Sujet 1 — Comment expliquer les crises financières ?
Analyse des termes — Une crise financière est une perturbation grave des marchés financiers et du système bancaire (krach, paniques, faillites) qui peut se transmettre à l'économie réelle ; « expliquer » impose d'en dégager les causes et les mécanismes d'amplification, pas seulement de les raconter. Les crises de 1929 et de 2008 servent de références, complétées par d'autres épisodes datés.
Problématique — Les crises financières sont-elles des accidents causés par des chocs extérieurs, ou naissent-elles du fonctionnement même des marchés et des banques, qui fabrique des déséquilibres puis les amplifie ?
I. Les crises naissent souvent de bulles spéculatives, produites par des comportements individuellement rationnels
- Le prix d'un actif peut s'écarter durablement de sa valeur fondamentale lorsque l'on achète pour revendre plus cher (spéculation).Le Dow Jones passe de 300 points fin 1928 à 381,17 le 3 septembre 1929 (+27 % en huit mois), sans rapport avec la hausse des profits.
- Les comportements mimétiques entretiennent la hausse : chacun cherche à anticiper l'opinion des autres.Keynes, « concours de beauté » (Théorie générale, 1936) ; Orléan, mimétisme autoréférentiel (Le Pouvoir de la finance, 1999).
- Les prophéties autoréalisatrices et le crédit alimentent la bulle, puis provoquent son éclatement quand les anticipations se retournent.Merton (1948) ; achats sur marge en 1929 ; bulle internet : Nasdaq de 5 048,62 points (10 mars 2000) à 1 114,11 (9 octobre 2002), −78 %.
II. Le système bancaire est fragile par nature, et cette fragilité grandit dans les périodes calmes
- La transformation des échéances rend une banque solvable vulnérable à une crise de liquidité.Dépôts à vue contre crédits à long terme : une banque saine peut faire faillite si tous ses déposants retirent le même jour (Diamond et Dybvig, 1983).
- L'effet de levier multiplie les pertes : quelques pour cent de baisse des actifs suffisent à effacer les fonds propres.Levier de l'ordre de 30 chez Lehman Brothers en 2007 ; faillite le 15 septembre 2008 avec 639 milliards de dollars d'actifs.
- La stabilité elle-même pousse à l'endettement et au relâchement des règles : l'instabilité est endogène.Minsky (1986) : passage d'un financement prudent à un financement « Ponzi » ; abrogation de la séparation Glass-Steagall en 1999 ; crédits subprimes titrisés au milieu des années 2000.
III. Les mécanismes de propagation transforment un choc financier en crise générale
- La panique bancaire est une prophétie autoréalisatrice qui propage la défiance d'une banque à l'autre.Environ 9 000 banques américaines suspendues de 1930 à 1933 ; file d'attente devant Northern Rock en septembre 2007.
- Les faillites en chaîne et les ventes forcées créent un risque systémique, y compris international.Creditanstalt (mai 1931) ; en 2008, Reserve Primary Fund, AIG (prêt de 85 milliards de dollars de la Fed le 16 septembre), recapitalisation de Dexia (30 septembre).
- La transmission à l'économie réelle revient frapper les banques : la crise s'auto-entretient.Effet de richesse négatif, credit crunch (Bernanke, 1983), déflation par la dette (Fisher, 1933) : aux États-Unis, PIB −26 % et prix −24 % de 1929 à 1933.
Le piège — Raconter successivement 1929 puis 2008 au lieu d'expliquer : un plan chronologique ou « une crise par partie » ne répond pas à la question « comment expliquer ». Les deux crises doivent servir d'exemples dans chaque partie, au service d'un mécanisme.