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Culture littéraire et artistique : intertextualité, contextes historiques et culturels des œuvres

Comprendre les liens entre les œuvres, les mouvements littéraires et leur contexte pour enrichir l'analyse en Première

À propos de cette page
Ce lexique sur « Culture littéraire et artistique : intertextualité, contextes historiques et culturels des œuvres » en première donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Ce que « culture littéraire et artistique » veut dire en première, L'intertextualité : formes et degrés, de la citation à la transposition, Les contextes : production, action racontée, réception, Les mouvements littéraires comme réseau de repères. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de devoir. Les repères d'analyse sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de première.

Intertextualité

Ensemble des relations qu'un texte entretient avec d'autres textes, qu'elles soient voulues par l'auteur ou perçues par le lecteur. Le terme est introduit par Julia Kristeva à la fin des années 1960.

Synonymes

  • Dialogisme — insiste sur la pluralité des voix à l'intérieur d'un même texte, quand l'intertextualité désigne le lien entre des textes distincts
  • Transtextualité — terme de Genette, plus large : il englobe aussi le paratexte et le commentaire critique

Antonymes

  • Originalité absolue — idéal romantique d'un texte sans dette ; l'intertextualité pose au contraire que ce texte n'existe pas
  • Lecture immanente — méthode qui n'examine que le texte seul, sans référence extérieure : légitime, mais aveugle aux échos

À ne pas confondre

  • Plagiat — le plagiat cache sa source pour se l'approprier ; l'intertextualité compte sur sa reconnaissance
  • Influence — l'influence est diffuse et biographique ; l'intertextualité se prouve dans le texte, mot pour mot

Selon l'époque et le point de vue — Avant le XIXe siècle, on ne parlait pas d'intertextualité mais d'imitation, valeur positive : Du Bellay en 1549 recommande de « digérer » les Anciens. Le romantisme fait de l'originalité le critère suprême et rend l'emprunt suspect. La critique du XXe siècle réhabilite le lien.

Ce que le mot permet d'écrire — Dans une copie, le mot ne vaut que suivi d'un effet : « l'intertextualité avec l'épopée antique ennoblit la figure de la passante ». Ne jamais écrire « il y a de l'intertextualité » et s'arrêter là.

Hypotexte

Le texte antérieur sur lequel un autre se greffe. Chez Genette (Palimpsestes, 1982), il s'oppose à l'hypertexte, le texte second qui le transforme.

Synonymes

  • Texte source — formulation plus scolaire, moins précise : « source » peut aussi désigner un document non littéraire
  • Modèle — suppose une intention d'imiter, ce que l'hypotexte n'implique pas nécessairement

Antonymes

  • Hypertexte — son exact symétrique : le texte dérivé, celui qu'on a sous les yeux

À ne pas confondre

  • Paratexte — le paratexte entoure le même texte (titre, préface) ; l'hypotexte est un autre texte, antérieur
  • Contexte — le contexte est fait d'événements et de discours sociaux, l'hypotexte d'un texte identifiable

Selon l'époque et le point de vue — La notion formalise une pratique très ancienne : la tragédie grecque puisait déjà dans un stock mythique connu du public, et Racine en 1677 revendique Euripide dans sa préface de Phèdre.

Ce que le mot permet d'écrire — Employer le couple hypotexte / hypertexte évite la maladresse « il s'est inspiré de ». Écrire : « l'hypotexte virgilien affleure dans l'apostrophe initiale ».

Citation

Reprise littérale d'un fragment d'un autre texte, signalée par des guillemets, l'italique ou une référence.

Synonymes

  • Emprunt — plus vague : un emprunt peut être une idée, une structure, alors que la citation est littérale
  • Épigraphe — cas particulier : citation placée en tête d'œuvre ou de chapitre, donc dans le paratexte

Antonymes

  • Allusion — l'allusion ne reproduit rien et repose sur la mémoire du lecteur
  • Paraphrase — la paraphrase reformule au lieu de reproduire : elle dilue au lieu de citer

À ne pas confondre

  • Discours rapporté — le discours rapporté cite un personnage à l'intérieur de la fiction, la citation cite un autre texte réel

Selon l'époque et le point de vue — Montaigne fait de la citation latine la trame de ses Essais (1580) ; le XVIIIe siècle en fait une arme d'autorité ; à partir du XIXe, la citation devient souvent ironique, détachée de son sens d'origine.

