Perdican organise la vengeance, courtise Rosette et la conduit jusqu’au lieu où elle mourra, ce qui semble en faire le coupable désigné. Mais la pièce répartit les initiatives entre plusieurs mains, et son dernier acte désigne une cause qui n’est le fait de personne en particulier.
La mort de Rosette est-elle le crime d’un personnage, ou le produit d’une mécanique à laquelle tous ont contribué ?
Le plan en trois parties
Perdican mène le jeu et le pousse jusqu’à la faute
- Dès l’acte I, il pose le principe qui l’autorisera à tout : l’amour aurait le droit de prendre ce qu’on ne lui donne pas.« l’amour peut voler un baiser », Perdican, I, 2
- Il prononce devant Rosette une promesse de mariage qu’il sait ne pas devoir tenir : c’est l’acte décisif de la pièce.« tu seras ma femme et nous prendrons racine », Perdican à Rosette, III, 3
- Rosette lui rapporte le jugement du village, qui est aussi celui du spectateur : il l’a courtisée pour en atteindre une autre.Rosette à genoux, « vous ne m’avez fait la cour que… », III, 7
D’autres mains arment la machine
- C’est Camille qui ouvre les hostilités en faisant écrire un billet destiné à provoquer son cousin.« Vous écrivez un billet à un homme ? », dame Pluche, II, 1
- Elle impose l’épreuve de force en opposant un amour éternel à l’amour qu’on lui offre : la surenchère est mutuelle.« je veux aimer d’un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas », Camille, II, 5
- Les grotesques font circuler les informations : sans l’espionnage de Blazius, aucune des scènes décisives n’aurait lieu.« un coup de vin, je veux dire un verre d’eau », Blazius, II, 4
Une responsabilité que la pièce nomme autrement
- Le monologue montre un personnage qui ne se comprend pas lui-même : on ne peut lui imputer un plan qu’il n’a jamais conçu.« Je voudrais bien savoir si je suis amoureux », monologue, III, 1
- Sa profession de foi du premier acte le montre porté par l’instinct plus que par le calcul : il agit comme il respire.« ces arbres et ces prairies enseignent […] l’oubli de ce qu’on sait », Perdican, I, 4
- Le dénouement ne prononce aucune sentence contre un coupable : il énonce un fait, et laisse la faute partagée.« Elle est morte. Adieu, Perdican ! », explicit, III, 8
Le drame romantique ne remplace-t-il pas la fatalité antique par une responsabilité diffuse, que personne ne peut assumer entièrement ?