation est-elle contestée ? Nous montrerons d'abord que l'Algérie devient un territoire « français » peuplé d'Européens, puis que cette intégration repose sur une société inégalitaire, avant d'étudier les résistances et les débats qu'elle suscite.
I. Une Algérie « française » : un territoire intégré et peuplé d'Européens
- Un territoire rattaché aux institutions de la métropole.Trois départements depuis 1848 ; gouverneur général sous le ministère de l'Intérieur ; délégations financières (1898) et autonomie budgétaire (1900).
- Un peuplement européen en forte croissance, mais minoritaire.De 0,28 million d'Européens en 1872 à 0,75 million en 1911, soit environ 14 % de la population ; Alsaciens-Lorrains après 1871.
- Des naturalisations qui fabriquent une population de citoyens.Décret Crémieux (24 octobre 1870) pour les Juifs ; loi de 1889 pour les enfants d'Européens nés en Algérie.
II. Une société coloniale inégalitaire
- Les musulmans, Français sans être citoyens.Sénatus-consulte du 14 juillet 1865 : citoyenneté subordonnée à l'abandon du statut personnel ; quelques milliers de naturalisations avant 1914.
- Un régime pénal d'exception.Loi du 28 juin 1881 : infractions spéciales à l'indigénat punies sans jugement ; internement, amendes collectives, séquestre.
- Une dépossession foncière au profit des colons.Séquestre après 1871 ; loi Warnier (1873) ; essor du vignoble colonial dans les années 1880-1900 ; « impôts arabes ».
III. Une domination contestée et discutée
- La révolte armée et sa répression.Insurrection de Mokrani et de la confrérie Rahmaniya (1871) ; amende collective ; déportations en Nouvelle-Calédonie.
- L'émergence de revendications politiques.Jeunes Algériens : en 1912, ils demandent l'égalité des droits en échange de la conscription instaurée la même année.
- Des débats en métropole, sans remise en cause du principe.Commission sénatoriale présidée par Jules Ferry (1891-1892), critique envers le sort fait aux colonisés ; Clemenceau (1885).
Conclusion rédigéeEntre 1870 et 1914, la IIIe République fait donc de l'Algérie un prolongement administratif de la France, peuplé d'une minorité européenne en croissance, soudée par les naturalisations de 1870 et de 1889. Mais cette intégration du territoire va de pair avec l'exclusion de la majorité : les musulmans, Français sans être citoyens, sont soumis au régime de l'indigénat et dépossédés d'une partie de leurs terres. Révoltée en 1871, la société colonisée fait entendre au début du XXe siècle des revendications d'égalité, auxquelles la métropole répond par des enquêtes et des débats plus que par des réformes. La Première Guerre mondiale, qui mobilise des dizaines de milliers de soldats algériens, rend la question de leurs droits plus pressante encore.
Le piège — Écrire « les Algériens » sans préciser qui : à l'époque, le mot désigne souvent les Européens d'Algérie ; il faut distinguer Européens, Juifs devenus citoyens et musulmans, et ne pas croire que les départements rendent l'Algérie égalitaire.