Égalité femmes-hommes, discriminations, handicap et société inclusive, racisme, antisémitisme, antitsiganisme, haine anti-LGBT (EMC de 1re)
À propos de cette page
Ce cours d'EMC en première sur « Égalité, discriminations et société inclusive » suit le programme officiel d'EMC de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : L'égalité, principe républicain : de l'égalité en droit à l'égalité réelle, Égalité femmes-hommes : la conquête des droits (1791-2024), Égalité femmes-hommes : des inégalités qui persistent, Les discriminations : définir, prouver, sanctionner. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en EMC.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Olympe de Gouges réclame l'égalité des sexes (1791)
Facile
Déclaration politique (document d'époque) · Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dans la brochure Les Droits de la femme, adressée à la reine, Paris, septembre 1791 (orthographe modernisée).
En septembre 1791, la Constitution qui vient d'être adoptée réserve le vote aux « citoyens actifs », tous des hommes. Olympe de Gouges, femme de lettres, reprend article par article la Déclaration de 1789 pour montrer qu'elle oublie la moitié de la nation.
Article premier. La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
Article VI. La loi doit être l'expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les citoyennes et tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.
Article X. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même fondamentales ; la femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune, pourvu que ses manifestations ne troublent pas l'ordre public établi par la loi.
Postambule. Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits.
Présentez le document, puis montrez comment Olympe de Gouges revendique l'égalité entre les femmes et les hommes et en quoi ce texte éclaire la conquête de l'égalité.
Présentez le document (nature, auteure, date, destinataires).
Comment l'auteure utilise-t-elle la Déclaration de 1789 ? Appuyez-vous sur l'article premier.
Quels droits réclame-t-elle dans les articles VI et X ?
Quelle portée ce texte a-t-il eue en 1791, et quand ces revendications ont-elles été satisfaites ?
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'une déclaration politique publiée en septembre 1791 par Olympe de Gouges, femme de lettres engagée, dans une brochure adressée à la reine Marie-Antoinette. Elle s'adresse aussi à l'Assemblée et, plus largement, aux femmes elles-mêmes, comme le montre l'apostrophe finale « Femme, réveille-toi ». Elle paraît au moment où la Constitution de 1791 exclut les femmes de la citoyenneté politique.
2. L'auteure reprend presque mot pour mot la Déclaration du 26 août 1789 en remplaçant « les hommes » par « la Femme » : « La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits ». Ce procédé de réécriture montre que l'universalité proclamée en 1789 est incomplète : si les droits sont naturels, ils appartiennent aussi aux femmes. Elle retourne donc les principes révolutionnaires contre leurs auteurs.
3. L'article VI réclame des droits politiques : les citoyennes doivent « concourir » à la formation de la loi, donc voter et être représentées, et être admissibles « à toutes dignités, places et emplois publics » selon leurs seuls talents. L'article X réclame la liberté d'opinion et la parole publique : si la femme est punissable, jusqu'à « monter sur l'échafaud », elle doit pouvoir « monter à la Tribune ». Égalité des devoirs et égalité des droits vont ensemble.
4. En 1791, le texte n'a aucun effet juridique ; Olympe de Gouges est guillotinée le 3 novembre 1793 et le Code civil de 1804 renforce la subordination des femmes mariées. Ses revendications sont satisfaites très progressivement : droit de vote et d'éligibilité par l'ordonnance du 21 avril 1944, égalité « dans tous les domaines » par le préambule de 1946, égal accès aux mandats par la révision de 1999 et la loi sur la parité de 2000. Le texte est aujourd'hui une référence fondatrice de l'égalité femmes-hommes.
Ce que cette analyse apprend — Comparer un texte à celui qu'il réécrit permet de faire apparaître sa thèse : ici, l'universalisme incomplet de 1789.
