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Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?

Formes et déterminants de l'engagement, paradoxe de l'action collective, incitations, mobilisations et répertoires (spécialité SES de Tle)

À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en terminale sur « Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ? » suit le programme officiel de spécialité SES de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Les formes variées de l'engagement politique, Le paradoxe de l'action collective (Olson, 1965), Pourquoi s'engager malgré tout ? Incitations, rétributions, opportunités, Les variables sociodémographiques de l'engagement. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité SES.

2 sujets de dissertation traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.

Tombés au bac sur cette question

Les sujets réels des sessions précédentes : les deux premiers sont corrigés ci-dessous.

  • 2025 · Métropole — L'engagement politique s'explique-t-il seulement par des variables sociodémographiques ? voir le sujet complet →
  • 2022 · Amérique du Sud — Comment l'action collective s'est-elle transformée dans les sociétés démocratiques ? voir le sujet complet →
  • 2024 · Amérique du Nord — Les variables sociodémographiques suffisent-elles à expliquer l'engagement politique ? voir le sujet complet →
  • 2024 · Polynésie française — Quel rôle les variables sociodémographiques jouent-elles sur l'engagement politique ? voir le sujet complet →
  • 2021 · Métropole — Peut-on expliquer l'engagement politique seulement par des variables sociodémographiques ? voir le sujet complet →
  • 2026 · Centres étrangers — L'engagement politique des individus s'explique-t-il seulement par les variables sociodémographiques ? voir le sujet complet →

Sujet 1 — L'engagement politique s'explique-t-il seulement par des variables sociodémographiques ?

Analyse des termes — L'engagement politique désigne toutes les activités par lesquelles on cherche à peser sur la décision publique (militer, s'investir dans une association, manifester, boycotter), et les variables sociodémographiques sont la catégorie socioprofessionnelle, le diplôme, l'âge et la génération, le sexe. Le mot « seulement » invite à reconnaître leur poids avant de montrer ce qu'elles n'expliquent pas : le calcul individuel, les rétributions et le contexte.

Problématique — Si l'engagement politique est socialement inégal, ces inégalités suffisent-elles à rendre compte de la décision de s'engager, de son intensité et de ses formes ?

Introduction rédigéeLe 17 novembre 2018, plus de 280 000 personnes, selon le ministère de l'Intérieur, occupent des ronds-points dans toute la France à l'appel de collectifs nés sur les réseaux sociaux. Beaucoup de ces « gilets jaunes », souvent employés, ouvriers ou indépendants, n'avaient jamais milité ni manifesté. L'épisode interroge une idée bien établie par la sociologie politique : on s'engagerait d'autant plus qu'on est diplômé, cadre, d'âge mûr et de sexe masculin. L'engagement politique désigne l'ensemble des activités par lesquelles un individu participe à la vie politique pour peser sur les décisions publiques ou défendre une cause : militer dans un parti ou un syndicat, s'investir dans une association, manifester, signer une pétition, boycotter. Les variables sociodémographiques sont les caractéristiques sociales qui permettent de décrire et de comparer les individus : catégorie socioprofessionnelle, diplôme, âge et génération, sexe. Le terme « seulement » ne conteste pas leur influence ; il invite à en mesurer la portée. Si l'engagement est socialement inégal, ces inégalités suffisent-elles à rendre compte de la décision de s'engager, de son intensité et de ses formes ? Nous verrons d'abord que les variables sociodémographiques structurent fortement l'engagement (I), puis que celui-ci relève aussi d'un arbitrage entre coûts et rétributions (II), enfin qu'il dépend du contexte politique et des organisations qui mobilisent (III).

I. Les variables sociodémographiques structurent fortement l'engagement

  • Le diplôme et la catégorie socioprofessionnelle donnent le sentiment d'être compétent et les ressources pour s'engager : les moins dotés s'autoexcluent (« cens caché »).Daniel Gaxie, Le Cens caché, 1978 ; surreprésentation des cadres et professions intellectuelles supérieures parmi les élus et les militants.
  • Le statut d'emploi et la position sociale modifient le coût de l'engagement.En 2019, 18,4 % des agents de la fonction publique sont syndiqués contre 7,8 % des salariés du privé (DARES).
  • L'âge, la génération et le sexe orientent la probabilité et la forme de l'engagement.Effet d'âge et effet de génération (Mannheim, 1928) ; 5,6 % de femmes à l'Assemblée en 1945, 36,0 % en 2024.

