Le roman montre des femmes vendues et des femmes qui vendent, des corps contraints et des stratèges redoutables. Le sujet demande de tenir les deux constats sans en sacrifier l’un, et de comprendre ce que leur conjonction révèle.
Les personnages féminins de Pot-Bouille subissent-ils le mécanisme social, ou en sont-ils les opératrices les plus efficaces ?
Le plan en trois parties
Des marchandises, évaluées et placées
- La fille sans dot est explicitement invitée à compenser par son corps ce qui lui manque en capital.« vous devez prendre les hommes par autre chose », chapitre II
- La réputation d’une jeune fille décide de son sort en une soirée : la valeur marchande dépend du chuchotement du salon.« la jeune fille se trouvait trop compromise », chapitre V
- Le jour du mariage, la mariée ne décide de rien : la transaction se conclut au-dessus d’elle.« se passionnant à l’idée des gifles qu’elle espérait », chapitre VIII
Des stratèges, qui mènent la négociation mieux que les hommes
- Madame Josserand enseigne une technique du corps, avec ses règles et ses interdits : c’est un savoir professionnel.« Les hommes n’aiment pas les planches », chapitre II
- Avant la soirée décisive, elle inspecte ses moyens comme un chef d’armée : l’initiative lui appartient entièrement.« comme pour voir si elle n’oubliait aucune arme », chapitre V
- Elle assume jusqu’au mot d’assassinat, affirmant une détermination que nul personnage masculin n’atteint dans le roman.« vous assassineriez pour marier votre fille? » — « Oui! », chapitre VII
Des corps que le rouage broie, quelle que soit l’habileté déployée
- La stratégie maternelle réussit, et la fille n’en retire qu’une soumission sans plaisir : l’agent produit la victime.« Elle, silencieuse, le subit sans bonheur », chapitre XIII
- Adèle paie pour toutes, dans une chambre où aucune stratégie n’a cours.« Enfin, les os crièrent, tout lui parut se casser », chapitre XVIII
- L’expulsion de la piqueuse de bottines montre que le corps féminin visible est, à lui seul, un motif de condamnation.« Ce ventre! ce ventre! », chapitre XIII
Le roman fait de la mère l’agent principal de l’oppression des filles : est-ce une lucidité sociologique de Zola, ou le déplacement d’une accusation qui viserait ailleurs ?