Une vérité définitive serait acquise pour toujours, soustraite à toute révision ; or le vrai semble par nature indépendant du temps. Le sujet oppose la définition du vrai à l'expérience historique de nos savoirs.
Si une vérité peut cesser d'être tenue pour vraie, était-elle vraie, ou seulement crue ?
Le plan en trois parties
Oui : certaines vérités ne peuvent pas changer
- Les vérités de raison sont nécessaires : leur contraire est impossible.Leibniz, Monadologie
- Une proposition résiste à toute révision : je pense, donc je suis, chaque fois que je l'énonce.Descartes, Méditations métaphysiques
- Le principe de non-contradiction ne se réfute pas : il faut déjà l'admettre pour argumenter contre lui.Aristote, Métaphysique
Non : nos savoirs sont datés
- Les sciences changent de cadre : ce qui était une vérité devient une question mal posée.Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques
- Le progrès se fait par ruptures : la chimie moderne naît du rejet du phlogistique.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
- Une théorie n'est jamais définitivement vérifiée : elle reste, en droit, réfutable.Popper, Conjectures et réfutations
Distinguer les régimes de vérité
- La nécessité vaut pour les conditions de l'expérience ; les contenus empiriques, eux, restent révisables.Kant, Critique de la raison pure
- Le vrai est un résultat : les moments dépassés sont conservés dans ce qui les remplace.Hegel, Phénoménologie de l'esprit
- Les vérités de fait, elles, sont définitives : César a franchi le Rubicon, même si on parvient à le faire oublier.Arendt, Vérité et politique
Si les vérités de fait sont indestructibles en droit, pourquoi sont-elles les plus faciles à effacer en pratique ?