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Quelles mutations du travail et de l'emploi ?

Salariat, qualité des emplois, organisation du travail, numérique, polarisation, intégration par le travail (spécialité SES de Tle)

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « Quelles mutations du travail et de l'emploi ? » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Travail, emploi, chômage : des notions à distinguer, Le salariat, une norme d'emploi qui se transforme, La qualité des emplois : six descripteurs, Du modèle taylorien au modèle post-taylorien. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Les statuts d'emploi en France en 2022

Facile

Tableau statistique · D'après INSEE, enquête Emploi 2022, France hors Mayotte, personnes de 15 ans ou plus en emploi ; valeurs arrondies à l'unité.

L'enquête Emploi de l'INSEE interroge chaque trimestre un large échantillon de ménages pour mesurer l'emploi et le chômage au sens du BIT. Ce tableau donne une photographie du stock des emplois selon le statut et le contrat.

Statut d'emploiPart dans l'ensemble des personnes en emploi (en %)
Non-salariés13
Salariés en CDI (fonctionnaires compris)74
Salariés en CDD8
Intérimaires2
Apprentis3
Ensemble100

Après avoir présenté le document, vous répondrez aux questions suivantes.

  1. Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée « 74 ».
  2. Calculez la part des salariés dans l'emploi, puis la part des CDI parmi les salariés.
  3. Calculez la part des formes particulières d'emploi (CDD, intérim, apprentissage) dans l'ensemble des emplois, puis parmi les seuls salariés.
  4. Montrez que ce document nuance l'idée d'une « fin du CDI », tout en laissant voir une zone d'emploi moins stable.
Voir la réponse rédigée

1. Selon l'INSEE, en 2022, en France (hors Mayotte), environ 74 % des personnes de 15 ans ou plus en emploi sont salariées en contrat à durée indéterminée, fonctionnaires compris. C'est de loin la situation d'emploi la plus fréquente.

2. Les salariés représentent 100 − 13 = 87 % des personnes en emploi, soit près de 9 sur 10. Parmi eux, la part des CDI est de 74 / 87 × 100 ≈ 85 % : plus de 8 salariés sur 10 sont en CDI.

3. Les formes particulières d'emploi représentent 8 + 2 + 3 = 13 % des personnes en emploi. Rapportées aux seuls salariés, elles en représentent 13 / 87 × 100 ≈ 15 %, soit environ un salarié sur sept. Attention : on ne peut pas additionner ces 13 % avec les 13 % de non-salariés pour parler d'« emploi atypique » sans préciser qu'il s'agit de deux réalités différentes.

4. Le document nuance l'idée d'une disparition du CDI : en 2022, il reste la norme du stock des emplois, avec près des trois quarts des personnes en emploi et environ 85 % des salariés. La société salariale décrite par Robert Castel ne s'est donc pas effondrée. Mais le tableau ne mesure qu'un stock à une date donnée. Les contrats courts, qui ne représentent que 13 % des emplois, se renouvellent sans cesse : en 2017, 87 % des embauches hors intérim se faisaient en CDD (Dares). La précarité se concentre donc sur une minorité, surtout des jeunes et des peu diplômés, qui enchaîne les contrats. Enfin, les 13 % de non-salariés regroupent des situations très différentes, du médecin libéral au livreur micro-entrepreneur dépendant d'une plateforme, dont le document ne dit rien : l'effritement de la norme se lit dans les flux et dans les marges, pas dans le chiffre global.

Ce que cette analyse apprend — Lire une répartition, changer de population de référence (emploi total ou salariés) et distinguer un stock d'un flux.

Document 2 — L'intensification du travail : les contraintes de rythme

Moyen

Données d'enquête statistique · D'après Dares, enquêtes Conditions de travail 1984 et 2013, résultats publiés dans Dares Analyses, 2014.

Depuis 1978, la Dares (service statistique du ministère du Travail) interroge régulièrement les actifs sur leurs conditions de travail. La période 1984-2013 correspond à la diffusion des organisations post-tayloriennes dans l'industrie et les services.

19842013
Part des salariés dont le rythme de travail est imposé par au moins trois contraintes (en %)635

Champ : salariés, France métropolitaine. Les contraintes de rythme recensées par l'enquête sont notamment : le déplacement automatique d'un produit ou d'une pièce, la cadence automatique d'une machine, des normes de production ou des délais courts à respecter, une demande extérieure (clients, public) obligeant à une réponse immédiate, la dépendance immédiate vis-à-vis du travail de collègues, les contrôles ou surveillances permanents de la hiérarchie, un contrôle ou suivi informatisé.

Après avoir présenté le document, vous répondrez aux questions suivantes.

  1. Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée de 2013.
  2. Mesurez l'évolution entre 1984 et 2013 par une variation en points de pourcentage, puis par un coefficient multiplicateur.
  3. Montrez que les contraintes recensées combinent une logique industrielle et une logique marchande.
  4. En quoi ce document nuance-t-il l'idée que le modèle post-taylorien améliore les conditions de travail ?
Voir la réponse rédigée

1. Selon la Dares, en 2013, en France métropolitaine, 35 % des salariés déclarent que leur rythme de travail est imposé par au moins trois contraintes, par exemple la cadence d'une machine, un délai court et la demande immédiate d'un client.

