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1ʳᵉ · Français · Cahier de Douai, Rimbaud

Selon vous, dans le Cahier de Douai, l’émancipation du poète ne vient-elle que de ses refus ?

Sujet de dissertation · Bac 2026 · Antilles guyane — Cahier de Douai, Rimbaud, 1ère

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Analyse des termes

Le sujet oppose deux sources possibles d’émancipation : la négation (refus de l’ordre bourgeois, militaire, religieux, littéraire) et l’affirmation (la sensation, le désir, l’invention formelle). Le « ne… que » est restrictif : il ne s’agit pas de nier les refus, mais de se demander s’ils suffisent à définir la liberté conquise par Rimbaud.

Problématique

La liberté que conquiert le poète du Cahier de Douai se réduit-elle à ce qu’il rejette, ou naît-elle d’un consentement au monde que les refus rendent seulement possible ?

Le plan en trois parties

I

L’émancipation commence bien par un refus massif du monde reçu

  1. Le recueil disqualifie l’ordre social par la satire : le bourgeois y est un corps ridicule avant d’être une opinion.« À la Musique », v. 1-4 : le square « où tout est correct » et les « bourgeois poussifs »
  2. Le refus vise aussi l’ordre politique et militaire : la gloire impériale est retournée en dérision.« L’Éclatante Victoire de Sarrebruck », l’Empereur « raide, sur son dada / Flamboyant »
  3. Il vise enfin la religion, montrée comme une institution qui jouit de son luxe pendant que les hommes meurent.« Le Mal », v. 9-11 : « Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées / Des autels »
TransitionSi le recueil n’était qu’un catalogue de refus, il s’épuiserait avec son objet ; or les poèmes les plus libres sont ceux où il n’y a rien à combattre, seulement un corps qui marche et qui sent.
II

Mais le refus n’a de sens que parce qu’il ouvre à une adhésion sensible au monde

  1. L’émancipation se dit d’abord au futur d’un consentement : partir, sentir, se taire.« Sensation », v. 5-8 : « Je ne parlerai pas, je ne penserai rien »
  2. Le bonheur trivial du corps rassasié n’est pas une revanche : c’est une valeur pleine, célébrée pour elle-même.« Au Cabaret-Vert », v. 1-4 : les « tartines / De beurre »
  3. La nature n’est pas un refuge contre la société : elle est le lieu où le sujet se reconstruit comme désir.« Sensation », v. 1-4 : « Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers »
TransitionMais cette adhésion resterait une simple humeur d’adolescent si elle ne se déposait pas dans une langue ; c’est la forme qui transforme le refus et le plaisir en émancipation durable.
III

L’émancipation véritable est créatrice : elle invente la forme qui rend le refus habitable

  1. Le sonnet, forme la plus codée, est gardé mais désarticulé : la liberté se prend dans la contrainte, non contre elle.« Ma Bohème », v. 12-14 : les « élastiques / De mes souliers blessés »
  2. Le poète se donne un mythe de lui-même, qui n’est ni un refus ni une plainte mais une invention.« Ma Bohème », v. 7-8 : « Mon auberge était à la Grande-Ourse »
  3. Le sarcasme lui-même devient un procédé d’invention verbale : refuser, chez Rimbaud, c’est faire entrer un lexique neuf en poésie.« Vénus Anadyomène », v. 14 : « Belle hideusement d’un ulcère à l’anus »
Ouverture

Rimbaud demandera en juin 1871 à Demeny de brûler ces vers : faut-il voir dans ce reniement l’échec de l’émancipation du Cahier, ou son dernier refus, celui de l’œuvre déjà faite ?

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