Document 2 — Les femmes à l'Assemblée nationale, de 1945 à 2024
Moyen
Tableau statistique · D'après les résultats des élections législatives publiés par l'Assemblée nationale et le ministère de l'Intérieur, 1945-2024.
Les femmes sont électrices et éligibles depuis 1944, mais leur présence à l'Assemblée stagne pendant un demi-siècle. La parité est inscrite dans la Constitution en 1999, puis mise en œuvre par la loi du 6 juin 2000.
Élection
Femmes élues
Part des sièges
1945 (Assemblée constituante)
33
5,6 %
1993
35
6,1 %
1997
63
10,9 %
2002
71
12,3 %
2007
107
18,5 %
2012
155
26,9 %
2017
224
38,8 %
2022
215
37,3 %
2024
208
36,0 %
Repères : révision constitutionnelle du 8 juillet 1999 ; loi du 6 juin 2000 « tendant à favoriser l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ». Pour les législatives, un parti qui présente un écart de plus de 2 % entre candidats des deux sexes voit réduite sa dotation publique.
Analysez l'évolution de la représentation des femmes à l'Assemblée nationale et montrez les effets et les limites des politiques de parité.
Décrivez l'évolution de la part des femmes députées entre 1945 et 2024, en distinguant des étapes.
Comment expliquer la faiblesse de cette part jusqu'en 1993 ?
Quel rôle ont joué la réforme de 1999-2000 et les choix des partis ?
Pourquoi la parité n'est-elle pas atteinte à l'Assemblée, alors qu'elle l'est dans d'autres assemblées ?
Voir la réponse rédigée
1. Trois étapes se dessinent. De 1945 à 1993, la part des femmes stagne à un niveau très faible : 5,6 % en 1945, encore 6,1 % en 1993, soit presque la même proportion un demi-siècle plus tard. De 1997 à 2017, elle progresse fortement : 10,9 % en 1997, 18,5 % en 2007, 38,8 % en 2017, record historique. Depuis 2017, elle recule légèrement (37,3 % en 2022, 36 % en 2024) et reste loin de la moitié.
2. Le droit de vote et d'éligibilité, acquis en 1944, n'a pas suffi : c'est l'exemple même d'une égalité en droit sans égalité réelle. Les partis investissaient surtout des hommes, notamment dans les circonscriptions gagnables ; le cumul des mandats favorisait les élus installés ; les stéréotypes associaient le pouvoir politique aux hommes, et la charge familiale pesait sur les femmes.
3. La hausse de 1997 précède la loi : le Parti socialiste avait alors réservé environ 30 % de ses investitures à des femmes. La révision du 8 juillet 1999 permet ensuite à la loi d'imposer des règles, et la loi du 6 juin 2000 sanctionne financièrement les partis qui ne présentent pas autant de candidates que de candidats. Le bond de 2017 s'explique aussi par un choix partisan : La République en marche investit autant de femmes que d'hommes et remporte la majorité.
4. Aux législatives, le scrutin est uninominal : la loi ne peut imposer d'élire des femmes, seulement pénaliser financièrement les partis déséquilibrés, et certains préfèrent payer ou placer des femmes dans des circonscriptions difficiles. Dans les scrutins de liste, l'alternance obligatoire d'un homme et d'une femme garantit un résultat proche de 50 % ; aux élections départementales, le binôme femme-homme (loi du 17 mai 2013) a donné des conseils strictement paritaires dès 2015. La règle électorale compte donc autant que le principe.
Ce que cette analyse apprend — Découper une série chiffrée en étapes, puis relier chaque rupture à une loi ou à un choix d'acteur.
Document 3 — La loi de 2005 : une nouvelle définition du handicap
Moyen
Extraits de textes de loi · Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, article 2 (codifié aux articles L. 114 et L. 114-1 du Code de l'action sociale et des familles) ; article L. 112-1 du Code de l'éducation dans sa rédaction issue de cette loi (2005).
