Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?
Intégration européenne, politique de la concurrence, politique monétaire de la BCE, politiques budgétaires et coordination (spécialité SES de Tle)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en terminale sur « Quelles politiques économiques dans le cadre européen ? » suit le programme officiel de spécialité SES de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Du marché commun au marché unique : les étapes de l'intégration européenne, La zone euro, une union économique et monétaire, La politique européenne de la concurrence : objectifs et instruments, Les limites et les débats de la politique de la concurrence. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité SES.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Inflation et taux de la BCE dans la zone euro (2019-2024)
Facile
Tableau statistique · Eurostat, indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) de la zone euro, moyennes annuelles 2019-2024 ; BCE, décisions de politique monétaire 2019-2024 (taux de la facilité de dépôt).
Après une décennie d'inflation faible, la zone euro connaît en 2022 une flambée des prix liée à la reprise post-covid et à la hausse des prix de l'énergie après l'invasion de l'Ukraine (février 2022). La BCE, dont l'objectif est une inflation de 2 % depuis juillet 2021, réagit à partir de juillet 2022.
Année
Taux d'inflation annuel moyen (IPCH, en %)
Taux de la facilité de dépôt de la BCE au 31 décembre (en %)
2019
1,2
-0,50
2020
0,3
-0,50
2021
2,6
-0,50
2022
8,4
2,00
2023
5,4
4,00
2024
2,4
3,00
Étude d'un document. À l'aide des données du document, répondez aux questions.
Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée de 2022 pour l'inflation.
Calculez la variation, en points de pourcentage, du taux de dépôt entre fin 2021 et fin 2023, puis celle de l'inflation entre 2022 et 2024.
Expliquez pourquoi la BCE a relevé son taux directeur en 2022 et 2023.
À l'aide des données, montrez que la politique monétaire agit avec retard et qu'elle a des limites.
Voir la réponse rédigée
1. D'après Eurostat, en 2022, les prix à la consommation ont augmenté en moyenne de 8,4 % dans la zone euro par rapport à 2021.
2. Le taux de la facilité de dépôt passe de -0,50 % fin 2021 à 4,00 % fin 2023 : il augmente de 4,00 - (-0,50) = 4,5 points de pourcentage. Dans le même temps, l'inflation moyenne recule de 8,4 % en 2022 à 2,4 % en 2024, soit une baisse de 6 points. On raisonne en points, et non en pourcentage, parce qu'on compare deux taux entre eux.
3. En 2022, l'inflation (8,4 %) dépasse de plus de quatre fois l'objectif de 2 % fixé par la BCE depuis sa revue stratégique de juillet 2021. Gardienne de la stabilité des prix (article 127 du TFUE), la BCE mène alors une politique monétaire restrictive. En relevant son taux directeur, elle renchérit le refinancement des banques commerciales, qui augmentent à leur tour les taux de leurs crédits. Ménages et entreprises empruntent moins pour consommer, acheter un logement ou investir : la demande globale ralentit et, avec elle, la pression sur les prix. Cette hausse vise aussi les anticipations : en montrant sa détermination, la BCE veut éviter que les salariés et les entreprises n'intègrent une inflation durable dans leurs salaires et leurs prix, ce qui enclencherait une boucle prix-salaires.
4. Le taux de dépôt atteint déjà 2 % fin 2022, mais l'inflation reste de 5,4 % en 2023 : il faut attendre 2024 pour qu'elle revienne à 2,4 %. Les effets d'une hausse des taux se diffusent donc avec un délai d'un à deux ans, le temps que les nouveaux crédits remplacent les anciens. La décrue s'explique aussi par la baisse des prix de l'énergie, sur laquelle la BCE n'a pas de prise : la politique monétaire agit sur la demande, pas directement sur un choc d'offre. Enfin, de 2019 à 2021, un taux négatif (-0,50 %) n'a pas suffi à ramener l'inflation vers 2 % (0,3 % en 2020) : quand les taux sont déjà au plus bas, la politique monétaire perd une partie de son efficacité, d'où le recours à des mesures non conventionnelles.
