Croire, c'est tenir pour vrai sans preuve suffisante ; raisonner, c'est enchaîner des propositions selon des règles. Le sujet interroge une dissymétrie : une croyance ne s'étant pas formée par raisons, un raisonnement a-t-il prise sur elle ?
Le raisonnement peut-il atteindre ce qui, par définition, ne s'est pas établi par lui ?
Le plan en trois parties
C'est la tâche même de la critique
- Écarter tout ce qui n'est pas évident est le premier geste du savoir : la croyance non examinée doit tomber.Descartes, Méditations métaphysiques
- Toute connaissance se construit en rompant avec les croyances spontanées qu'elle trouve devant elle.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
- Une croyance qui refuse par avance toute réfutation se dénonce elle-même comme non rationnelle.Popper, Conjectures et réfutations
La croyance n'est pourtant pas du même ordre que l'argument
- La foi relève du cœur, non de la démonstration : l'argument y est étranger, non contraire.Pascal, Pensées
- Une croyance portée par un désir survit à sa réfutation, parce que le désir, lui, n'est pas réfuté.Freud, L'Avenir d'une illusion
- Nos croyances les plus fermes viennent de l'habitude : l'argument ne défait pas ce que la répétition a installé.Hume, Enquête sur l'entendement humain
Déplacer le combat : comprendre la fonction d'une croyance
- Une croyance collective remplit une fonction sociale : la combattre suppose d'agir sur les conditions qui la rendent nécessaire.Marx, L'Idéologie allemande
- Interroger ce qui, dans une société, fait passer un énoncé pour vrai est plus efficace que de le réfuter frontalement.Foucault, Surveiller et punir
- Ce qui entame une croyance, c'est moins l'argument reçu que l'obligation de la justifier devant d'autres.Habermas, Théorie de l'agir communicationnel
Les campagnes de démenti factuel réduisent-elles les croyances complotistes, ou les renforcent-elles ?