S’indigner suppose un jugement immédiat et une émotion morale ; comprendre suppose l’analyse des causes et la suspension du verdict. Le sujet demande quelle posture l'œuvre construit pour son lecteur, et si les deux s’excluent.
Le roman de Zola cherche-t-il à provoquer l’indignation de son lecteur, ou à lui faire comprendre un mécanisme au point de rendre l’indignation vaine ?
Le plan en trois parties
Tout, dans le livre, pousse à l’indignation
- L’aveu de madame Josserand est écrit pour soulever le lecteur : une mère assume l’idée du crime pour marier sa fille.« vous assassineriez pour marier votre fille? » — « Oui! », chapitre VII
- L’expulsion d’une femme enceinte au nom de la tenue de l’immeuble est une injustice offerte à la colère du lecteur.« Ce ventre! ce ventre! », chapitre XIII
- L’accouchement d’Adèle, sans secours ni témoin, est la scène la plus propre à indigner de tout le roman.« Enfin, les os crièrent, tout lui parut se casser », chapitre XVIII
Mais le roman explique, et l’explication désarme la colère
- La leçon nocturne donne les raisons économiques de la conduite maternelle : on comprend avant de condamner.« vous devez prendre les hommes par autre chose », chapitre II
- Le mépris d’Octave est présenté comme un fond, presque un donné de caractère, ce qui déplace la faute vers la nature.« le dédain féroce qu’il avait de la femme », chapitre I
- La réponse du médecin refuse explicitement l’indignation et lui substitue un savoir résigné.« C’est la vie. », chapitre XVII
Comprendre le mécanisme est la forme la plus dure de l’indignation
- La dernière réplique ne console pas : savoir que toutes les maisons se valent est plus accablant qu’un cri de révolte.« toutes les baraques se ressemblent », chapitre XVIII
- Les larmes de l’abbé montrent qu’une compréhension complète peut se changer en douleur morale, sans devenir action.« Il pleurait comme Marie et Madeleine », chapitre XVII
- Appeler la maison un égout revient à formuler un diagnostic et une condamnation dans le même mot.« C’était l’égout de la maison, qui en charriait les hontes », chapitre VI
Quelques années plus tard, Zola quittera le roman pour l’article : est-ce l’aveu que la compréhension romanesque ne suffisait pas à changer ce qu’elle dévoilait ?