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Spécialité SES Terminale

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Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ?

Mesure des inégalités, conceptions de la justice sociale, redistribution, services collectifs, lutte contre la discrimination (spécialité SES de Tle)

À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en terminale sur « Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ? » suit le programme officiel de spécialité SES de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Des inégalités économiques et sociales multiformes et cumulatives, Mesurer les inégalités : les outils statiques, Mesurer les inégalités dans le temps : la corrélation des revenus parents-enfants, Trois formes d'égalité. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité SES.

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Espérance de vie et niveau de vie

Facile

Tableau statistique · Nathalie Blanpain, « L'espérance de vie par niveau de vie : chez les hommes, 13 ans d'écart entre les plus aisés et les plus modestes », Insee Première n° 1687, février 2018 (données 2012-2016).

L'Insee publie en 2018 la première estimation de l'espérance de vie selon le niveau de vie, en appariant données fiscales et état civil. L'étude s'adresse au public et aux décideurs publics.

Espérance de vie à la naissance (en années)HommesFemmes
5 % des personnes les plus modestes71,780,0
5 % des personnes les plus aisées84,488,3
Écart (en années)12,78,3

Champ : France, période 2012-2016. Les personnes sont classées selon leur niveau de vie.

Présentez le document, puis répondez aux questions en mobilisant vos connaissances.

  1. Faites une phrase de lecture de la donnée 84,4.
  2. Calculez l'écart relatif d'espérance de vie entre les 5 % les plus aisés et les 5 % les plus modestes, pour les hommes puis pour les femmes.
  3. Montrez que ce document illustre le caractère cumulatif des inégalités.
  4. En quoi ce document peut-il justifier l'intervention des pouvoirs publics au nom de la justice sociale ?
Voir la réponse rédigée

Présentation. Ce tableau, publié par l'Insee en 2018, compare l'espérance de vie à la naissance des 5 % les plus modestes et des 5 % les plus aisés, par sexe, en France sur la période 2012-2016.

1. Selon l'Insee, en France, sur la période 2012-2016, un homme appartenant aux 5 % des personnes les plus aisées pouvait espérer vivre en moyenne 84,4 ans à la naissance, si les conditions de mortalité de la période restaient inchangées tout au long de sa vie.

2. Pour les hommes, l'écart absolu est de 84,4 − 71,7 = 12,7 ans ; l'écart relatif est de 12,7 ÷ 71,7 × 100 ≈ 17,7 % : les plus aisés vivent en moyenne près de 18 % plus longtemps que les plus modestes. Pour les femmes, l'écart est de 8,3 ans, soit 8,3 ÷ 80,0 × 100 ≈ 10,4 %. L'inégalité est donc plus marquée chez les hommes.

3. Une inégalité économique (le niveau de vie) se double ici d'une inégalité sociale fondamentale : la durée de la vie. Le lien passe par plusieurs mécanismes qui s'enchaînent. Les plus modestes occupent plus souvent des emplois pénibles et exposés (travail physique, horaires décalés) ; ils vivent dans des logements moins favorables ; ils renoncent plus souvent à certains soins pour raisons financières ; leur niveau de diplôme, plus faible en moyenne, s'accompagne de comportements de santé moins favorables. En retour, une mauvaise santé réduit la capacité à travailler et donc le revenu. Les inégalités se renforcent mutuellement : c'est leur caractère cumulatif.

4. Une inégalité qui touche la vie elle-même est difficile à justifier, quelle que soit la conception retenue : elle ne résulte pas d'un choix et elle limite l'égalité des chances. Les pouvoirs publics peuvent agir par des services collectifs de santé (hôpital public, prise en charge des soins), par la prévention et par la redistribution, qui améliore le niveau de vie des plus modestes. Un rawlsien y verrait un moyen d'améliorer le sort des plus défavorisés ; un libertarien, en revanche, contesterait une redistribution financée par l'impôt.