II. Mais l'engagement relève aussi d'un arbitrage entre coûts et rétributions

  • Même les mieux dotés peuvent rester passagers clandestins : l'intérêt commun ne suffit pas à mobiliser.Paradoxe de l'action collective (Olson, 1965) ; 10,3 % seulement des salariés syndiqués en 2019 (DARES), alors que la quasi-totalité est couverte par une convention collective.
  • Les incitations sélectives rendent l'engagement individuellement rentable, indépendamment des caractéristiques sociales.Système de Gand : environ 65 % de syndiqués en Suède contre 11 % en France en 2019 (OCDE).
  • Les rétributions matérielles et symboliques expliquent la durée de l'engagement.Daniel Gaxie, « Économie des partis et rétributions du militantisme », 1977 : sociabilité, estime, compétences, carrière.

III. Le contexte politique et les organisations font aussi l'engagement

  • La structure des opportunités politiques rend la mobilisation plus ou moins probable à un moment donné.Eisinger (1973), Tarrow (1994) ; après le 49.3 du 16 mars 2023, 1,09 million de manifestants le 23 mars selon l'Intérieur, 281 000 le 6 juin.
  • Les ressources et les réseaux, y compris numériques, permettent de mobiliser des personnes peu dotées.Oberschall (1973) ; gilets jaunes, plus de 280 000 personnes le 17 novembre 2018 selon l'Intérieur, dont beaucoup jamais mobilisées auparavant.
  • L'offre d'engagement se transforme et attire des publics différents selon les causes.Engagement « post-it » (Ion, 1997) ; pétition contre le projet de loi Travail, plus d'un million de signatures en mars 2016.
Conclusion rédigéeLes variables sociodémographiques expliquent qui s'engage le plus et sous quelle forme : le diplôme, la position sociale, la génération et le sexe rendent l'engagement plus ou moins probable, comme le montrent le « cens caché » décrit par Gaxie ou la sous-représentation persistante des femmes à l'Assemblée. Elles ne suffisent pourtant pas. L'engagement suppose de surmonter le paradoxe de l'action collective, grâce à des incitations sélectives et à des rétributions matérielles et symboliques ; il dépend aussi d'une structure des opportunités politiques et des ressources qui transforment une disposition en mobilisation effective. L'engagement naît ainsi de la rencontre entre des dispositions socialement inégales et des occasions historiques. Reste à savoir si le numérique, en abaissant le coût de la participation, réduit ces inégalités ou en crée de nouvelles, au profit de ceux qui maîtrisent le mieux ces outils.

Le piège — Réciter les quatre variables dans une première partie, puis consacrer la suite à l'abstention : le sujet porte sur toutes les formes d'engagement, et la réponse attendue combine variables, calcul individuel et contexte.

Sujet 2 — Comment l'action collective s'est-elle transformée dans les sociétés démocratiques ?

Analyse des termes — L'action collective est l'action concertée d'individus en vue d'objectifs communs ; les sociétés démocratiques garantissent les libertés d'association, de réunion et de manifestation qui la rendent possible. La transformation s'étudie selon trois dimensions du programme, les objets, les acteurs et les répertoires, surtout depuis les années 1960, sans oublier les continuités.

Problématique — En quoi les objets, les acteurs et les répertoires de l'action collective ont-ils changé depuis les années 1960, et ces changements traduisent-ils une rupture ou une recomposition ?

