Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?
Formes et déterminants de l'engagement, paradoxe de l'action collective, incitations, mobilisations et répertoires (spécialité SES de Tle)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en terminale sur « Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ? » suit le programme officiel de spécialité SES de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Les formes variées de l'engagement politique, Le paradoxe de l'action collective (Olson, 1965), Pourquoi s'engager malgré tout ? Incitations, rétributions, opportunités, Les variables sociodémographiques de l'engagement. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité SES.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — La place des femmes parmi les députés élus (1945-2024)
Facile
Tableau statistique · série chronologique · D'après les résultats des élections législatives (ministère de l'Intérieur) et les données de l'Assemblée nationale, 1945-2024 ; effectifs au lendemain de chaque élection.
Les femmes votent et sont éligibles depuis l'ordonnance du 21 avril 1944. La loi du 6 juin 2000 prévoit, pour les élections législatives, une retenue sur le financement public des partis dont l'écart entre candidats des deux sexes dépasse 2 %.
Élection
Nombre de femmes élues
Part des femmes parmi les députés (en %)
1945 (Assemblée constituante, 586 sièges)
33
5,6
1997
63
10,9
2002
71
12,3
2007
107
18,5
2012
155
26,9
2017
224
38,8
2022
215
37,3
2024
208
36,0
Depuis 1986, l'Assemblée nationale compte 577 sièges.
Étude d'un document. À l'aide des données du document et de vos connaissances, vous répondrez aux questions suivantes.
Présentez le document, puis rédigez une phrase donnant la signification de la donnée de 2017.
Calculez la variation en points de pourcentage de la part des femmes entre 1997 et 2017, puis le coefficient multiplicateur du nombre de députées sur la même période.
Comment la loi du 6 juin 2000 a-t-elle contribué à cette évolution ? Pourquoi son effet a-t-il été progressif ?
Montrez que ces données illustrent l'influence d'une variable sociodémographique sur l'engagement politique, puis indiquez une limite du document.
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau, établi d'après les résultats officiels des élections législatives, présente pour huit élections, de 1945 à 2024, le nombre de femmes élues députées et leur part dans l'ensemble des députés. D'après ces données, à l'issue des élections législatives de 2017, 38,8 % des députés étaient des femmes, soit 224 députées sur 577.
2. Entre 1997 et 2017, la part des femmes parmi les députés passe de 10,9 % à 38,8 %, soit une hausse de 38,8 − 10,9 = 27,9 points de pourcentage. Il ne faut pas écrire « une hausse de 27,9 % » : on soustrait deux pourcentages, le résultat s'exprime en points. Le nombre de députées est multiplié par 224 / 63 ≈ 3,6 : il y a environ 3,6 fois plus de femmes élues en 2017 qu'en 1997.
3. La loi du 6 juin 2000 agit sur l'offre de candidatures : elle réduit le financement public des partis qui ne présentent pas autant de femmes que d'hommes. Elle rend donc la sous-représentation coûteuse pour les organisations qui sélectionnent les candidats. Son effet est progressif : 12,3 % en 2002, 18,5 % en 2007, 26,9 % en 2012. Certains partis ont préféré payer la pénalité, d'autres ont investi des femmes dans des circonscriptions difficiles, et les députés sortants, très majoritairement des hommes, étaient souvent réinvestis. Le saut de 2017 (38,8 %) s'explique par un renouvellement massif des élus et par des investitures paritaires, notamment de La République en marche.
4. Le sexe est une variable sociodémographique : il agit à travers une socialisation différenciée (on encourage moins les filles à prendre la parole en public), le partage inégal du travail domestique qui réduit le temps disponible pour militer, et la sélection interne des partis, longtemps dominés par des hommes. Ces mécanismes rendent l'accès des femmes aux fonctions électives moins probable. Le document montre aussi qu'une règle peut corriger l'effet d'une variable : la loi agit sur le contexte institutionnel, ce qui prouve que la variable ne suffit pas à tout expliquer. Limite : il ne mesure que le sommet de l'engagement, l'accès au mandat de député ; il ne dit rien des adhésions, de l'engagement associatif, des pétitions ou des manifestations, ni des responsabilités exercées à l'intérieur de l'Assemblée. Le léger recul depuis 2017 (36,0 % en 2024) rappelle enfin que la parité des élus n'est pas acquise.