Ce que cette analyse apprend — Écrire une phrase de lecture complète (source, lieu, date, unité, sens) et transformer un écart absolu en écart relatif.

Document 2 — Le top 1 % et les 50 % les moins aisés, 1980-2016

Moyen

Tableau statistique (comparaison internationale) · World Inequality Lab (F. Alvaredo, L. Chancel, T. Piketty, E. Saez, G. Zucman), Rapport sur les inégalités mondiales 2018, valeurs arrondies.

Le Rapport sur les inégalités mondiales, publié en décembre 2017 et daté de 2018, rassemble des séries construites à partir des données fiscales et des comptes nationaux. Il s'adresse aux citoyens comme aux décideurs.

Part du revenu national avant impôt (en %)États-Unis 1980États-Unis 2016Europe de l'Ouest 1980Europe de l'Ouest 2016
1 % les plus aisés11201012
50 % les moins aisés20132422

Revenu avant impôt : revenus du travail et du capital, y compris pensions et allocations chômage, avant impôts et autres transferts.

Présentez le document, puis répondez aux questions.

  1. Faites une phrase de lecture de la donnée 20 (États-Unis, 2016, 1 % les plus aisés).
  2. Calculez l'évolution de la part du top 1 % aux États-Unis entre 1980 et 2016, en points de pourcentage puis sous forme de coefficient multiplicateur.
  3. Calculez combien de fois le revenu moyen d'un membre du top 1 % est supérieur à celui d'un membre des 50 % les moins aisés, aux États-Unis en 1980 puis en 2016.
  4. Pourquoi la part du top 1 % complète-t-elle utilement le coefficient de Gini ?
Voir la réponse rédigée

Présentation. Ce tableau du World Inequality Lab (2018) compare, aux États-Unis et en Europe de l'Ouest, en 1980 et en 2016, la part du revenu national avant impôt perçue par les 1 % les plus aisés et par les 50 % les moins aisés.

1. Selon le World Inequality Lab, aux États-Unis, en 2016, les 1 % des adultes les plus aisés percevaient environ 20 % du revenu national avant impôt.

2. La part du top 1 % passe de 11 % à 20 %, soit une hausse de 9 points de pourcentage. Le coefficient multiplicateur est de 20 ÷ 11 ≈ 1,8 : la part du centième le plus riche a presque doublé en 36 ans. En Europe de l'Ouest, elle n'a augmenté que de 2 points (10 % à 12 %, coefficient 1,2).

3. Détenir 11 % du revenu quand on représente 1 % de la population signifie percevoir en moyenne 11 fois le revenu moyen. Les 50 % les moins aisés, avec 20 % du revenu, perçoivent en moyenne 20 ÷ 50 = 0,4 fois le revenu moyen. En 1980, le rapport est donc de 11 ÷ 0,4 ≈ 27,5. En 2016, il est de 20 ÷ (13 ÷ 50) = 20 ÷ 0,26 ≈ 77. Le revenu moyen d'un membre du top 1 % est passé d'environ 27 à environ 77 fois celui d'un membre de la moitié la moins aisée. En Europe de l'Ouest, le même rapport passe d'environ 21 (10 ÷ 0,48) à 27 (12 ÷ 0,44) : la divergence est bien plus modérée.

4. Le coefficient de Gini résume toute la distribution en un seul nombre, mais il est peu sensible à ce qui se passe à l'extrémité supérieure et ne dit pas où se situent les écarts. La part du top 1 %, construite à partir des données fiscales, capte au contraire la concentration au sommet, que les enquêtes auprès des ménages mesurent mal. Le document montre que l'essentiel de la hausse des inégalités américaines depuis 1980 vient de ce sommet, ce qu'un Gini seul ne permettrait pas de localiser.

Ce que cette analyse apprend — Passer d'une part (en %) à un revenu moyen relatif, en divisant la part d'un groupe par son poids dans la population.