Introduction rédigéeLe 5 avril 1971, 343 femmes déclarent publiquement avoir avorté, alors que l'avortement est un délit ; en octobre 2017, le mot-dièse #MeToo se diffuse en quelques jours dans le monde entier pour dénoncer les violences sexuelles. Les deux mobilisations défendent des causes proches, mais leurs acteurs et leurs moyens diffèrent profondément. L'action collective désigne l'action concertée de plusieurs individus en vue d'atteindre des objectifs communs. Les sociétés démocratiques, qui garantissent les libertés d'association, de réunion et de manifestation, en sont le cadre privilégié. Se demander comment elle s'est transformée, c'est analyser l'évolution de ses objets (les enjeux pour lesquels on se mobilise), de ses acteurs (partis, syndicats, associations, groupes d'intérêt, mouvements sociaux) et de ses répertoires (les moyens d'action disponibles), principalement depuis les années 1960, sans perdre de vue ce qui demeure. En quoi les objets, les acteurs et les répertoires de l'action collective ont-ils changé, et ces changements traduisent-ils une rupture ou une recomposition ? Nous montrerons d'abord que les objets de mobilisation se diversifient (I), puis que les acteurs se multiplient et se recomposent (II), enfin que les répertoires s'enrichissent sans rupture totale (III).

I. Des objets de mobilisation qui se diversifient

  • Les conflits du travail, longtemps centraux, reculent mais demeurent et deviennent plus défensifs.Accords de Grenelle, 27 mai 1968 ; recul des journées de grève depuis la fin des années 1970 ; 1,28 million de manifestants contre la réforme des retraites le 7 mars 2023 selon l'Intérieur.
  • De nouveaux enjeux, liés à la qualité de vie et à l'identité, apparaissent avec les nouveaux mouvements sociaux.Inglehart, The Silent Revolution, 1977 (valeurs post-matérialistes) ; Touraine, La Voix et le regard, 1978 ; lutte du Larzac, 1971-1981.
  • Les luttes minoritaires revendiquent des droits et une reconnaissance.Manifeste des 343, 5 avril 1971 ; Marche pour l'égalité et contre le racisme, 15 octobre – 3 décembre 1983 ; Act Up-Paris, 1989.

II. Des acteurs qui se multiplient et se recomposent

  • Les organisations de masse reculent : moins d'adhérents dans les partis et les syndicats.Taux de syndicalisation de l'ordre de 30 % à la Libération, 10,3 % en 2019 (DARES).
  • Des organisations plus souples prennent le relais : associations, coordinations, groupes d'intérêt.Coordinations étudiantes (1986), de cheminots (1986-1987), d'infirmières (1988).
  • Des collectifs horizontaux et un engagement plus distancié apparaissent.Engagement « post-it » (Ion, 1997) ; gilets jaunes, plus de 280 000 personnes le 17 novembre 2018 selon l'Intérieur, sans parti ni syndicat.

III. Des répertoires qui s'enrichissent sans rupture totale

  • L'action collective change de répertoire avec l'État et l'économie : du local et patronné au national et autonome.Tilly, La France conteste de 1600 à nos jours, 1986 ; loi Ollivier du 25 mai 1864 supprimant le délit de coalition.
  • Le répertoire contemporain intègre l'action médiatique, juridique et numérique, qui abaisse le coût de la participation.Pétition contre le projet de loi Travail, plus d'un million de signatures en mars 2016 ; #MeToo, octobre 2017.
  • Les formes anciennes persistent et se combinent aux nouvelles, y compris le consumérisme politique.Micheletti, Political Virtue and Shopping, 2003 ; grève et manifestation au centre de la mobilisation de 2023.
Conclusion rédigéeL'action collective s'est profondément transformée depuis les années 1960 : aux conflits du travail se sont ajoutés des enjeux post-matérialistes et des luttes minoritaires ; aux partis et syndicats de masse, des associations, des coordinations et des collectifs horizontaux ; au répertoire national et autonome décrit par Tilly, des actions médiatiques, juridiques et numériques. Ces transformations relèvent pourtant davantage d'une recomposition que d'une rupture : la grève et la manifestation restent au cœur des grandes mobilisations, comme en 2023, et le mouvement des gilets jaunes a remis la question du pouvoir d'achat au centre du débat. Reste à savoir si ces formes nouvelles pèsent autant que les anciennes sur la décision publique : c'est toute la question de la place des partis, des syndicats et des mouvements sociaux dans la vie démocratique.

Le piège — Aligner des exemples sans les rattacher aux trois dimensions (objets, acteurs, répertoires), ou affirmer que les conflits du travail et les syndicats ont disparu : le correcteur attend une transformation nuancée, pas un remplacement.