Ce que cette analyse apprend — Distinguer variation en points et coefficient multiplicateur, puis relier une série chiffrée à un mécanisme : l'effet d'une variable et celui d'une règle.
Document 2 — Syndicalisation et participation aux élections syndicales dans les très petites entreprises
Moyen
Deux tableaux statistiques · Tableau 1 : DARES (ministère du Travail), d'après l'enquête SRCV de l'INSEE, données 2019. Tableau 2 : ministère du Travail, résultats officiels des scrutins des très petites entreprises de 2012, 2016-2017 et 2021.
Le taux de syndicalisation rapporte le nombre de salariés adhérents d'un syndicat à l'ensemble des salariés. Les salariés des très petites entreprises, qui n'ont en général aucun représentant élu sur leur lieu de travail, votent tous les quatre ans pour une organisation syndicale : ce vote entre dans la mesure de la représentativité des syndicats.
Tableau 1 — Taux de syndicalisation des salariés en France en 2019 (en %)
Ensemble des salariés
Fonction publique
Secteur privé
10,3
18,4
7,8
Tableau 2 — Taux de participation aux élections des salariés des très petites entreprises (moins de 11 salariés), en % des inscrits
Décembre 2012
Décembre 2016 – janvier 2017
Mars – avril 2021
10,38
7,35
5,44
Étude d'un document. À l'aide des données du document et de vos connaissances, vous répondrez aux questions suivantes.
Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée « 18,4 ».
Comparez la syndicalisation dans la fonction publique et dans le secteur privé en 2019 (écart et rapport), puis calculez le taux de variation de la participation aux élections des TPE entre 2012 et 2021.
À l'aide du paradoxe de l'action collective, expliquez la faiblesse et le recul de la participation dans les TPE.
Pourquoi les agents de la fonction publique sont-ils plus souvent syndiqués que les salariés du privé ?
Voir la réponse rédigée
1. D'après la DARES, en 2019, en France, 18,4 % des agents de la fonction publique étaient adhérents d'un syndicat, soit un peu moins d'un agent sur cinq.
2. L'écart entre les deux secteurs est de 18,4 − 7,8 = 10,6 points de pourcentage. Le rapport est de 18,4 / 7,8 ≈ 2,4 : les agents publics sont environ 2,4 fois plus souvent syndiqués que les salariés du privé. Pour les TPE, le taux de variation est (5,44 − 10,38) / 10,38 × 100 ≈ − 47,6 % : la participation a diminué de près de moitié en neuf ans, soit une baisse de 4,94 points. En 2021, moins de 6 inscrits sur 100 ont voté.
3. Voter à ces élections est une action collective dont le résultat est un bien collectif : la représentativité des syndicats, qui négocient les conventions collectives, bénéficie à tous les salariés couverts, qu'ils aient voté ou non. Le coût du vote est individuel et certain (s'informer sur des organisations absentes du lieu de travail, voter à distance), le bénéfice diffus et lointain. Les salariés des TPE forment un grand groupe latent de plusieurs millions de personnes dispersées : chaque voix y est imperceptible, ce qui correspond exactement à la situation dans laquelle Olson (1965) prévoit le comportement de passager clandestin. Aucune incitation sélective ne vient compenser ce calcul : pas de délégué sur place, aucun service réservé aux votants. Le recul peut enfin traduire l'affaiblissement de l'intérêt pour un scrutin lointain, qui ne produit aucun représentant dans l'entreprise elle-même.
4. Plusieurs mécanismes se cumulent. Le coût et le risque de l'engagement sont plus faibles : la stabilité de l'emploi des fonctionnaires limite la crainte de représailles, alors que dans le privé, notamment dans les petites entreprises et les emplois précaires, afficher son adhésion peut être risqué. Les syndicats sont implantés de longue date dans les grandes administrations, ce qui offre des ressources et des réseaux (Oberschall, 1973). Ils ont aussi longtemps joué un rôle dans la gestion des carrières, par les commissions administratives paritaires, ce qui constituait une incitation sélective ; la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique a toutefois réduit leurs compétences. Enfin, des traditions syndicales fortes, par exemple chez les enseignants, se transmettent par socialisation professionnelle.
