Le sujet oppose deux unités romanesques : un lieu, qui impose des lois et un décor, et des destins, qui supposent une intériorité et une évolution. Il faut mesurer si les habitants ne sont que les fonctions d’un bâtiment, ou si le roman leur reconnaît une histoire propre.
L’immeuble de la rue de Choiseul est-il le véritable sujet du roman, ou seulement le milieu qui rend lisibles des destinées individuelles ?
Le plan en trois parties
La maison comme sujet : un lieu qui a ses lois avant d’avoir ses locataires
- L’escalier du premier jour est décrit comme un organisme au repos, et son silence tient lieu de caractère collectif : la maison se présente avant qui que ce soit.« une paix morte de salon bourgeois, soigneusement clos », chapitre I
- La visite guidée de Campardon fait du bâtiment un personnage à double fond, dont la solidité n’est qu’un effet de surface.« c’est bâti pour faire de l’effet », chapitre I
- Le règlement énoncé dès l’arrivée d’Octave prouve que la maison légifère : elle prescrit des conduites avant de connaître les individus.« pas de tapage ici, surtout pas de femme! », chapitre I
Des destins pourtant, que le roman suit et que la maison n’explique pas entièrement
- Berthe a une histoire, faite d’attentes et de rancunes, et le jour de son mariage elle guette une lettre au lieu d’écouter l’office : c’est un caractère, non une fonction.« se passionnant à l’idée des gifles qu’elle espérait », chapitre VIII
- La nuit de la querelle des vingt sous donne accès à une intériorité que nul règlement ne commande : le corps consent et l’âme refuse.« Elle, silencieuse, le subit sans bonheur », chapitre XIII
- L’accouchement d’Adèle est l’épisode le plus long consacré à un seul corps : la maison disparaît, il ne reste qu’une personne et sa douleur.« Enfin, les os crièrent, tout lui parut se casser », chapitre XVIII
La maison n’est un personnage que parce qu’elle fabrique les personnages
- Les voix qui montent du boyau de la cuisine appartiennent au bâtiment plus qu’à des femmes nommées : le lieu parle par les siens.« du fond de ce boyau, montaient des éclats de voix canailles », chapitre I
- Gourd formule la règle qui produit les conduites : dans cette maison, on apprend à ne pas voir, et cette éducation du regard fait les caractères.« ce qui ne nous regarde pas, ne nous regarde pas », chapitre XIII
- Le proverbe du grenier dit exactement ce que le roman démontre : les habitants se déterminent les uns par les autres, donc par la maison.« tel maître, tel valet », chapitre XIII
Balzac faisait de la pension Vauquer le portrait de ses pensionnaires : le roman de Zola pousse le procédé jusqu’à faire du bâtiment la cause, et non plus l’emblème, des destinées.