Ce que cette analyse apprend — Distinguer une variation en points d'une variation en pourcentage, et relier une décision monétaire à ses effets décalés dans le temps.
Document 2 — Déficits et dettes publics dans la zone euro en 2023
Moyen
Tableau statistique · Eurostat, communiqué de notification des déficits et dettes publics, avril 2024 (données 2023, premières estimations, révisées ensuite de quelques dixièmes).
Les règles budgétaires européennes, suspendues de mars 2020 à fin 2023 par la clause dérogatoire générale, s'appliquent de nouveau en 2024 dans une version réformée. Ces chiffres servent de base à l'ouverture des procédures de déficit excessif de juillet 2024.
Pays
Solde public en 2023 (en % du PIB)
Dette publique fin 2023 (en % du PIB)
Allemagne
-2,5
63,6
Espagne
-3,6
107,7
France
-5,5
110,6
Italie
-7,4
137,3
Grèce
-1,6
161,9
Zone euro
-3,6
88,6
Seuils du pacte de stabilité
-3
60
Étude d'un document. À l'aide des données du document, répondez aux questions.
Rédigez une phrase donnant la signification des deux données concernant l'Italie.
Calculez l'écart entre la dette publique française et le seuil de 60 %, puis le rapport entre les deux.
Quels pays du tableau respectent chacun des deux critères du pacte de stabilité ?
Expliquez pourquoi ces règles existent et pourquoi l'hétérogénéité des situations rend la coordination difficile.
Voir la réponse rédigée
1. Selon Eurostat (notification d'avril 2024), en 2023, les administrations publiques italiennes ont dépensé davantage qu'elles n'ont perçu de recettes, pour un montant égal à 7,4 % du PIB ; fin 2023, la dette publique de l'Italie représentait 137,3 % de son PIB, soit plus d'une année entière de production.
2. La dette française dépasse le seuil de 110,6 - 60 = 50,6 points de PIB. Elle représente 110,6 / 60 ≈ 1,84 fois le seuil, soit environ 84 % de plus que la limite fixée par le traité de Maastricht. Le déficit (5,5 %) dépasse quant à lui le seuil de 3 % de 2,5 points.
3. Pour le déficit, seules l'Allemagne (-2,5 %) et la Grèce (-1,6 %) restent sous la barre des 3 %. Pour la dette, aucun pays du tableau ne respecte le seuil de 60 % : l'Allemagne en est proche (63,6 %), la Grèce en est la plus éloignée (161,9 %). Aucun pays du tableau ne respecte donc les deux critères à la fois, et la zone euro dans son ensemble non plus (-3,6 % et 88,6 %).
4. Ces règles existent parce que, dans une union monétaire, la politique budgétaire d'un État a des effets sur les autres : un endettement excessif peut provoquer une crise de confiance qui fait monter les taux d'intérêt dans toute la zone, comme en 2010-2012, et exercer une pression sur la BCE, à qui les traités interdisent de financer les États (article 123 du TFUE). Chaque État pourrait sinon jouer le passager clandestin. Mais les situations sont très hétérogènes : entre la dette allemande (63,6 %) et la dette grecque (161,9 %), l'écart atteint près de 100 points. Des règles identiques imposent donc des efforts très inégaux ; l'ajustement demandé aux pays les plus endettés peut freiner leur croissance au mauvais moment, tandis que les pays excédentaires ne sont pas incités à relancer. C'est pourquoi la réforme d'avril 2024 prévoit des trajectoires propres à chaque pays, et pourquoi la France, l'Italie et d'autres États ont été placés en procédure de déficit excessif en juillet 2024.
Ce que cette analyse apprend — Comparer des données à un seuil en calculant un écart en points et un rapport, puis relier le constat au mécanisme des externalités budgétaires.
Document 3 — Les principales amendes de la Commission européenne en matière de concurrence
Moyen
Tableau statistique construit à partir de décisions officielles · Commission européenne, communiqués de presse des décisions du 24 mars 2004, du 19 juillet 2016, du 27 juin 2017, du 18 juillet 2018 et du 4 mars 2024 (tableau construit pour l'exercice, montants arrondis).