Trente ans après la loi d'orientation du 30 juin 1975, la loi du 11 février 2005 refond la politique du handicap, sous la pression des associations. Un an plus tard, l'ONU adopte la Convention relative aux droits des personnes handicapées (13 décembre 2006).
Article L. 114 du Code de l'action sociale et des familles. « Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant. »
Article L. 114-1. « Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l'ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l'accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté. L'État est garant de l'égalité de traitement des personnes handicapées sur l'ensemble du territoire […]. »
Article L. 112-1 du Code de l'éducation (extrait). Tout enfant ou adolescent présentant un handicap est inscrit dans l'école ou l'établissement le plus proche de son domicile, qui constitue son « établissement de référence ».
Montrez en quoi ces extraits traduisent une nouvelle conception du handicap et de l'égalité, puis discutez leur mise en œuvre.
Présentez les documents et leur contexte.
En quoi la définition du handicap de l'article L. 114 est-elle nouvelle ?
Quels principes républicains l'article L. 114-1 mobilise-t-il ?
Montrez, à partir de l'article L. 112-1 et de vos connaissances, ce qu'est l'école inclusive et quelles en sont les limites.
Voir la réponse rédigée
1. Ce sont des extraits de textes juridiques : la loi du 11 février 2005, codifiée dans le Code de l'action sociale et des familles, et un article du Code de l'éducation issu de la même loi. Ils s'adressent à l'ensemble des acteurs publics (État, départements, écoles) et remplacent la logique de la loi de 1975, centrée sur des établissements spécialisés, par une logique de droits.
2. Le handicap n'est plus défini par la seule déficience de la personne, mais comme une « limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement ». Le mot « environnement » est décisif : un escalier sans ascenseur crée la situation de handicap du fauteuil roulant. La définition est aussi large : elle inclut les fonctions « sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques », donc les handicaps invisibles (troubles psychiques, troubles cognitifs).
3. L'article mobilise la fraternité sous la forme de la « solidarité de l'ensemble de la collectivité nationale », l'égalité (« égalité de traitement […] sur l'ensemble du territoire ») et la citoyenneté (« plein exercice de sa citoyenneté »). La personne handicapée n'est pas un objet d'assistance mais un citoyen titulaire des mêmes droits fondamentaux, dont l'État garantit l'accès.
4. L'école inclusive signifie que l'enfant handicapé est d'abord inscrit dans l'école ordinaire, son « établissement de référence », et que l'école s'adapte à lui : accompagnants (AESH), unités localisées pour l'inclusion scolaire (ULIS), aménagements d'examens ; la loi du 8 juillet 2013 inscrit l'inclusion de tous les enfants dans le Code de l'éducation. Les limites sont connues : manque d'AESH et contrats précaires, formation insuffisante des enseignants, retards d'accessibilité des bâtiments (l'échéance de 2015 a été repoussée). Le droit est posé ; l'égalité réelle reste à construire.
Ce que cette analyse apprend — Dans un texte de loi, repérer le mot qui porte le changement (ici « environnement ») et le relier à une conception nouvelle.
Document 4 — Le carnet anthropométrique des « nomades » (1912-1969)
Difficile
Document iconographique (description d'un carnet) et extrait de loi · Loi du 16 juillet 1912 sur l'exercice des professions ambulantes et la réglementation de la circulation des nomades, article 3 ; modèle de carnet anthropométrique d'identité fixé par le décret du 16 février 1913 (exemplaires conservés dans plusieurs services d'archives départementales).
Au début du XXe siècle, la presse et les élus dénoncent le « péril nomade » ; la loi de 1912 répond par un contrôle policier sans équivalent. Le carnet sert en 1940 à repérer les personnes assignées à résidence puis internées jusqu'en 1946.