Ce que le mot permet d'écrire — Analyser une citation intégrée, c'est dire si elle est respectée ou détournée. La faute classique : croire qu'une citation garantit l'accord de l'auteur avec ce qu'il cite.

Allusion

Renvoi indirect à un autre texte, à un personnage ou à un événement, sans nommer la source : le lecteur doit la reconnaître.

Synonymes

  • Réminiscence — suggère un souvenir involontaire de l'auteur, quand l'allusion est en général calculée
  • Clin d'œil — registre familier ; à éviter dans une copie sauf pour qualifier un ton complice

Antonymes

  • Citation explicite — elle donne la source que l'allusion dissimule
  • Explicitation — démarche inverse : dire tout, alors que l'allusion mise sur le non-dit

À ne pas confondre

  • Symbole — le symbole renvoie à une idée, l'allusion à un texte ou à un fait précis

Selon l'époque et le point de vue — L'allusion mythologique est ornementale au XVIIe siècle, où tous les lecteurs partagent la même culture antique ; elle devient énigmatique chez les symbolistes, qui comptent sur un public restreint.

Ce que le mot permet d'écrire — L'allusion se prouve : il faut pouvoir nommer l'hypotexte. Analyser l'effet produit — ennoblissement, ironie, pathétique — plutôt que se féliciter de l'avoir repérée.

Pastiche

Imitation du style d'un auteur, d'un genre ou d'une époque : lexique, syntaxe, motifs, sans transformation comique obligatoire.

Synonymes

  • À la manière de — formule descriptive, sans le soupçon d'exercice d'école que porte parfois « pastiche »
  • Imitation stylistique — plus neutre, utile quand l'intention est admirative

Antonymes

  • Parodie — la parodie transforme pour rabaisser ; le pastiche reproduit la manière sans viser le rire
  • Style propre — l'écriture personnelle assumée, que le pastiche met provisoirement de côté

À ne pas confondre

  • Plagiat — le plagiat vole un contenu, le pastiche reprend une manière, opération reconnue et signée

Selon l'époque et le point de vue — Exercice d'apprentissage dans la rhétorique ancienne, le pastiche devient au XIXe siècle un instrument critique : Flaubert imite dans Madame Bovary (1857) le style des romans sentimentaux pour en montrer la mécanique.

Ce que le mot permet d'écrire — Dire ce que le pastiche révèle du modèle : ses tics, ses facilités, sa grandeur. « Pastiche ironique » est l'expression juste quand l'imitation sert la critique.

Parodie

Reprise d'une œuvre, d'un genre ou d'un style pour en tirer un effet comique, satirique ou dévalorisant.

Synonymes

  • Travestissement — chez Genette, forme précise : on raconte un sujet noble en style bas
  • Caricature — vise une personne ou un type plus qu'un texte identifiable

Antonymes

  • Hommage — l'hommage élève le modèle que la parodie abaisse — la frontière est parfois ténue
  • Pastiche — imitation sans dévalorisation ; le critère est l'intention et l'effet, pas la ressemblance

À ne pas confondre

  • Ironie — l'ironie est un procédé énonciatif local ; la parodie est un rapport à un texte entier

Selon l'époque et le point de vue — Le Moyen Âge parodie l'épopée dans le Roman de Renart ; Voltaire parodie le roman d'apprentissage et l'optimisme dans Candide (1759) ; au XIXe siècle, la parodie de mélodrame accompagne le succès du genre.

Ce que le mot permet d'écrire — Le correcteur attend la cible : on ne parodie jamais dans le vide. Écrire « parodie de l'épopée » et préciser quel trait épique est retourné.

Réécriture

Reprise d'une histoire, d'un personnage ou d'un mythe déjà traité, avec des modifications de sens, de forme ou de point de vue.