La Commission européenne dispose depuis le traité de Rome (1957) du pouvoir de sanctionner les ententes et les abus de position dominante, avec des amendes plafonnées à 10 % du chiffre d'affaires mondial. Les entreprises peuvent contester ces décisions devant le Tribunal puis la Cour de justice de l'UE.
Date de la décision
Entreprise(s)
Pratique sanctionnée
Amende (en milliards d'euros)
Mars 2004
Microsoft
Abus de position dominante (lecteur multimédia)
0,50
Juillet 2016
Constructeurs de camions (cinq groupes)
Entente sur les prix (1997-2011)
2,93
Juin 2017
Google
Abus de position dominante (comparateur de prix)
2,42
Juillet 2018
Google
Abus de position dominante (système Android)
4,34
Mars 2024
Apple
Abus de position dominante (applications de musique en ligne)
1,84
Étude d'un document. À l'aide des données du document, répondez aux questions.
Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée de juillet 2018.
Combien de fois l'amende Android est-elle plus élevée que celle infligée à Microsoft ? Calculez la part des abus de position dominante dans le total des amendes du tableau.
Expliquez en quoi un abus de position dominante nuit aux consommateurs.
Montrez que ces sanctions présentent des limites.
Voir la réponse rédigée
1. D'après la Commission européenne, en juillet 2018, Google a été condamné à une amende de 4,34 milliards d'euros pour avoir abusé de sa position dominante liée au système d'exploitation mobile Android. Le Tribunal de l'UE l'a ramenée à 4,125 milliards d'euros en 2022.
2. 4,34 / 0,50 ≈ 8,7 : l'amende Android est environ 8,7 fois plus élevée que celle infligée à Microsoft en 2004. Les abus de position dominante totalisent 0,50 + 2,42 + 4,34 + 1,84 = 9,10 milliards d'euros, sur un total de 9,10 + 2,93 = 12,03 milliards : ils représentent 9,10 / 12,03 × 100 ≈ 75,6 % des amendes du tableau, et concernent tous des entreprises du numérique.
3. Une entreprise en position dominante n'est pas sanctionnée pour sa taille, mais pour l'usage qu'elle en fait. En juin 2017, la Commission a reproché à Google de mettre en avant son propre comparateur de prix dans ses résultats de recherche et de reléguer ceux de ses concurrents. Les consommateurs ont alors moins de choix, les concurrents plus innovants sont évincés et, à terme, l'entreprise dominante peut relever ses prix ou réduire la qualité sans risque de perdre ses clients. L'amende a donc un double rôle : sanctionner et dissuader, tandis que l'injonction de cesser la pratique rétablit la concurrence.
4. D'abord, la procédure est lente : l'enquête Google Shopping, ouverte en 2010, aboutit à une décision en 2017, confirmée définitivement par la CJUE en septembre 2024. Sur des marchés numériques où le gagnant peut capter tout le marché, le mal est fait avant la sanction ; c'est pourquoi l'UE a adopté en 2022 le Digital Markets Act, qui fixe des obligations a priori. Ensuite, le montant reste modeste au regard des ressources des géants : 2,42 milliards d'euros représentent environ 2 % du chiffre d'affaires d'Alphabet, maison mère de Google, de l'ordre de 110 milliards de dollars en 2017. Enfin, les décisions peuvent être réduites ou annulées en justice, comme l'amende Android en 2022.
Ce que cette analyse apprend — Calculer un coefficient multiplicateur et une part, puis confronter l'efficacité affichée d'un instrument à ses délais et à son pouvoir dissuasif.
Document 4 — Le budget européen et le plan NextGenerationEU
Difficile
Tableau statistique (montants budgétaires officiels) · Conseil européen, conclusions du 21 juillet 2020 ; règlement (UE) 2021/241 du 12 février 2021 établissant la facilité pour la reprise et la résilience (montants en milliards d'euros, prix de 2018).
