Zola revendique l’observation, le document et la méthode expérimentale, ce qui rapprocherait le romancier du médecin. Le sujet demande si l’écriture de Pot-Bouille confirme cette prétention ou la contredit par ses choix de composition.
L'œuvre de Zola relève-t-elle du protocole scientifique qu’elle revendique, ou d’un art de la composition qui excède l’observation ?
Le plan en trois parties
Tout paraît relever de l’observation et du milieu
- Les bruits de la cour sont consignés comme des données d’enquête, avec leur origine et leur trajet.« du fond de ce boyau, montaient des éclats de voix canailles », chapitre I
- La description de l’escalier procède par relevé d’atmosphère : le milieu est décrit avant les sujets qu’il conditionne.« une paix morte de salon bourgeois, soigneusement clos », chapitre I
- Le médecin, double possible du romancier, tire de ses visites un constat général qui ressemble à une conclusion d’étude.« C’est la vie. », chapitre XVII
Mais un savant ne compose pas des scènes
- Faire coïncider une demande en mariage et un chœur d’opéra est un effet d’art, non un protocole d’observation.« la jeune fille se trouvait trop compromise », chapitre V
- La métaphore guerrière appliquée à une soirée transforme le document en tableau satirique.« comme pour voir si elle n’oubliait aucune arme », chapitre V
- La répétition obsessionnelle du mot ventre relève d’un travail rythmique, étranger à toute neutralité descriptive.« Ce ventre! ce ventre! », chapitre XIII
Le savoir naturaliste est un savoir de moraliste
- Mettre une maxime dans la bouche de madame Josserand est un procédé de moraliste classique, qui condense une morale en formule.« L’argent est l’argent », chapitre II
- La dernière réplique est une sentence sur la condition humaine, non un résultat d’expérience.« toutes les baraques se ressemblent », chapitre XVIII
- L’image du manteau jeté sur la bourgeoisie appartient à la tradition de l’allégorie morale, pas au vocabulaire du laboratoire.« le manteau de la religion », chapitre V
Le Roman expérimental s’autorise de Claude Bernard : un romancier a-t-il jamais gagné à emprunter sa légitimité à une autre discipline ?