Synonymes

  • Adaptation — implique un changement de support ou de public (scène, cinéma, jeunesse)
  • Variation — suggère une série de reprises sur un même motif, sans hiérarchie entre elles

Antonymes

  • Création ex nihilo — fiction critique : même les récits les plus neufs recomposent des schémas connus
  • Copie — la copie ne transforme rien ; c'est justement l'écart qui fait la réécriture

À ne pas confondre

  • Traduction — la traduction change la langue en visant la fidélité ; la réécriture change le sens en assumant l'écart

Selon l'époque et le point de vue — La matière antique est réécrite sans cesse : Phèdre par Euripide, Sénèque puis Racine (1677) ; Dom Juan passe de Tirso de Molina (vers 1630) à Molière (1665). Au XXe siècle, la réécriture devient souvent politique : une Antigone jouée à Paris en 1944 ne dit pas ce que disait celle de Sophocle.

Ce que le mot permet d'écrire — Structurer l'analyse en trois temps : ce qui est conservé, ce qui est déplacé, ce que l'écart signifie à cette date. C'est le plan de comparaison le plus sûr.

Transposition

Forme sérieuse de réécriture : on déplace une histoire dans un autre temps, un autre lieu, un autre genre ou un autre milieu, sans intention comique.

Synonymes

  • Transfert — insiste sur le déplacement matériel, notamment d'un support à un autre
  • Actualisation — cas particulier : la transposition se fait vers le présent du lecteur ou du spectateur

Antonymes

  • Travestissement — déplacement dévalorisant : même mécanique, intention inverse
  • Fidélité littérale — projet de ne rien déplacer, qui est le contraire du geste de transposition

À ne pas confondre

  • Parodie — la transposition garde le sérieux du sujet ; la parodie l'abaisse

Selon l'époque et le point de vue — La tragédie classique transpose systématiquement l'Antiquité dans les codes de la cour : les héros de Racine parlent le langage galant du XVIIe siècle. Le théâtre du XXe siècle transpose les mythes pour parler de l'actualité.

Ce que le mot permet d'écrire — Toujours nommer le paramètre déplacé — époque, lieu, milieu social, genre — puis dire ce que ce déplacement rend visible. « Transposition moderne » sans plus de précision ne vaut rien.

Palimpseste

Parchemin gratté pour être réutilisé, sur lequel l'écriture ancienne reste lisible sous la nouvelle. Métaphore de l'intertextualité, popularisée par le titre de Genette (1982).

Synonymes

  • Superposition — terme technique et neutre, qui perd l'idée d'effacement imparfait
  • Stratification — évoque un empilement de couches, sans l'idée de lecture simultanée

Antonymes

  • Page blanche — fiction du commencement absolu, sans trace antérieure
  • Table rase — geste de rupture revendiqué par certaines avant-gardes, qui refuse l'héritage

À ne pas confondre

  • Brouillon — le brouillon est un état antérieur du même texte ; le palimpseste superpose deux textes différents

Selon l'époque et le point de vue — La métaphore vient de la philologie : on a retrouvé des textes antiques sous des manuscrits médiévaux. Elle passe à la critique littéraire dans les années 1980.

Ce que le mot permet d'écrire — Image utile en introduction ou en conclusion de commentaire, pour dire qu'un texte se lit sur deux plans. À ne pas employer comme synonyme paresseux d'« influence ».

Topos

Motif ou lieu commun littéraire, repris d'œuvre en œuvre, qui fonctionne comme un réservoir partagé : le locus amoenus, la rencontre amoureuse, le tombeau, la tempête. Pluriel : topoï.

Synonymes

  • Lieu commun — en français courant, le mot est péjoratif ; en analyse littéraire, le topos est neutre
  • Motif — plus large : un motif peut être singulier, un topos est par définition conventionnel

Antonymes

  • Trouvaille singulière — élément propre à une œuvre, que rien d'antérieur n'annonce
  • Cliché — un topos usé et non renouvelé : même matière, jugement dévalorisant

À ne pas confondre

  • Mythe — le mythe raconte une histoire avec des personnages nommés ; le topos est une situation type sans identité fixe
  • Genre — le genre est un cadre formel, le topos un contenu récurrent qui circule entre les genres

Selon l'époque et le point de vue — La rhétorique antique en dressait des catalogues à l'usage des orateurs ; le classicisme les tient pour des preuves de culture ; le romantisme prétend s'en affranchir tout en en créant de nouveaux, comme la méditation sur les ruines.

Ce que le mot permet d'écrire — Signaler un topos n'est intéressant que si l'on dit comment l'auteur le renouvelle ou le déçoit. « Zola reprend le topos de la descente aux enfers et le transporte dans la mine » : voilà l'analyse.

