L’argent et les convenances sont deux ressorts distincts : l’un se compte, l’autre se juge au regard d’autrui. Le sujet demande lequel commande l’autre, ou si le roman montre leur fusion dans une seule valeur, la considération.
Les conduites de la rue de Choiseul obéissent-elles au calcul financier, au souci des convenances, ou à une valeur unique où les deux se confondent ?
Le plan en trois parties
L’argent commande les décisions
- La dot promise puis différée règle les rapports entre familles bien après la cérémonie.« on parle de cette assurance à la famille », chapitre VII
- Madame Josserand érige le gain en critère moral et fait de la pauvreté une faute.« L’argent est l’argent », chapitre II
- La succession Vabre transforme des parents en adversaires prêts à s’envoyer aux galères.« Voleur! voleur!... », chapitre XII
Mais les convenances commandent aussi, et parfois davantage
- Le règlement de l’immeuble ne vise pas le patrimoine mais la réputation : on paie son loyer et l’on doit en plus du silence.« pas de tapage ici, surtout pas de femme! », chapitre I
- La doctrine de Gourd sacrifie la vérité à la tenue de la maison : ici, l’apparence l’emporte sur tout calcul.« ce qui ne nous regarde pas, ne nous regarde pas », chapitre XIII
- Un mariage se décide sur une rumeur de salon, c’est-à-dire sur une convenance, avant même qu’on parle chiffres.« la jeune fille se trouvait trop compromise », chapitre V
Les deux ne font qu’un rouage : la considération se monnaie
- L’immeuble est un placement dont le rendement tient à l’effet produit : la façade est un actif financier.« c’est bâti pour faire de l’effet », chapitre I
- La soirée des Duveyrier est à la fois une opération mondaine et une opération commerciale, préparée comme telle.« comme pour voir si elle n’oubliait aucune arme », chapitre V
- Le discours final sur la débauche entretient le crédit moral de la maison, lequel garantit la valeur de ses appartements.« opposer une digue à la débauche », chapitre XVIII
Si la considération se monnaie, faut-il lire Pot-Bouille comme un roman du capital plutôt que comme une satire de mœurs ?