Le roman ne donne presque pas de dates et ignore les grands récits événementiels au profit d’une chronique familiale. Pourtant l’abolition, la condition coloniale et les conflits sociaux y sont partout agissants.
L’absence de repères datés évacue-t-elle l’Histoire du roman, ou permet-elle au contraire d’en montrer les effets à hauteur de vie ?
Le plan en trois parties
Un récit qui paraît se tenir hors du temps historique
- L’ouverture installe une réflexion générale sur le pays et sur la manière de l’habiter, sans date ni événement : le roman commence comme un conte.Première partie, les pages liminaires sur le pays
- Le temps est mesuré par les saisons, les pluies et les vents : la chronologie est météorologique avant d’être historique.Le titre et le réseau d’images de saisons et d’intempéries
- La mort du père est racontée comme un fait divers privé, sans que le récit la rapporte à un contexte.Première partie, le portrait d’Angebert et sa mort brutale
Mais l’Histoire y est partout, saisie par ses effets
- L’abolition est le point de départ de la lignée : c’est un événement historique qui commande toute la généalogie.Première partie, Minerve affranchie après l’abolition
- Le récit du temps des maîtres, avec ses corps marqués et ses terres possédées, fait entrer le système esclavagiste dans le roman par la parole.Deuxième partie, l’évocation du temps des maîtres par Man Cia
- La grande maison béké et son discours sur les nègres sont un document sur la société coloniale du XXe siècle.Deuxième partie, l’entrée au service des Desaragne et le discours de la maîtresse
Et elle affleure en épisodes parfaitement datables
- Le long séjour en métropole et le désabusement qui en revient renvoient aux migrations antillaises et à l’expérience du racisme.Deuxième partie, l’arrivée d’Amboise et son récit de la France
- La grève à l’usine, avec sa marche et sa répression, appartient à l’histoire sociale sucrière et non au conte.Deuxième partie, la grève à l’usine et la mort d’Amboise
- Même la métamorphose de Man Cia est une manière de dire une histoire que les archives ne conservent pas.Deuxième partie, la métamorphose de Man Cia
Faut-il des dates pour écrire l’Histoire, ou suffit-il d’en montrer les conséquences sur une vie ?