Mythe littéraire

Récit traditionnel, souvent d'origine antique ou biblique, repris par la littérature et retravaillé au point de devenir une figure autonome : Phèdre, Dom Juan, Faust, Antigone.

Synonymes

  • Figure mythique — désigne le personnage plutôt que le récit dans son ensemble
  • Légende — enracinée dans une histoire locale prétendue vraie, quand le mythe explique un ordre du monde

Antonymes

  • Personnage historique — attesté par des documents ; le mythe ne dépend pas de la preuve
  • Personnage inventé — créé par un seul auteur, sans réservoir de versions antérieures

À ne pas confondre

  • Mythe au sens anthropologique — récit fondateur d'une communauté ; le mythe littéraire, lui, vit de ses réécritures successives

Selon l'époque et le point de vue — Dom Juan naît en Espagne vers 1630 chez Tirso de Molina, passe à Molière en 1665, puis à l'opéra et au roman : chaque époque en accentue un trait, le blasphème, la séduction, la révolte.

Ce que le mot permet d'écrire — Ne jamais dire qu'un mythe est « éternel » : il change à chaque reprise. L'analyse consiste à identifier le noyau conservé et le trait que l'époque grossit.

Paratexte

Tout ce qui entoure le texte et en commande la lecture : titre, sous-titre, dédicace, épigraphe, préface, notes, quatrième de couverture, illustrations.

Synonymes

  • Seuils — métaphore imagée du même objet : ce qu'on franchit avant d'entrer dans le texte
  • Appareil éditorial — n'en désigne que la part produite par l'éditeur, non par l'auteur

Antonymes

  • Texte — le corps de l'œuvre, que le paratexte encadre sans en faire partie
  • Métatexte — le commentaire critique extérieur, publié à part, et non attaché à l'édition

À ne pas confondre

  • Contexte — le contexte est hors du livre ; le paratexte est imprimé dans le livre

Selon l'époque et le point de vue — Les préfaces de Racine (1677) ou de Hugo (préface de Cromwell, 1827) sont de véritables manifestes : au XVIIe et au XIXe siècle, le paratexte est le lieu du débat esthétique.

Ce que le mot permet d'écrire — À l'oral comme à l'écrit, exploiter le paratexte du texte donné : une dédicace « À Victor Hugo » en 1861 oriente déjà l'interprétation. C'est un point facile que la plupart des candidats oublient.

Mouvement littéraire

Ensemble d'auteurs partageant, à une période donnée, des choix esthétiques et souvent un texte-programme : humanisme, baroque, classicisme, Lumières, romantisme, réalisme, naturalisme, symbolisme, surréalisme.

Synonymes

  • Courant — plus flou et plus long : un courant peut traverser plusieurs mouvements organisés
  • École — suppose un chef de file et une doctrine explicite, ce que tout mouvement n'a pas

Antonymes

  • Genre — le genre est une forme (roman, tragédie) et traverse tous les mouvements
  • Auteur isolé — écrivain inclassable dont l'œuvre résiste à l'étiquette collective

À ne pas confondre

  • Période historique — plusieurs mouvements coexistent dans un même siècle et se combattent

Selon l'époque et le point de vue — Les mouvements se définissent souvent contre : Hugo en 1827 contre la séparation classique des tons, les réalistes contre l'idéalisation romantique, les symbolistes contre la description naturaliste.

Ce que le mot permet d'écrire — Le mouvement s'invoque après avoir montré des traits de texte, jamais à partir de la date. Formule sûre : « ces trois traits inscrivent le passage dans l'esthétique … ».

Contexte de production

Ensemble des circonstances historiques, sociales, politiques et culturelles dans lesquelles une œuvre est écrite et publiée, y compris les contraintes de censure et le public visé.

Synonymes

  • Situation d'écriture — plus étroit : centré sur l'auteur et le moment, sans la dimension collective
  • Arrière-plan historique — formulation vague, souvent le signe d'un paragraphe plaqué

Antonymes

  • Contexte de réception — ce que le public en fait, avant ou après, et qui peut contredire l'intention
  • Temps de la fiction — l'époque où se déroule l'action, souvent différente de celle de l'écriture

À ne pas confondre

  • Biographie — la vie de l'auteur n'explique pas l'œuvre ; le contexte éclaire ce que le texte rend visible

Selon l'époque et le point de vue — Le procès de Madame Bovary et celui des Fleurs du mal, tous deux en 1857, rappellent que la publication est un acte encadré : Flaubert est acquitté, Baudelaire condamné à retirer six pièces.