En juillet 2020, après quatre jours de négociations, les chefs d'État et de gouvernement adoptent un plan de relance face à la récession provoquée par le covid. Pour la première fois à cette échelle, l'Union emprunte en commun pour financer des transferts vers les États membres.
Instrument
Montant (en milliards d'euros, prix de 2018)
Cadre financier pluriannuel 2021-2027 (budget de l'UE sur sept ans)
1 074,3
NextGenerationEU (instrument temporaire de relance)
750,0
dont facilité pour la reprise et la résilience
672,5
dont subventions
312,5
dont prêts aux États
360,0
dont autres programmes (subventions)
77,5
Total
1 824,3
NextGenerationEU est financé par des emprunts contractés par la Commission européenne sur les marchés financiers, remboursés par le budget de l'UE jusqu'en 2058.
Étude d'un document. À l'aide des données du document, répondez aux questions.
Calculez la part de NextGenerationEU dans le total des moyens financiers du tableau.
Calculez la part des subventions dans la facilité pour la reprise et la résilience, puis dans l'ensemble de NextGenerationEU.
Expliquez en quoi NextGenerationEU marque une rupture dans la coordination des politiques budgétaires européennes.
Montrez que cet instrument ne constitue pas pour autant une union budgétaire.
Voir la réponse rédigée
1. 750 / 1 824,3 × 100 ≈ 41,1 % : selon le Conseil européen (2020), NextGenerationEU représente environ 41 % des moyens financiers européens prévus pour la période 2021-2027 (en prix de 2018).
2. Dans la facilité pour la reprise et la résilience, les subventions représentent 312,5 / 672,5 × 100 ≈ 46,5 % des montants, le reste étant des prêts. Pour l'ensemble de NextGenerationEU, les subventions s'élèvent à 312,5 + 77,5 = 390 milliards d'euros, soit 390 / 750 × 100 = 52 % du plan.
3. Jusqu'en 2020, la coordination budgétaire européenne reposait presque exclusivement sur des règles de discipline (pacte de stabilité de 1997, TSCG de 2012) : chaque État finançait seul sa politique conjoncturelle, et l'article 125 du TFUE excluait qu'un État prenne en charge les dettes d'un autre. NextGenerationEU introduit une logique de solidarité : la Commission emprunte au nom de l'Union et reverse plus de la moitié des fonds sous forme de subventions, qui ne seront pas remboursées par les États bénéficiaires mais par le budget commun jusqu'en 2058. Les pays les plus touchés et les plus endettés, comme l'Italie et l'Espagne, en sont les principaux bénéficiaires : leur relance ne dépend plus seulement de leurs propres marges budgétaires. Combiné à la suspension des règles (clause dérogatoire de mars 2020) et aux achats de titres de la BCE, ce plan constitue un policy mix coordonné face à un choc commun aux effets asymétriques. Les fonds sont en outre conditionnés à des plans nationaux consacrant au moins 37 % des montants au climat et 20 % au numérique.
4. L'instrument est d'abord temporaire : les engagements s'arrêtent en 2026 et aucune capacité budgétaire permanente n'est créée. Sa taille reste ensuite limitée : 750 milliards d'euros correspondent à environ 5 % du PIB de l'UE de 2021 (de l'ordre de 14 500 milliards d'euros), mais répartis sur six ans, soit moins de 1 % du PIB par an, quand les budgets nationaux mobilisent chaque année près de la moitié du PIB dans des pays comme la France. Enfin, il a exigé l'unanimité des États, et les pays attachés à la discipline budgétaire ont obtenu qu'il reste exceptionnel. Le budget ordinaire de l'Union, proche de 1 % du revenu national brut, ne permet donc toujours pas de stabiliser la conjoncture d'un pays frappé par un choc propre : c'est la principale différence avec un État fédéral comme les États-Unis.
Ce que cette analyse apprend — Calculer des parts emboîtées (une partie d'une partie) et mobiliser le document pour évaluer une évolution institutionnelle sans l'exagérer.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.