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1ʳᵉ · Français · On ne badine pas avec l’amour, Musset

Dans quelle mesure le jeu de la parole nuit-il à l’expression sincère des sentiments dans On ne badine pas avec l’amour ?

Sujet de dissertation · Bac 2025 · Polynésie française — On ne badine pas avec l’amour, Musset, 1ère

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Analyse des termes

Le jeu de la parole suppose un écart tenu entre ce qu’on dit et ce qu’on éprouve, quand la sincérité exige au contraire leur coïncidence. Le sujet demande donc si l’écart empêche seulement l’aveu, ou s’il est aussi, paradoxalement, la seule voie par laquelle le sentiment arrive à se dire.

Problématique

Le jeu des mots interdit-il aux personnages de dire ce qu’ils sentent, ou est-il le détour obligé de leur aveu ?

Le plan en trois parties

I

Une langue d’emprunt qui tient lieu de sentiment

  1. Le baron parle des femmes dans une langue toute faite qui rend l’expérience impossible : il possède un discours sur elles et rien d’autre.« je connais ces êtres charmants et indéfinissables », le baron à Bridaine, I, 2
  2. Camille refuse la promenade par une formule balancée, si bien construite qu’elle interdit toute réponse : la symétrie de la phrase remplace l’explication.« ni assez vieille pour aimer le passé », Camille, I, 3
  3. Dans la stichomythie, Perdican adopte le cynisme mondain comme on prend une pose : le trait d’esprit lui sert de rempart contre l’aveu.« — De prendre un amant », la stichomythie, II, 5
TransitionSi les mots masquent, le théâtre dispose d’un autre langage, celui des corps et des objets, qui continue de dire ce que les répliques taisent.
II

Ce que les corps et les gestes disent malgré les mots

  1. Le refus du contact énoncé par Camille dit plus que ses discours sur l’amour éternel : la brièveté de la réplique trahit une éducation inscrite dans le corps.« Je n’aime pas les attouchements », Camille, II, 1
  2. Rosette lit une larme que Perdican n’avoue pas : le sentiment se manifeste par un signe physique que le langage ne prend pas en charge.« voilà une goutte de pluie qui me tombe sur la main », Rosette, II, 3
  3. La bague jetée dans l’eau est un geste, non une phrase : la scène confie au spectacle ce que la parole ne parvient plus à porter.la bague jetée dans l’eau, « notre image a disparu », III, 3
TransitionCes signes involontaires préparent un aveu que le jeu, loin de l’interdire, finit par arracher.
III

Le jeu comme condition paradoxale de l’aveu

  1. C’est dans une attaque que Perdican dit enfin le vrai sur l’amour : l’agression contre le couvent délivre une profession de foi plus sincère que toutes ses galanteries.« Sais-tu ce que c’est que des nonnes, malheureuse fille ? », Perdican, II, 5
  2. L’aveu de Perdican jaillit au moment même où il est piégé : la sincérité ne se conquiert pas contre le jeu, elle en sort comme un accident.« Je t’aime Camille, voilà tout ce que je sais », III, 6
  3. L’aveu réciproque de la dernière scène n’est possible qu’après la ruine du jeu : parler vrai coûte le bonheur même qu’on avoue.« Insensés que nous sommes ! nous nous aimons », III, 8
Ouverture

Un théâtre pourrait-il représenter la sincérité autrement que par l’échec du langage qui la cherche ?

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