Le livre juxtapose des procédés de vaudeville et des scènes d’une noirceur clinique, sans ménager de transition. Le sujet suppose de décider si cette hétérogénéité est un défaut de ton ou le principe même de l'œuvre.
L’alliance du comique de mœurs et de la noirceur naturaliste est-elle une hésitation de Zola, ou le moyen le plus efficace de dévoiler les rouages de cette société ?
Le plan en trois parties
La mécanique du vaudeville gouverne l’intrigue
- Les rencontres se font sur un palier, une table desservie suffit à une scène : le roman use des accessoires de la comédie légère.« il la renversa brutalement au bord de la table », chapitre IV
- La consigne du concierge installe d’emblée l’interdit que toute l’intrigue s’emploiera à contourner, ressort comique classique.« pas de tapage ici, surtout pas de femme! », chapitre I
- Les répliques de madame Josserand ont le tranchant d’un rôle de théâtre, et le lecteur en attend le mot comme au spectacle.« Les hommes n’aiment pas les planches », chapitre II
Mais le noir naturaliste travaille sous la comédie
- La nuit d’Adèle appartient à un autre livre : la description physiologique de la douleur ne relève plus d’aucun comique.« Enfin, les os crièrent, tout lui parut se casser », chapitre XVIII
- La grossesse acceptée comme une corvée supplémentaire dit une misère sans échappatoire, à l’opposé des malentendus réparables du vaudeville.« sa résignation de bête de somme », chapitre XVIII
- La métaphore de l’égout installe une imagerie de la pourriture qui appartient au roman noir et non à la farce.« C’était l’égout de la maison, qui en charriait les hontes », chapitre VI
C’est le mélange, le pot-bouille même, qui dévoile
- La dernière réplique donne au livre son ton définitif : un haussement d’épaules qui est à la fois plaisant et désespéré.« toutes les baraques se ressemblent », chapitre XVIII
- La scène de l’escalier tient en une page la comédie des cris et la noirceur d’une famille qui se dénonce aux galères.« Voleur! voleur!... », chapitre XII
- La réponse du médecin, laconique et sans pitié, est le point où l’ironie et le pessimisme deviennent indiscernables.« C’est la vie. », chapitre XVII
Le titre renvoie à un ragoût de restes : faut-il y voir une simple métaphore de la bourgeoisie, ou la description du régime romanesque que Zola s’est donné ?