Épreuve composée — traitée en entier

Partie 1 — Mobilisation des connaissances (4 points)

Montrez que l'engagement politique prend des formes variées.

Corrigé rédigé

L'engagement politique désigne l'ensemble des activités par lesquelles un individu cherche à peser sur les décisions publiques ou à défendre une cause. Il prend des formes qui varient selon leur coût, leur durée et leur degré d'organisation.

Le vote est la forme la plus répandue et la moins coûteuse : un geste individuel et ponctuel, ouvert à tous les citoyens depuis 1944. Le militantisme suppose au contraire l'adhésion à un parti ou à un syndicat et une activité durable : tracts, réunions, campagnes, prises de responsabilité. L'engagement associatif, fondé sur la loi du 1er juillet 1901, devient politique lorsque l'association interpelle les pouvoirs publics, comme la Ligue des droits de l'homme depuis 1898. Enfin, le consumérisme politique (Micheletti, 2003) fait de l'achat un acte politique : boycotter une marque ou acheter un produit du commerce équitable.

À ces formes s'ajoutent des actions protestataires, qui sortent du cadre électoral : pétitions, dont celle contre le projet de loi Travail qui a dépassé le million de signatures en mars 2016, manifestations et grèves. L'engagement forme donc un continuum, du clic ponctuel au militantisme de toute une vie.

Partie 2 — Étude d’un document (6 points)

Ministère de l'Intérieur et CGT, estimations du nombre de manifestants en France communiquées le jour de chaque mobilisation (12 octobre 2010, 5 décembre 2019, 7 mars 2023).

Nombre de manifestants lors des plus fortes journées de mobilisation contre trois réformes des retraites

DateRéforme contestéeEstimation du ministère de l'IntérieurEstimation de la CGT
12 octobre 2010Report de l'âge légal de départ de 60 à 62 ans1,23 million3,5 millions
5 décembre 2019Projet de système universel de retraite par points806 0001,5 million
7 mars 2023Report de l'âge légal de départ de 62 à 64 ans1,28 million3,5 millions

1. À l'aide des données du document, vous comparerez les estimations des deux sources pour la journée du 7 mars 2023. (2 points)

2. À l'aide des données du document et de vos connaissances, vous montrerez que la manifestation reste un moyen d'action central du répertoire contemporain. (4 points)

Corrigé rédigé

1. Selon le ministère de l'Intérieur, 1,28 million de personnes ont manifesté en France le 7 mars 2023 contre la réforme des retraites ; selon la CGT, elles étaient 3,5 millions. L'estimation syndicale est donc 3,5 / 1,28 ≈ 2,7 fois plus élevée que celle du ministère, soit un écart de (3,5 − 1,28) / 1,28 × 100 ≈ + 173 %. Ces écarts tiennent aux méthodes de comptage et aux enjeux de chaque source, qui ont intérêt l'une à minimiser, l'autre à valoriser la mobilisation. Quelle que soit la source retenue, l'ordre de grandeur est clair : plus d'un million de manifestants, ce qui en fait l'une des plus fortes journées de ces réformes.

2. Selon Charles Tilly (1986), la manifestation appartient au répertoire national et autonome qui s'impose en France au milieu du XIXe siècle : une action organisée par des groupes autonomes qui s'adressent à l'État. Le document montre qu'elle reste centrale : pour chacune des trois réformes des retraites, la journée la plus forte réunit au moins 806 000 personnes selon l'Intérieur. Entre 2010 et 2023, le pic progresse même légèrement, de 1,23 à 1,28 million, soit + 4 % environ ; entre 2019 et 2023, il augmente d'environ 59 % ((1,28 − 0,806) / 0,806).

Cette centralité s'explique. La manifestation est peu coûteuse pour chaque participant, surtout lorsqu'elle est associée à une journée de grève et organisée par une intersyndicale unie qui fournit ressources et logistique (Oberschall, 1973). Elle est aussi très visible et permet de mesurer le rapport de force face au gouvernement, dans un contexte où les salariés, peu syndiqués (10,3 % en 2019 selon la DARES), peuvent soutenir une cause sans adhérer.