Extrait de la loi du 16 juillet 1912, article 3. « Sont réputés nomades pour l'application de la présente loi, quelle que soit leur nationalité, tous individus circulant en France sans domicile ni résidence fixe et ne rentrant dans aucune autre catégorie ci-dessus spécifiée, même s'ils ont des ressources ou prétendent exercer une profession. »
Description du carnet anthropométrique d'identité. Petit livret cartonné, délivré à toute personne classée « nomade » dès l'âge de 13 ans. Sur les premières pages : identité, lieu de naissance, signalement. Le carnet porte des mesures corporelles inspirées de la méthode de l'identification judiciaire mise au point par Alphonse Bertillon pour les délinquants : taille, hauteur du buste, envergure, dimensions de la tête, longueur de l'oreille droite, de certains doigts et du pied gauche, couleur des yeux. Deux photographies (face et profil) et les empreintes digitales complètent la fiche. Les pages suivantes sont couvertes de cachets : à chaque arrivée et à chaque départ d'une commune, le carnet doit être présenté au commissaire de police, à la gendarmerie ou au maire pour être visé. Un carnet collectif recense le chef de famille et ses proches ; les voitures portent une plaque de contrôle spéciale.
Analysez ce document pour montrer comment la République a construit une catégorie discriminée, puis comment elle a reconnu cette discrimination.
Présentez le document et la catégorie créée par la loi de 1912.
En quoi ce carnet traite-t-il les « nomades » comme des suspects ? Appuyez-vous sur la description.
Pourquoi peut-on parler de discrimination alors que la loi dit viser un mode de vie et non une origine ?
Quelles suites ce dispositif a-t-il eues de 1940 à 2017 ?
Voir la réponse rédigée
1. Le document associe un article de la loi du 16 juillet 1912 et la description du carnet anthropométrique dont le modèle est fixé par le décret du 16 février 1913. La loi distingue les marchands ambulants, les forains et une troisième catégorie, les « nomades », définis par l'absence de « domicile ni résidence fixe », « quelle que soit leur nationalité » et « même s'ils ont des ressources ». Elle vise en pratique les familles tsiganes (Manouches, Gitans, Roms), dont beaucoup sont françaises.
2. Le carnet reprend les techniques de l'identification judiciaire d'Alphonse Bertillon, conçues pour les délinquants : mensurations, photographies de face et de profil, empreintes digitales. Ces personnes sont donc fichées comme des criminels potentiels, sans avoir commis aucune infraction, dès 13 ans. L'obligation de faire viser le carnet à chaque arrivée et départ d'une commune organise une surveillance permanente et rend visible la personne contrôlée partout où elle passe.
3. La loi se présente comme neutre (elle vise un mode de vie), mais la formule « même s'ils ont des ressources ou prétendent exercer une profession » montre que le soupçon ne dépend pas du comportement : il s'attache au groupe lui-même. C'est un cas proche de ce qu'on appelle aujourd'hui une discrimination indirecte, et même directe dans son application, puisque l'administration ciblait des familles désignées comme « Bohémiens » ou « Romanichels ». Le traitement différent (fichage, contrôle) n'est justifié par aucun motif individuel, ce qui heurte l'égalité devant la loi.
4. Le fichage prépare la persécution : le décret du 6 avril 1940 assigne les nomades à résidence, puis environ 6 000 à 6 500 personnes sont internées de 1940 à 1946 dans une trentaine de camps gérés par l'administration française, comme Montreuil-Bellay. Le carnet est remplacé en 1969 par des titres de circulation ; le Conseil constitutionnel en censure une partie le 5 octobre 2012 et la loi du 27 janvier 2017 les supprime. Le 29 octobre 2016, François Hollande reconnaît à Montreuil-Bellay la responsabilité de la France. Le document montre ainsi qu'un État républicain peut produire une discrimination par la loi, et que la reconnaissance fait partie de la lutte contre l'antitsiganisme.
Ce que cette analyse apprend — Face à une loi en apparence neutre, chercher la formule qui révèle le groupe réellement visé et le traitement réservé à ce groupe.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.