Ce que cette analyse apprend — Calculer un écart en points, un rapport et un taux de variation, puis expliquer un chiffre par le passager clandestin et les incitations sélectives.
Document 3 — L'audience des syndicats aux élections professionnelles (2013-2021)
Moyen
Tableau statistique · résultats électoraux · Ministère du Travail, mesure de l'audience syndicale au niveau national et interprofessionnel, résultats publiés en 2013, 2017 et 2021.
Depuis la loi du 20 août 2008, la représentativité d'un syndicat, c'est-à-dire son droit de négocier et de signer des accords, dépend de ses résultats électoraux et non plus d'une présomption. La mesure est refaite tous les quatre ans.
Organisation
2013
2017
2021
CFDT
26,00
26,37
26,77
CGT
26,77
24,85
22,96
FO
15,94
15,59
15,24
CFE-CGC
9,43
10,67
11,92
CFTC
9,30
9,49
9,50
En % des suffrages exprimés, cumulés sur quatre ans : élections dans les entreprises, scrutin des très petites entreprises, élections aux chambres d'agriculture. Ne figurent que les organisations qui dépassent le seuil de 8 % exigé pour être représentatives.
Étude d'un document. À l'aide des données du document et de vos connaissances, vous répondrez aux questions suivantes.
Donnez la signification de la donnée « 22,96 ».
Calculez la variation en points et le taux de variation de l'audience de la CGT, puis de la CFE-CGC, entre 2013 et 2021.
Quelle recomposition du paysage syndical ces données révèlent-elles ? Proposez deux explications.
Pourquoi l'audience électorale ne suffit-elle pas à mesurer l'engagement syndical ?
Voir la réponse rédigée
1. D'après le ministère du Travail, lors de la mesure d'audience publiée en 2021, la CGT a recueilli 22,96 % des suffrages exprimés par les salariés aux élections professionnelles prises en compte sur les quatre années précédentes.
2. CGT : 22,96 − 26,77 = − 3,81 points ; taux de variation : − 3,81 / 26,77 × 100 ≈ − 14,2 %. CFE-CGC : 11,92 − 9,43 = + 2,49 points ; taux de variation : 2,49 / 9,43 × 100 ≈ + 26,4 %. La CGT perd environ un septième de son audience, la CFE-CGC gagne plus d'un quart de la sienne.
3. Le paysage se recompose : la CFDT, deuxième en 2013, devient la première organisation en 2017 (26,37 % contre 24,85 % pour la CGT) et creuse l'écart en 2021 ; FO s'érode légèrement ; la CFE-CGC, syndicat de l'encadrement, progresse nettement. Première explication : les transformations de la structure des emplois. La tertiarisation et la hausse des qualifications augmentent la part des cadres et des professions intermédiaires, électorat de la CFE-CGC et de la CFDT, tandis que reculent les bastions industriels où la CGT était implantée. Deuxième explication : les salariés arbitrent entre des conceptions différentes de l'action syndicale, la CFDT mettant l'accent sur la négociation d'accords et la CGT sur la mobilisation et la grève ; la transformation des objets de l'action collective, plus défensifs et plus négociés, peut favoriser la première.
4. Voter, adhérer et militer sont trois degrés d'engagement très différents. Le vote aux élections professionnelles coûte peu ; il traduit un soutien diffus, pas une adhésion : en 2019, seuls 10,3 % des salariés étaient syndiqués (DARES), et une part importante des salariés ne vote pas, comme le montre la participation de 5,44 % au scrutin des TPE de 2021. L'audience ne dit rien non plus de l'activité militante réelle (nombre de délégués, capacité à organiser une grève) ni des mobilisations qui se font hors des syndicats, par des coordinations ou des collectifs. Elle mesure la légitimité électorale d'un acteur, pas l'intensité de l'engagement.
Ce que cette analyse apprend — Comparer des évolutions en points et en taux de variation, puis passer du chiffre à l'analyse des acteurs de l'action collective.