Document 3 — La transmission des revenus entre pères et fils

Moyen

Tableau statistique (comparaison internationale) · Miles Corak, « Income Inequality, Equality of Opportunity, and Intergenerational Mobility », Journal of Economic Perspectives, vol. 27, n° 3, 2013 (valeurs arrondies).

L'économiste canadien Miles Corak rassemble en 2013 des estimations nationales pour comparer la mobilité des revenus. Son article, destiné aux économistes, a popularisé la « courbe de Gatsby le magnifique ».

PaysÉlasticité intergénérationnelle des revenus (pères-fils)
Danemark0,15
Norvège0,17
Finlande0,18
Canada0,19
Suède0,27
Allemagne0,32
France0,41
États-Unis0,47
Royaume-Uni0,50

L'élasticité mesure la variation moyenne (en %) du revenu du fils à l'âge adulte associée à un revenu du père supérieur de 1 %.

Présentez le document, puis répondez aux questions en mobilisant vos connaissances.

  1. Faites une phrase de lecture de la valeur de la France.
  2. Comparez la France au Danemark et aux États-Unis.
  3. Pourquoi cet indicateur est-il qualifié de mesure « dynamique » des inégalités ?
  4. Montrez qu'une forte élasticité pose un problème de justice sociale pour l'égalitarisme libéral.
Voir la réponse rédigée

Présentation. Ce tableau, tiré d'un article de Miles Corak publié en 2013, compare dans neuf pays développés l'élasticité intergénérationnelle des revenus entre pères et fils.

1. Selon Miles Corak (2013), en France, lorsque le revenu d'un père est supérieur de 10 % à celui d'un autre père, le revenu de son fils à l'âge adulte est en moyenne supérieur de 4,1 %.

2. L'élasticité française (0,41) est 0,41 ÷ 0,15 ≈ 2,7 fois plus élevée que celle du Danemark : les écarts de revenu entre pères se transmettent près de trois fois plus aux fils en France. Elle est proche de celle des États-Unis (0,47), pays pourtant présenté comme celui du « rêve américain ». La France appartient au groupe des pays à faible mobilité des revenus, loin des pays nordiques et du Canada (0,15 à 0,19).

3. Un indicateur statique, comme le coefficient de Gini, décrit la répartition des revenus à une date. L'élasticité compare deux générations : elle mesure dans quelle mesure la position d'un individu dépend de celle de ses parents, donc la persistance des inégalités dans le temps. Deux pays au même Gini peuvent avoir des élasticités très différentes : les inégalités y sont alors plus ou moins « héritées ».

4. Pour Rawls (1971), les inégalités ne sont acceptables que si les positions sont ouvertes à tous dans des conditions de « juste égalité des chances » : à talent et effort égaux, deux enfants doivent avoir les mêmes perspectives, quel que soit le milieu d'origine. Une élasticité de 0,41 montre que l'origine pèse fortement sur le revenu futur, par la transmission du patrimoine, du capital culturel et des réseaux, et par la reproduction scolaire. Les inégalités de revenu observées en France ne peuvent donc pas être entièrement justifiées par le mérite : elles violent en partie la condition d'égalité des chances, ce qui justifie, dans cette conception, des politiques d'éducation et de redistribution.

Ce que cette analyse apprend — Lire une élasticité correctement (variation en % pour une variation de 1 % ou 10 %) et la relier à l'égalité des chances.

Document 4 — Le barème de l'impôt sur le revenu

Difficile

Texte réglementaire chiffré (barème fiscal) · Loi de finances pour 2024 (loi n° 2023-1322 du 29 décembre 2023), barème de l'impôt sur le revenu applicable aux revenus de 2023.

Chaque année, la loi de finances revalorise les seuils du barème de l'impôt sur le revenu, créé par la loi du 15 juillet 1914. Le barème s'adresse à tous les foyers fiscaux.

