Le roman multiplie les cris, les coups et les descriptions corporelles pénibles, jusqu’à mettre le lecteur mal à l’aise. Le sujet demande si cette violence est un moyen de connaissance ou un effet qui excède la démonstration.
La brutalité des scènes de Pot-Bouille est-elle nécessaire au dévoilement des rouages sociaux, ou le déborde-t-elle en spectacle ?
Le plan en trois parties
Une violence de farce, qui fait tomber les masques
- La dispute de l’escalier jette les mots les plus bas entre parents : le cri défait en une page des années de politesse.« Voleur! voleur!... », chapitre XII
- La crudité des conseils maternels est une violence verbale exercée sur une fille, sous couvert d’éducation.« Les hommes n’aiment pas les planches », chapitre II
- L’agonie de Vabre est une dégradation physique infligée au lecteur autant qu’au personnage, et elle instruit sur le culte de la propriété.« la main dans les fiches, il se mit à patauger », chapitre XI
Une violence faite aux corps féminins, qui dit la vérité des rapports sociaux
- La scène chez les Pichon est une contrainte exercée dans un décor domestique, ce qui en dit long sur le statut de l’épouse.« il la renversa brutalement au bord de la table », chapitre IV
- Le silence de Berthe et ses poignets meurtris font du lit conjugal le lieu ordinaire d’une violence admise.« Elle, silencieuse, le subit sans bonheur », chapitre XIII
- La grossesse d’Adèle résulte d’une violence que personne ne nomme, et que sa résignation rend presque invisible.« sa résignation de bête de somme », chapitre XVIII
La violence comme preuve : elle fait céder le décorum
- Les cris de Gourd devant un ventre révèlent la brutalité de l’ordre moral, qui expulse pour préserver une apparence.« Ce ventre! ce ventre! », chapitre XIII
- L’éclat de Rachel dans l’escalier de service est la seule violence qui vise juste, parce qu’elle nomme les responsables.« Je ne suis qu’une bonne, mais je suis honnête! », chapitre XVII
- Toutes ces explosions se mesurent au silence initial de l’escalier : la violence n’est que ce silence quand il se rompt.« une paix morte de salon bourgeois, soigneusement clos », chapitre I
Zola fut accusé de complaisance pour l’ordure : la violence d’une écriture peut-elle être jugée indépendamment de ce qu’elle donne à comprendre ?