Le roman est saturé de discours, de maximes et de conversations de salon, mais aussi de cris et de silences. Le sujet demande quelle fonction le langage y remplit : instrument de vérité ou technique de dissimulation.
La parole est-elle dans Pot-Bouille l’organe du dévoilement, ou le principal outil dont dispose la société pour voiler ses rouages ?
Le plan en trois parties
Une parole de façade, faite pour couvrir
- Le discours de Duveyrier n’informe de rien : il produit de la respectabilité, ce qui est une manière de taire.« la religion moralise le mariage », chapitre V
- La maxime de Gourd est une formule dont la fonction est d’interdire la question : parler, ici, c’est fermer le sujet.« ce qui ne nous regarde pas, ne nous regarde pas », chapitre XIII
- Deux ans après, la métaphore de la digue montre que le vocabulaire moral fonctionne comme un mur : il tient lieu d’action.« opposer une digue à la débauche », chapitre XVIII
Une parole qui échappe et trahit ceux qui la tiennent
- Madame Josserand se lève et accepte le mot d’assassinat : la colère lui fait dire ce que la stratégie voulait taire.« vous assassineriez pour marier votre fille? » — « Oui! », chapitre VII
- Le babil du vieux Vabre réduit le langage à une syllabe, et cette ruine verbale dit tout d’une vie.« la main dans les fiches, il se mit à patauger », chapitre XI
- Dans l’escalier, l’injure fuse et met sur la place publique ce que la famille cachait : la parole déborde son cadre.« Voleur! voleur!... », chapitre XII
Les paroles vraies viennent d’en bas, ou du silence
- Rachel dit en une phrase ce que tout le roman démontre, et c’est une domestique qui parle le langage le plus droit.« Je ne suis qu’une bonne, mais je suis honnête! », chapitre XVII
- La confidence de Marie sous le porche est vraie parce qu’elle avoue un manque, contre tout ce que le roman social fait dire aux amants.« Bien vrai, jamais de bons moments? », chapitre XV
- La scène du petit matin se passe de mots : des mains qui se glacent disent plus que n’importe quelle réplique.« sans pouvoir détourner les yeux; et leurs mains se glaçaient », chapitre XIII
Zola donne les répliques les plus justes à ceux qui n’ont pas droit à la parole : est-ce une conviction démocratique ou un procédé de romancier ?