Le roman est traversé de noms donnés, reçus, changés : celui de l’aïeule, le surnom de la grand-mère, celui de la narratrice. Se demander si le nom fait le destin, c’est demander si nommer consacre un état ou le produit.
Les noms et surnoms du roman enregistrent-ils une manière d’être déjà acquise, ou fabriquent-ils la personne qu’ils désignent ?
Le plan en trois parties
Nommer, c’est consacrer
- La décision collective de rebaptiser Toussine après son relèvement montre qu’un nom scelle une reconnaissance : le village entérine ce qu’il a vu.Première partie, l’attribution du surnom de Reine Sans Nom
- Le surnom donné à la narratrice enregistre qu’elle a survécu à tout et qu’elle se tient debout : il vient après, comme un procès-verbal.Deuxième partie, le surnom donné par le village
- Le nom de l’aïeule, hérité du vocabulaire des maîtres, rappelle que les premiers noms furent imposés : la nomination est d’abord un fait de pouvoir.Première partie, Minerve affranchie après l’abolition
Mais bien des destins échappent au nom ou en manquent
- Le père de la narratrice, silencieux et sans ambition, meurt sans que rien le fixe : il n’a pas de surnom, et son histoire tient en quelques pages.Première partie, le portrait d’Angebert et sa mort brutale
- L’agonisant que le village abandonne est enfermé dans sa réputation : le nom peut condamner autant qu’il consacre.Deuxième partie, l’agonie de Médard et l’abandon du village
- En quittant la forme humaine, Man Cia se soustrait à toute nomination : le roman imagine une sortie hors du nom comme une liberté.Deuxième partie, la métamorphose de Man Cia
Le nom est moins un destin qu’un contrat avec les autres
- Ce que Man Cia rapporte du temps des maîtres rappelle que la propriété nommait les êtres : reprendre son nom, c’est reprendre son appartenance à soi.Deuxième partie, l’évocation du temps des maîtres par Man Cia
- Dans la vie commune avec Amboise, la reconnaissance réciproque vaut mieux qu’un titre : on est nommé par l’attention que l’on reçoit.Deuxième partie, les années de vie commune avec Amboise
- Le titre du roman accole au nom propre la pluie et le vent : le nom n’a de sens que dans le récit des épreuves qu’il a traversées.Le titre du roman, nom propre et images météorologiques
Donner un nom à quelqu’un, est-ce lui rendre justice ou prendre sur lui un pouvoir ?