Le « besoin de vérité » mêle une exigence de connaissance exacte et une demande de sens : savoir comment, et savoir pourquoi. La science répond rigoureusement à la première ; le sujet demande si elle épuise la seconde.
La vérité que la science établit est-elle celle que nous cherchons ?
Le plan en trois parties
La science seule satisfait l'exigence du vrai
- Seuls les énoncés soumis à l'observation et à la loi constituent un savoir positif : le reste est métaphysique.Comte, Cours de philosophie positive
- La méthode donne un critère que l'opinion n'a pas : l'ordre des raisons et l'évidence.Descartes, Discours de la méthode
- La science est le seul discours qui accepte d'être démenti : c'est ce qui lui donne son autorité.Popper, Conjectures et réfutations
Elle ne répond pas à la question du sens
- La science découpe et mesure : elle manque la durée vécue, qui ne se laisse pas décomposer.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- L'ordre du cœur est autre que celui de la démonstration : aucune preuve ne dit pourquoi nous sommes ici.Pascal, Pensées
- Une raison qui ne s'occupe que des moyens laisse la question des fins entièrement ouverte.Adorno et Horkheimer, La Dialectique de la raison
Elle satisfait autrement : en changeant notre idée du vrai
- La science ne livre pas des certitudes définitives mais des vérités rectifiées : c'est là sa grandeur.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
- Elle progresse par changements de cadre, non par accumulation tranquille : comprendre cela, c'est cesser d'attendre d'elle l'absolu.Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques
- Elle connaît des phénomènes, non les choses en soi : l'objectivité n'est pas la totalité du réel.Kant, Critique de la raison pure
Attendre de la science qu'elle donne un sens à nos vies, n'est-ce pas lui demander de devenir une religion ?