Le pot-bouille désigne la cuisine ordinaire, le ragoût où tout se mêle, et par extension le ménage commun. Le sujet demande si cette métaphore culinaire rend compte de l’ensemble du livre ou seulement de sa partie basse.
Le titre nomme-t-il le principe d’organisation du roman, ou seulement l’un de ses deux versants, celui de l’office ?
Le plan en trois parties
Le titre nomme d’abord la cuisine et l’office
- Dès le premier chapitre, c’est par la cuisine et son boyau que la maison se révèle : le titre désigne un lieu réel du roman.« du fond de ce boyau, montaient des éclats de voix canailles », chapitre I
- La scène du dimanche matin est le morceau où le titre prend tout son sens : tout ce qui a mijoté remonte d’un coup.« C’était l’égout de la maison, qui en charriait les hontes », chapitre VI
- Le proverbe du grenier confirme que le ragoût est commun : maîtres et domestiques cuisent dans le même pot.« tel maître, tel valet », chapitre XIII
Le titre dit surtout le mélange, principe du livre
- Le désir d’Octave mêle l’ambition, le mépris et la convoitise sans qu’on puisse les séparer : c’est un composé, non un sentiment.« le dédain féroce qu’il avait de la femme », chapitre I
- La scène du petit matin met dans la même image des amants, des bonnes et une peur commune : personne n’a de compartiment propre.« sans pouvoir détourner les yeux; et leurs mains se glaçaient », chapitre XIII
- L’éclat de Rachel mêle les rangs en mêlant les morales : la bonne se réclame d’une vertu que les dames ont perdue.« Je ne suis qu’une bonne, mais je suis honnête! », chapitre XVII
Mais le roman est aussi, et peut-être d’abord, celui du couvercle
- L’immeuble est conçu pour tenir le ragoût hors de vue : la façade est le couvercle du pot.« c’est bâti pour faire de l’effet », chapitre I
- La maxime de Gourd est la consigne qui maintient le couvercle en place, et elle occupe autant de place que la cuisine.« ce qui ne nous regarde pas, ne nous regarde pas », chapitre XIII
- Le manteau jeté par l’abbé sur la bourgeoisie est un second couvercle, spirituel celui-là, que le titre ne nomme pas.« le manteau de la religion », chapitre V
Zola hésita entre plusieurs titres pour ce volume : ce que le titre choisi éclaire et ce qu’il masque n’est-il pas, déjà, une leçon sur l’art de nommer une œuvre ?