2. La part passe de 6 % à 35 %, soit une hausse de 35 − 6 = 29 points de pourcentage. Le coefficient multiplicateur est de 35 / 6 ≈ 5,8 : la part des salariés concernés a été multipliée par près de six en trente ans, ce qui correspond à un taux de variation d'environ + 483 %. Il ne faut pas écrire « + 29 % » : l'écart entre deux pourcentages s'exprime en points.

3. Certaines contraintes relèvent d'une logique industrielle, héritée du taylorisme : cadence d'une machine, déplacement automatique d'un produit, normes de production. D'autres relèvent d'une logique marchande : la demande d'un client ou du public qui exige une réponse immédiate. Michel Gollac et Serge Volkoff (2000) montrent que la nouveauté réside dans leur cumul : le juste-à-temps, en supprimant les stocks, fait peser directement la demande sur le travailleur, qui doit à la fois tenir des normes et répondre au client. S'y ajoutent des contraintes de contrôle, de plus en plus informatisées.

4. Le modèle post-taylorien promettait plus d'autonomie, de variété et de participation. Le document montre qu'il s'est accompagné d'une forte intensification du travail : en 2013, plus d'un salarié sur trois cumule au moins trois contraintes de rythme, contre à peine un sur seize en 1984. Philippe Askenazy (2004) relie cette intensification à la hausse des troubles musculo-squelettiques. L'autonomie gagnée est souvent une autonomie contrôlée. Il faut toutefois rester prudent : les données sont déclaratives, et la sensibilité des salariés aux contraintes a pu évoluer ; la tendance est cependant trop forte pour s'expliquer seulement ainsi.

Ce que cette analyse apprend — Distinguer variation en points et taux de variation, puis relier un indicateur statistique à un mécanisme (cumul des contraintes).

Document 3 — Combien d'emplois menacés par l'automatisation ? Des estimations divergentes

Moyen

Tableau comparatif de résultats d'études · D'après C. B. Frey et M. A. Osborne, 2013 (publié en revue en 2017) ; M. Arntz, T. Gregory et U. Zierahn, OCDE, 2016 ; L. Nedelkoska et G. Quintini, OCDE, 2018 ; Conseil d'orientation pour l'emploi, Automatisation, numérisation et emploi, 2017.

À partir de 2013, l'étude de Frey et Osborne relance le débat sur la « fin du travail ». Les études suivantes, menées pour l'OCDE ou pour le gouvernement français, reprennent la question avec d'autres méthodes.

Étude (champ)MéthodeRésultat
Frey et Osborne, 2013 (États-Unis)Risque estimé pour chaque métier pris en bloc47 % des emplois à risque élevé d'automatisation
Arntz, Gregory et Zierahn, OCDE, 2016 (pays de l'OCDE)Risque estimé tâche par tâche, à l'intérieur de chaque emploi9 % des emplois en moyenne à risque élevé
Nedelkoska et Quintini, OCDE, 2018 (32 pays de l'OCDE)Tâches déclarées par les adultes interrogés14 % des emplois à risque élevé ; 32 % exposés à des changements importants
Conseil d'orientation pour l'emploi, 2017 (France)Tâches déclarées par les salariésMoins de 10 % des emplois très exposés ; près de la moitié susceptibles d'évoluer fortement dans leur contenu

Après avoir présenté le document, vous répondrez aux questions suivantes.

  1. Pourquoi l'estimation de Frey et Osborne est-elle beaucoup plus élevée que celle d'Arntz, Gregory et Zierahn ?
  2. Calculez combien de fois l'estimation de Frey et Osborne est supérieure à celle de l'OCDE (2016). Quelle précaution faut-il prendre ?
  3. Montrez à l'aide du document que le numérique transforme davantage d'emplois qu'il n'en supprime.
  4. Reliez ces résultats au mécanisme de la polarisation des emplois.
Voir la réponse rédigée

1. L'écart vient d'abord de la méthode. Frey et Osborne évaluent le risque métier par métier : si un métier comporte surtout des tâches automatisables, tous ses emplois sont classés à risque élevé. Arntz, Gregory et Zierahn raisonnent tâche par tâche : deux personnes qui exercent le même métier n'accomplissent pas exactement les mêmes tâches, et beaucoup gardent des tâches difficiles à automatiser (relation avec le client, décision, imprévu). Seuls les emplois dont la plupart des tâches sont automatisables comptent alors comme menacés, d'où 9 % seulement.

2. 47 / 9 ≈ 5,2 : l'estimation de Frey et Osborne est environ cinq fois plus élevée. La comparaison doit cependant rester prudente, car les champs diffèrent : les États-Unis dans un cas, la moyenne des pays de l'OCDE dans l'autre.