Ce que le mot permet d'écrire — Chaque phrase de contexte doit être testée : si on la retire et que l'analyse ne bouge pas, elle est inutile. Le contexte se rattache à une citation.

Contexte de réception

Manière dont une œuvre est accueillie, par ses premiers lecteurs puis par les suivants : succès, scandale, oubli, réhabilitation.

Synonymes

  • Accueil critique — ne concerne que les professionnels, alors que la réception inclut le public
  • Postérité — ne porte que sur le long terme, pas sur la réception immédiate

Antonymes

  • Intention de l'auteur — ce qu'il visait, souvent démenti par ce que le public a compris
  • Contexte de production — l'amont de l'œuvre, quand la réception en est l'aval

À ne pas confondre

  • Interprétation savante — la réception est un fait historique mesurable ; l'interprétation est un acte de lecture

Selon l'époque et le point de vue — La bataille d'Hernani (1830) est l'exemple canonique : le scandale ne s'explique que par les attentes d'un public formé au théâtre classique. Une œuvre sifflée à sa création peut devenir un classique.

Ce que le mot permet d'écrire — Utile en ouverture de conclusion pour montrer qu'une œuvre a changé de sens. Ne pas confondre le jugement du public d'époque avec la valeur du texte.

Horizon d'attente

Ensemble des normes, des habitudes et des savoirs avec lesquels un public aborde une œuvre, et que celle-ci peut satisfaire ou décevoir.

Synonymes

  • Attentes du lecteur — formulation courante, moins précise : l'horizon d'attente est collectif et historique
  • Code de lecture — désigne les conventions du genre, une partie seulement de l'horizon d'attente

Antonymes

  • Effet de surprise — ce qui se produit précisément quand l'horizon d'attente est déjoué
  • Lecture naïve — lecture sans repères, qui ne perçoit ni la convention ni sa transgression

À ne pas confondre

  • Contexte de réception — le contexte décrit ce qui s'est passé, l'horizon d'attente explique pourquoi cela s'est passé

Selon l'époque et le point de vue — La notion vient de l'esthétique de la réception développée dans les années 1970 ; elle a renouvelé l'histoire littéraire en déplaçant l'attention de l'auteur vers le public.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert à expliquer un scandale ou un succès : « en rompant l'unité de ton, le drame déçoit l'horizon d'attente d'un public formé à la tragédie ». Formule qui impressionne à bon droit, si elle est suivie d'un fait.

Imitation (imitatio)

Pratique reconnue, du XVIe au XVIIIe siècle, consistant à prendre les Anciens pour modèles afin de s'en nourrir et de produire du neuf dans sa propre langue.

Synonymes

  • Innutrition — métaphore de la Renaissance : digérer les modèles jusqu'à les assimiler, plus exigeant que l'imitation de surface
  • Émulation — ajoute l'idée de rivalité : imiter pour surpasser

Antonymes

  • Originalité romantique — valeur inverse, qui fait de la dette un défaut à partir du XIXe siècle
  • Servilité — imitation ratée, restée littérale, que la Renaissance elle-même condamnait

À ne pas confondre

  • Plagiat — l'imitation est publique et valorisée ; le plagiat se cache et trompe

Selon l'époque et le point de vue — Du Bellay en 1549 fonde sur elle tout un programme national : enrichir le français en imitant le grec et le latin. Le XVIIe siècle en fait la règle, la querelle des Anciens et des Modernes la discute, le romantisme la disqualifie.

Ce que le mot permet d'écrire — Employer ce mot, et non « copier », pour parler des siècles classiques : c'est un marqueur de justesse historique dans une copie.

Anachronisme

Erreur consistant à placer dans une époque un élément qui ne lui appartient pas, ou à juger une œuvre ancienne avec des catégories postérieures sans le signaler.

