Le « tempérament » désigne la constitution physiologique d’un individu, ce que le sang et les nerfs imposent, quand le « caractère » suppose une volonté, des valeurs, une intériorité morale. Le sujet met en tension le programme affiché par l’auteur et l’expérience réelle du lecteur, qui voit des êtres souffrir, calculer et se haïr.
La réduction des personnages à leur tempérament suffit-elle à rendre compte de ce que le roman donne à lire ?
Le plan en trois parties
Le roman applique à la lettre le programme annoncé
- Laurent est défini par ses appétits avant de l’être par ses actes : la paresse et le goût des jouissances faciles sont posés comme des données du corps, non comme des vices.le portrait de Laurent, chap. V
- Thérèse est décrite comme un organisme : ce qui se lit en elle, ce sont des muscles, une souplesse, une énergie contenue que rien encore n’a employée.la description de Thérèse jeune fille, chap. II
- L’auteur revendique explicitement cette substitution du tempérament au caractère comme la clé de tout le livre.la préface de la deuxième édition, 1868
Mais le tempérament, mis à l’épreuve du crime, produit quelque chose qui ressemble à un caractère
- Après le mariage, les deux êtres cessent de réagir de la même façon : ils s’observent, se jugent, s’accusent. Deux tempéraments identiques ne se haïraient pas.la haine qui monte entre les époux, chap. XXVIII
- Le projet criminel naît d’un calcul d’intérêt, et non d’un réflexe : Laurent évalue ce que le mariage lui rapporterait.le raisonnement de Laurent sur la femme de son ami, chap. VI
- La blessure laissée par la victime devient un objet de pensée obsédante : le corps donne à Laurent une mémoire, donc une histoire.la morsure reçue pendant la lutte, chap. XI
La formule est moins une méthode qu’une poétique : elle fonde une tragédie du corps
- Dire « tempérament » plutôt que « caractère », c’est refuser le roman d’analyse et déplacer le lieu du tragique vers les nerfs et le sang.la comparaison du romancier et du chirurgien, préface de 1868
- La préface est une riposte polémique : elle durcit le propos bien au-delà de ce que le roman met réellement en scène.la définition des personnages dominés par leurs nerfs, préface de 1868
- Le roman invente une notion neuve : l’équilibre ou le déséquilibre des forces physiologiques tient lieu de destin, et le bref moment de paix du couple s’explique par cet équilibre.l’équilibre momentané des nerfs et du sang, chap. XXII
Zola reprendra dans Le Roman expérimental la même image du savant : la théorie a-t-elle jamais été, chez lui, autre chose qu’un moyen de légitimer une puissance d’imagination ?