Il faut toutefois nuancer : la manifestation se combine désormais à d'autres moyens, comme les pétitions en ligne ou l'occupation des ronds-points par les gilets jaunes en 2018, et son efficacité dépend du contexte. Les réformes de 2010 et de 2023 ont été adoptées malgré ces mobilisations ; le projet de 2019 a été suspendu en mars 2020, dans le contexte de la crise sanitaire.

Partie 3 — Raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire (10 points)

À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les individus s'engagent malgré le paradoxe de l'action collective.

D'après Daniel Gaxie, « Économie des partis et rétributions du militantisme », Revue française de science politique, 1977 (résumé).

Pour comprendre que des individus militent alors que le résultat de l'action profite à tous, Daniel Gaxie étudie ce que le militantisme rapporte à ceux qui s'y engagent. Aux avantages matériels (mandats électifs, emplois au sein de l'organisation ou auprès des élus) s'ajoutent des gratifications symboliques : la chaleur des relations entre camarades, le sentiment d'être utile et reconnu, les savoir-faire acquis en prenant la parole ou en organisant une réunion. Réservées à ceux qui participent, ces rétributions expliquent qu'un engagement coûteux soit aussi vécu comme une source de satisfaction ; leur affaiblissement explique en retour certaines défections.

OCDE et AIAS, base de données ICTWSS, taux de syndicalisation en 2019, valeurs arrondies.

PaysTaux de syndicalisation (en % des salariés)Système de Gand (assurance chômage liée aux syndicats)
Danemark67Oui
Suède65Oui
Allemagne16Non
France11Non
Corrigé rédigé

Introduction. Selon Mancur Olson (1965), des individus rationnels ne devraient pas se mobiliser pour obtenir un bien collectif, c'est-à-dire un avantage dont personne ne peut être exclu : chacun a intérêt à laisser les autres agir et à se comporter en passager clandestin. C'est le paradoxe de l'action collective. Pourtant, les individus militent, adhèrent et manifestent. Plusieurs mécanismes permettent de le comprendre.

1. Les incitations sélectives. Affirmation : les organisations peuvent réserver des avantages à leurs seuls membres. Explication : ces incitations sélectives transforment l'adhésion en accès à un bien privé ; le calcul coûts-avantages devient favorable à l'engagement, comme Olson lui-même l'avait envisagé. Illustration : selon le document 2, en 2019, 65 % des salariés suédois et 67 % des salariés danois sont syndiqués, contre 11 % en France et 16 % en Allemagne. Dans les deux premiers pays, le système de Gand lie l'assurance chômage aux syndicats : adhérer facilite l'accès à une protection en cas de perte d'emploi.

2. Les rétributions du militantisme. Affirmation : l'engagement procure des satisfactions qui compensent son coût. Explication : selon Daniel Gaxie (document 1), le militantisme apporte des rétributions matérielles (mandats, emplois) et surtout symboliques (sociabilité, reconnaissance, sentiment d'utilité, compétences). L'engagement n'est plus seulement un coût ; il devient une source de gratifications réservées à ceux qui participent. Illustration : un militant qui organise des réunions acquiert une aisance à l'oral et un réseau qui peuvent ensuite lui ouvrir une candidature ; à l'inverse, quand ces gratifications s'affaiblissent, les défections se multiplient, comme le souligne le document 1.

3. Un contexte qui rend l'action payante. Affirmation : les individus s'engagent davantage quand la mobilisation a des chances d'aboutir. Explication : la structure des opportunités politiques (Eisinger, 1973 ; Tarrow, 1994), c'est-à-dire l'ouverture du système politique, la présence d'alliés et les divisions des élites, modifie les bénéfices attendus de l'action ; les ressources d'un groupe déjà organisé réduisent en outre ses coûts (Oberschall, 1973). Illustration : en 2023, l'intersyndicale unie a organisé de grandes journées de grève et de manifestation ; après le recours au 49.3 le 16 mars, 1,09 million de personnes manifestent le 23 mars selon le ministère de l'Intérieur, mais seulement 281 000 le 6 juin, une fois la loi validée par le Conseil constitutionnel.

Conclusion. Le paradoxe de l'action collective est donc dépassé par des incitations sélectives, par les rétributions que procure l'engagement lui-même et par un contexte qui rend l'action plus probable et plus payante.

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