La façade désigne à la fois le mur de l’immeuble et la conduite d’apparat de ses habitants, ce qui invite à lire le bâtiment comme un portrait moral. Encore faut-il vérifier que le roman s’arrête à l’opposition du dehors et du dedans.
L’opposition de la façade et de l’envers rend-elle compte de cette bourgeoisie, ou faut-il y voir un travail collectif plus actif qu’un simple masque ?
Le plan en trois parties
Tout, dans cette maison, est fait pour être vu
- L’architecte avoue que l’édifice est un décor, et cet aveu technique vaut pour les mœurs de ceux qui l’habitent.« c’est bâti pour faire de l’effet », chapitre I
- Le silence de l’escalier est une fabrication : on tient les portes closes pour que rien du dehors n’entre et que rien du dedans ne sorte.« une paix morte de salon bourgeois, soigneusement clos », chapitre I
- La consigne donnée à Octave ne défend pas la faute mais son bruit : la respectabilité est une affaire de discrétion, non de vertu.« pas de tapage ici, surtout pas de femme! », chapitre I
Un envers qui contredit la façade à chaque étage
- La cuisine des Campardon fait entendre, par le boyau de la cour, une langue que le salon voudrait ignorer.« du fond de ce boyau, montaient des éclats de voix canailles », chapitre I
- Le dimanche matin, la cour devient un déversoir où les hontes des maîtres sont criées par leurs domestiques.« C’était l’égout de la maison, qui en charriait les hontes », chapitre VI
- Le ventre de la piqueuse de bottines rend la faute visible depuis la rue, et c’est cette visibilité, non la faute, qui scandalise.« Ce ventre! ce ventre! », chapitre XIII
La façade n’est pas un masque posé mais un travail permanent
- Gourd énonce la règle du métier : entretenir la façade consiste à organiser l’aveuglement de tous.« ce qui ne nous regarde pas, ne nous regarde pas », chapitre XIII
- L’abbé Mauduit sait qu’il jette une étoffe sur des plaies : la religion est réduite à une fonction d’habillage, exercée en conscience.« le manteau de la religion », chapitre V
- Deux ans après, le conseiller parle encore d’endiguer la débauche : la façade se reconstruit par le discours, indéfiniment.« opposer une digue à la débauche », chapitre XVIII
Si la façade est un travail, le roman en fait le métier de tous ses personnages : peut-on encore parler d’hypocrisie là où plus personne ne croit à ce qu’il montre ?