Document 4 — Syndicalisation et système de Gand : une comparaison internationale (2019)
Difficile
Tableau statistique · comparaison internationale · OCDE et AIAS, base de données ICTWSS sur les institutions de la négociation collective, taux de syndicalisation en 2019 ou année disponible la plus proche ; valeurs arrondies à l'unité.
Le système de Gand, du nom de la ville belge où il est apparu au début du XXe siècle, confie l'indemnisation du chômage à des caisses liées aux syndicats. Dans les pays nordiques, l'adhésion à la caisse et l'adhésion au syndicat sont aujourd'hui juridiquement distinctes, mais elles restent étroitement associées dans la pratique.
Pays
Taux de syndicalisation (en % des salariés)
Assurance chômage gérée par des caisses liées aux syndicats (système de Gand)
Danemark
67
Oui
Suède
65
Oui
Finlande
59
Oui
Belgique
49
Oui, en partie
Royaume-Uni
23
Non
Allemagne
16
Non
France
11
Non
États-Unis
10
Non
La valeur de l'OCDE pour la France diffère légèrement de celle de la DARES (10,3 % en 2019), les sources et les méthodes n'étant pas identiques.
Étude d'un document. À l'aide des données du document et de vos connaissances, vous répondrez aux questions suivantes.
Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée relative à la Suède.
Calculez le taux moyen (moyenne simple) des pays à système de Gand et celui des autres pays du tableau, puis comparez-les.
En mobilisant l'analyse de Mancur Olson, expliquez l'écart observé.
Montrez les limites de cette explication : pourquoi une corrélation ne suffit-elle pas, et pourquoi une faible syndicalisation ne signifie-t-elle pas une faible influence des syndicats ?
Voir la réponse rédigée
1. D'après l'OCDE, en 2019, environ 65 % des salariés suédois étaient membres d'un syndicat, soit près de deux sur trois.
2. Pays à système de Gand : (67 + 65 + 59 + 49) / 4 = 60 %. Autres pays : (23 + 16 + 11 + 10) / 4 = 15 %. Il s'agit de moyennes simples, non pondérées par le nombre de salariés de chaque pays. L'écart est de 45 points et le taux moyen des pays à système de Gand est 4 fois plus élevé. La Suède compte, en proportion, 65 / 11 ≈ 5,9 fois plus de syndiqués que la France.
3. Selon Olson (1965), les avantages obtenus par un syndicat (salaires, conventions collectives) sont des biens collectifs : ils profitent aussi aux non-syndiqués. Chaque salarié a donc intérêt à se comporter en passager clandestin, d'autant plus que le groupe des salariés est immense : c'est ce qu'on observe en France et aux États-Unis, autour de 10 %. Le système de Gand introduit une incitation sélective positive : adhérer au syndicat facilite l'accès à une caisse d'assurance chômage et à un accompagnement en cas de perte d'emploi, c'est-à-dire à un bien privé réservé aux membres. Le calcul coûts-avantages change : l'adhésion devient individuellement rentable, ce qui explique des taux de 49 % à 67 %. L'évolution suédoise va dans ce sens : après la réforme de 2007, qui a fortement augmenté les cotisations des caisses, le taux de syndicalisation a reculé de plusieurs points.
4. La corrélation porte sur huit pays seulement, et les pays à système de Gand partagent d'autres caractéristiques : négociation collective centralisée, forte présence des syndicats sur le lieu de travail, tradition social-démocrate, emploi public important. On ne peut donc pas isoler l'effet de la seule incitation. Le Royaume-Uni, sans système de Gand, a d'ailleurs un taux deux fois supérieur à celui de la France, ce qui renvoie à l'histoire propre des syndicats britanniques. Surtout, en France, la faiblesse des adhésions ne signifie pas une faible influence : la quasi-totalité des salariés est couverte par une convention collective, les syndicats sont représentatifs grâce aux élections professionnelles, et ils gardent une forte capacité de mobilisation, avec 1,28 million de manifestants le 7 mars 2023 selon le ministère de l'Intérieur. On parle souvent d'un syndicalisme d'électeurs et de mobilisation plus que d'adhérents.
Ce que cette analyse apprend — Calculer des moyennes pour tester une hypothèse, puis distinguer corrélation et causalité avant de conclure.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.