Fraction du revenu imposable (pour une part)Taux applicable à cette fraction
Jusqu'à 11 294 €0 %
De 11 295 € à 28 797 €11 %
De 28 798 € à 82 341 €30 %
De 82 342 € à 177 106 €41 %
Au-delà de 177 106 €45 %

Chaque taux s'applique uniquement à la fraction du revenu comprise dans la tranche. Pour les calculs, on considère une personne seule (une part), sans décote ni réduction d'impôt.

Présentez le document, puis répondez aux questions en mobilisant vos connaissances.

  1. Distinguez taux marginal et taux moyen d'imposition.
  2. Calculez l'impôt dû et le taux moyen d'imposition pour un revenu imposable de 20 000 €, de 40 000 € puis de 100 000 €.
  3. Comparez le rapport entre le revenu de 100 000 € et celui de 20 000 €, avant puis après impôt. Que montre ce calcul ?
  4. Montrez que la progressivité de l'impôt peut être jugée juste ou injuste selon la conception de la justice sociale retenue.
Voir la réponse rédigée

Présentation. Ce barème, fixé par la loi de finances pour 2024, indique les taux de l'impôt sur le revenu appliqués à chaque tranche du revenu imposable de 2023.

1. Le taux marginal est le taux qui s'applique à la dernière tranche atteinte par le revenu : c'est le taux payé sur un euro supplémentaire. Le taux moyen est le rapport entre l'impôt total et le revenu imposable. Comme chaque taux ne s'applique qu'à la fraction du revenu comprise dans sa tranche, le taux moyen est toujours inférieur au taux marginal : être « dans la tranche à 30 % » ne signifie pas payer 30 % de son revenu.

2. Pour 20 000 € : (20 000 − 11 294) × 0,11 = 8 706 × 0,11 ≈ 958 € ; taux moyen = 958 ÷ 20 000 ≈ 4,8 %.
Pour 40 000 € : 17 503 × 0,11 ≈ 1 925 € sur la tranche à 11 %, plus (40 000 − 28 797) × 0,30 = 11 203 × 0,30 ≈ 3 361 € ; impôt ≈ 5 286 € ; taux moyen ≈ 13,2 %.
Pour 100 000 € : 1 925 € + 53 544 × 0,30 ≈ 16 063 € + (100 000 − 82 341) × 0,41 = 17 659 × 0,41 ≈ 7 240 € ; impôt ≈ 25 229 € ; taux moyen ≈ 25,2 %.
Le taux moyen augmente avec le revenu : l'impôt est progressif.

3. Avant impôt, le revenu de 100 000 € est 5 fois supérieur à celui de 20 000 €. Après impôt, on compare 100 000 − 25 229 = 74 771 € et 20 000 − 958 = 19 042 € : le rapport tombe à 74 771 ÷ 19 042 ≈ 3,9. L'impôt progressif réduit l'écart relatif des revenus. À l'inverse, un impôt proportionnel comme la CSG (9,2 % sur les revenus d'activité) laisse ce rapport inchangé, et la TVA, régressive rapportée au revenu, l'accroît.

4. Pour l'égalitarisme libéral de Rawls (1971), la progressivité est juste si elle finance des dépenses qui améliorent le sort des plus défavorisés sans détruire les incitations qui profitent à tous. L'utilitarisme peut aussi la défendre : si l'utilité marginale du revenu décroît (Pigou, 1920), prélever davantage sur les hauts revenus réduit peu le bien-être total. Pour le libertarisme de Nozick (1974), en revanche, prélever une part croissante d'un revenu légitimement acquis porte atteinte à la propriété de soi : seul un impôt finançant l'État minimal serait acceptable. Enfin, des taux marginaux élevés alimentent le débat sur les désincitations (courbe de Laffer).

Ce que cette analyse apprend — Calculer un impôt par tranches, distinguer taux marginal et taux moyen, et mesurer l'effet redistributif par un rapport avant/après impôt.

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