Synonymes

  • Contresens historique — désigne le résultat, quand l'anachronisme désigne l'opération fautive
  • Présentisme — cas précis : lire systématiquement le passé avec les valeurs du présent

Antonymes

  • Contextualisation — démarche inverse : restituer les catégories de l'époque avant de juger
  • Anachronisme volontaire — procédé littéraire assumé, comme une transposition moderne d'un mythe : ce n'est plus une faute mais un effet

À ne pas confondre

  • Actualisation — l'actualisation est un choix de mise en scène revendiqué ; l'anachronisme critique est une erreur de lecture

Selon l'époque et le point de vue — Les peintres de la Renaissance habillaient les personnages bibliques à la mode de leur temps sans y voir de faute ; la conscience historique moderne, née au XIXe siècle, a fait de l'anachronisme un défaut.

Ce que le mot permet d'écrire — Le piège numéro un de l'oral. On peut critiquer les valeurs d'un texte ancien, à condition d'écrire « lu aujourd'hui, ce passage … » : la précaution vaut un point de lucidité.

Les repères du programme

Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.

Hypotexte / hypertexte

Le premier est le texte source, le second celui qui le reprend et le transforme.

Ce qu'il débloque — Donne un vocabulaire net pour parler d'une réécriture sans dire « il s'inspire de ». Impose aussi de vérifier la chronologie avant d'affirmer un lien.

Exemple — Sur Phèdre de Racine (1677), l'hypotexte est double : l'Hippolyte d'Euripide et la Phaedra de Sénèque ; l'hypertexte ajoute le personnage d'Aricie, absent des sources.

Pastiche / parodie

Deux imitations qui se distinguent non par le degré de ressemblance mais par l'intention : reproduire une manière, ou rabaisser un modèle.

Ce qu'il débloque — Évite l'erreur la plus fréquente de la copie, qui appelle « parodie » toute imitation. Oblige à formuler un effet.

Exemple — Sur Madame Bovary (1857), l'imitation du style des romans sentimentaux est un pastiche ironique : Flaubert n'en fait pas rire les personnages, il en fait voir la mécanique.

Temps de l'écriture / temps de l'action

La date de publication et l'époque où se déroule le récit sont deux faits distincts, qu'il faut nommer séparément.

Ce qu'il débloque — Permet d'interpréter un décalage : écrire sur un passé proche est souvent une manière de parler du présent.

Exemple — Sur Germinal (1885), Zola s'appuie sur la grève d'Anzin de 1884 mais situe l'action sous le Second Empire : le détour historique protège et généralise la charge sociale.

Contexte / prétexte

Le contexte éclaire un effet observé dans le texte ; le prétexte est un savoir extérieur placé là pour remplir la copie.

Ce qu'il débloque — Sert de test de relecture : toute phrase historique non rattachée à une citation doit être coupée.

Exemple — Sur un poème de Baudelaire, « Paris se transforme alors » n'est un contexte que si l'on cite « Le vieux Paris n'est plus » juste avant.

Mythe / mythe littéraire

Le premier est un récit traditionnel partagé par une communauté, le second la série de ses réécritures, qui le déplacent à chaque fois.

Ce qu'il débloque — Interdit de dire qu'un mythe est immuable et oblige à comparer des versions datées.

Exemple — Sur Dom Juan, le passage de Tirso de Molina (vers 1630) à Molière (1665) déplace l'accent du châtiment religieux vers l'hypocrisie sociale.

Production / réception

Ce qui entoure l'écriture, et ce que le public en fait — deux contextes qui ne coïncident pas toujours.

Ce qu'il débloque — Explique les scandales, les procès et les réhabilitations, et fournit une ouverture solide en conclusion.

Exemple — Sur Les Fleurs du mal (1857), le contexte de production est le Second Empire ; le contexte de réception, un procès qui aboutit au retrait de six pièces.

Imitation / originalité

Deux valeurs opposées selon les siècles : l'imitation des Anciens est un honneur jusqu'au XVIIIe siècle, l'originalité devient le critère à partir du romantisme.

Ce qu'il débloque — Évite l'anachronisme de jugement : reprocher à Racine de ne pas inventer son sujet est un contresens.

Exemple — Sur la Deffence et Illustration de la langue françoyse de Du Bellay (1549), l'imitation est explicitement présentée comme le moyen d'enrichir le français.

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