Le mariage réunit dans le roman l’argent, la religion et la réputation, ce qui en fait un candidat évident au titre de rouage principal. Il faut cependant se demander s’il est le moteur ou seulement l’endroit où le mécanisme devient visible.
Le mariage est-il le ressort qui fait tourner la société de Pot-Bouille, ou le lieu où se lisent des ressorts qui lui sont antérieurs ?
Le plan en trois parties
Une industrie familiale, avec ses techniques et son vocabulaire
- La leçon nocturne enseigne un savoir-faire : faute de dot, il faut produire de l’attrait, et l’on apprend à se conduire comme une marchandise avantageuse.« vous devez prendre les hommes par autre chose », chapitre II
- Le détail des conseils, jusqu’à la souplesse de la taille, révèle un dressage du corps où rien n’est laissé au hasard.« Les hommes n’aiment pas les planches », chapitre II
- Avant la soirée des Duveyrier, la mère inspecte sa salle à manger comme un arsenal : le lexique militaire dit la nature de l’entreprise.« comme pour voir si elle n’oubliait aucune arme », chapitre V
Un rouage garanti par le groupe entier
- Le mariage se conclut sous la pression du chuchotement collectif : c’est le salon qui marie, en jugeant la jeune fille compromise.« la jeune fille se trouvait trop compromise », chapitre V
- Le discours de Duveyrier fournit la caution morale dont l’opération a besoin pour ne pas s’avouer commerciale.« la religion moralise le mariage », chapitre V
- Les tractations autour de la dot montrent que l’engagement se négocie entre hommes d’affaires bien après la cérémonie.« on parle de cette assurance à la famille », chapitre VII
Mais un rouage qui ne produit que du malheur, donc au service d’autre chose
- Le jour de la noce, l’esprit de la mariée est ailleurs : le sacrement n’a rien scellé, il a seulement clos une négociation.« se passionnant à l’idée des gifles qu’elle espérait », chapitre VIII
- La vie conjugale se réduit à une soumission sans joie, ce qui disqualifie le mariage comme fin et le renvoie au rang de moyen.« Elle, silencieuse, le subit sans bonheur », chapitre XIII
- L’aveu de Marie sous le porche de Saint-Roch étend le constat hors du couple légitime : l’adultère non plus ne tient ses promesses.« Bien vrai, jamais de bons moments? », chapitre XV
De Molière à Zola, le mariage arrangé est un ressort comique : le naturalisme en fait un ressort tragique sans en changer le mécanisme, est-ce le même sujet ?