Le roman fait alterner de longues conversations et des notations physiques très précises, sueur, gestes, poignets meurtris, ventre. Le sujet demande laquelle des deux matières porte le savoir social que l'œuvre prétend livrer.
Le dévoilement des rouages sociaux passe-t-il, dans Pot-Bouille, par ce que les personnages disent, ou par ce que leurs corps laissent voir malgré eux ?
Le plan en trois parties
Des corps qui trahissent ce que la parole arrange
- Un ventre suffit à mettre en crise tout un immeuble : le corps rend public ce que les discours maintenaient privé.« Ce ventre! ce ventre! », chapitre XIII
- Les mains du vieux Vabre dans ses fiches disent sa vie mieux que n’importe quel bilan de propriétaire.« la main dans les fiches, il se mit à patauger », chapitre XI
- Les conseils maternels visent la tenue du corps parce que c’est lui, et non le discours, qui décide du succès d’une fille.« Les hommes n’aiment pas les planches », chapitre II
Des corps réduits à l’état d’instruments
- Chez les Pichon, le corps de Marie est traité comme un meuble du décor domestique, disponible et sans voix.« il la renversa brutalement au bord de la table », chapitre IV
- La nuit conjugale de Berthe fait du corps un lieu d’exécution : il obéit pendant que la personne se retire.« Elle, silencieuse, le subit sans bonheur », chapitre XIII
- La leçon de madame Josserand énonce cette instrumentalisation en toutes lettres : faute de dot, il reste le corps à faire valoir.« vous devez prendre les hommes par autre chose », chapitre II
Un corps dit enfin la vérité entière : l’accouchement
- La délivrance d’Adèle occupe la place qu’un discours final aurait pu tenir : c’est le corps qui conclut le roman.« Enfin, les os crièrent, tout lui parut se casser », chapitre XVIII
- Sa résignation de bête de somme résume, sans un mot d’analyse, tout le rapport social entre les étages.« sa résignation de bête de somme », chapitre XVIII
- L’aveu de Marie sur les bons moments jamais venus est le seul discours qui atteigne cette vérité, parce qu’il parle du corps.« Bien vrai, jamais de bons moments? », chapitre XV
Le naturalisme fait du corps une preuve : mais une preuve de quoi, si le romancier est seul à pouvoir en décrire la douleur ?