3. Toutes les études postérieures à 2013 distinguent deux effets. Une minorité d'emplois risque de disparaître : 14 % selon l'OCDE (2018), moins de 10 % selon le Conseil d'orientation pour l'emploi (2017). Mais une part bien plus grande verra son contenu profondément modifié : 32 % dans l'OCDE, près de la moitié en France. Le numérique change surtout les tâches, les compétences demandées et l'organisation du travail. De plus, comme l'avait montré Alfred Sauvy (La Machine et le chômage, 1980), les gains de productivité créent de nouveaux emplois ailleurs : c'est le déversement. La thèse de la « fin du travail » (Rifkin, 1995) n'est donc pas confirmée.

4. Les tâches les plus automatisables sont les tâches routinières, codifiables en règles (Autor, Levy et Murnane, 2003) : saisie, traitement de dossiers standard, surveillance de machines. Elles se concentrent dans les emplois intermédiaires (employés administratifs, ouvriers qualifiés). Les tâches abstraites des emplois très qualifiés et les tâches manuelles non routinières des emplois peu qualifiés (aide à domicile, nettoyage) résistent mieux. Le risque d'automatisation n'est donc pas réparti au hasard : il vide le milieu de la distribution des qualifications, ce qui nourrit la polarisation.

Ce que cette analyse apprend — Confronter des estimations en remontant à leur méthode, et calculer un rapport en vérifiant que les champs sont comparables.

Document 4 — La polarisation des emplois dans l'OCDE (1995-2015)

Difficile

Tableau statistique · OCDE, Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2017, chapitre 3 (moyenne des pays de l'OCDE), 2017.

Chaque année, l'OCDE consacre ses Perspectives de l'emploi à une question du marché du travail ; l'édition 2017 étudie les effets de la technologie et de la mondialisation. Les professions sont classées selon le niveau de qualification qu'elles exigent, pas selon le diplôme de ceux qui les exercent.

Catégorie d'emploisExemples de professionsVariation de la part dans l'emploi total entre 1995 et 2015 (en points de pourcentage)
Emplois très qualifiésCadres dirigeants, professions intellectuelles et scientifiques, techniciens+ 7,6
Emplois moyennement qualifiésEmployés administratifs, artisans et ouvriers qualifiés, conducteurs de machines− 9,5
Emplois peu qualifiésPersonnel des services et de la vente, professions élémentaires+ 1,9

Après avoir présenté le document, vous répondrez aux questions suivantes.

  1. Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée « − 9,5 ».
  2. Calculez la somme des trois variations et expliquez le résultat. Peut-on en déduire que le nombre d'emplois moyennement qualifiés a diminué ?
  3. Pourquoi parle-t-on de polarisation ? Calculez la part des pertes des emplois intermédiaires compensée par la hausse des emplois très qualifiés, et nuancez.
  4. Expliquez le mécanisme de cette évolution et ses conséquences possibles sur l'intégration par le travail.
Voir la réponse rédigée

1. Selon l'OCDE, entre 1995 et 2015, en moyenne dans les pays de l'OCDE, la part des emplois moyennement qualifiés dans l'emploi total a diminué de 9,5 points de pourcentage.

2. 7,6 − 9,5 + 1,9 = 0. Le résultat est nul parce que les trois catégories se partagent la totalité des emplois : leurs parts font 100 % chaque année, donc ce que l'une perd, les autres le gagnent. En revanche, on ne peut pas conclure que le nombre d'emplois intermédiaires a baissé : le document mesure des parts. Si l'emploi total a augmenté pendant ces vingt ans, les emplois intermédiaires ont pu reculer en proportion tout en restant stables, voire en progressant, en nombre.

3. On parle de polarisation parce que le milieu de la distribution des qualifications se vide au profit des deux extrémités, qui progressent toutes deux. Mais le mouvement est très asymétrique : 7,6 / 9,5 × 100 = 80 % des points perdus par les emplois intermédiaires sont gagnés par les emplois très qualifiés, contre 20 % seulement par les emplois peu qualifiés. En moyenne, l'OCDE connaît donc à la fois une polarisation et une élévation globale des qualifications. De plus, une moyenne de pays masque des situations nationales différentes.

4. Selon Autor, Levy et Murnane (2003), l'informatique remplace les tâches routinières, cognitives ou manuelles, qui peuvent être décrites par des règles : ce sont celles des employés administratifs et des opérateurs de production. Elle complète les tâches abstraites des emplois très qualifiés, dont la productivité augmente, et épargne les tâches manuelles non routinières des services à la personne. La concurrence internationale, qui déplace des activités industrielles, renforce le mouvement. Les conséquences sur l'intégration sont importantes : les emplois intermédiaires offraient souvent stabilité, carrière et identité de métier. Leur recul creuse l'écart entre de « bons » et de « mauvais » emplois (Goos et Manning, 2007), freine les promotions internes et accroît le nombre de travailleurs dans une intégration incertaine ou laborieuse au sens de Paugam (2000).

Ce que cette analyse apprend — Interpréter des variations de parts en points, vérifier leur cohérence, et ne jamais confondre une baisse de part avec une baisse d'effectifs.

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